L’anarchie et le tâtonnement dans les décisions : du Conseil des ministres à la Banque centrale

 

Avant le crépuscule

Abdelmalik Al-Naeem Ahmed

 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Les États respectueux et les gouvernements veillent à mettre en place des institutions et à opérer à travers elles. Les décisions sur les grandes questions ne sont prises qu’après une étude approfondie de tous les éléments et détails du sujet en question. Cette étude doit impérativement être menée par des experts et des spécialistes du domaine concerné, le tout afin que la décision finale soit cohérente, solide, durable et applicable, car elle anticipera nécessairement tout ce qui est attendu à l’avenir, évitant ainsi au gouvernement d’avoir à la démentir, à la modifier ou à s’en désolidariser… Telle est la situation des États et des gouvernements qui respectent la loi, respectent leur peuple et préservent leur prestige.

La situation dans mon pays est malheureusement différente. Nous parlons encore aujourd’hui d’une période de transition prolongée dont personne ne connaît le terme. Et là n’est pas le problème, tant que la guerre a imposé cette réalité. Cependant, la crise et le problème du gouvernement de la période de transition résident dans le fait qu’il continue de fonctionner sans institutions, qu’elles soient de contrôle ou législatives. Même les institutions existantes semblent faibles et faciles à contourner, ce qui s’est produit à maintes reprises.

Le gouvernement est actuellement privé de Cour constitutionnelle, de Conseil supérieur de la magistrature, de Conseil de la justice, de Conseil législatif, ainsi que de législations régissant les performances, notamment dans le secteur des médias, sans oublier le fait qu’il opère sous l’égide d’un document constitutionnel ayant perdu toutes les conditions de sa viabilité et de sa continuité… Tout cela se produit alors que le pays fait l’objet d’accusations extérieures de violation ou d’absence de lois. Malgré nos réserves face à nombre de ces accusations, pourquoi le gouvernement laisse-t-il toutes ces failles dont le pays a tant souffert ?

L’occasion du texte d’aujourd’hui, dont le titre de l’article évoque le tâtonnement, l’anarchie et l’absence de vision de nombreux appareils de l’État dans la prise de décisions — ce qui est le résultat de l’absence ou de la faiblesse des institutions —, m’a conduit à prendre dans cet article le Conseil des ministres et la Banque centrale comme deux modèles de cet échec, en me basant sur deux événements importants qui ont fait l’objet de débats et de critiques au cours des deux derniers jours.

Le premier événement est la nouvelle rapportée par plusieurs médias concernant la nomination de l’ambassadeur Idriss Mohamed Ali au poste de sous-secrétaire du ministère des Affaires étrangères. Cela semble être une nouvelle ordinaire, que le Conseil des ministres a le droit de promulguer en vertu de son autorité et du mérite de l’ambassadeur. Cependant, la surprise réside dans le démenti formel niant catégoriquement la véracité de cette nouvelle. Pourtant, il est de notoriété publique que de telles nouvelles, même si elles n’atteignent pas le stade de la promulgation de la décision, ont certainement été discutées, car les fuites indiquent que des parties extérieures au Conseil des ministres sont celles qui ont bloqué la publication de la décision.

Cela n’est d’ailleurs pas surprenant compte tenu de la faiblesse du Conseil et de ses mécanismes de travail. Le second dysfonctionnement ayant accompagné le démenti du Conseil des ministres est que la partie ayant publié le démenti était le bureau de presse du ministère de l’Information, et non le ministre de l’Information lui-même, lequel ne possède d’ailleurs plus le droit de s’exprimer au nom du Conseil des ministres après en avoir été officiellement dépouillé… Quel est donc le rapport entre le bureau de presse du ministère de l’Information et le démenti des nouvelles du Conseil des ministres, si ce n’est l’anarchie, le tâtonnement et le chevauchement des compétences ? Et pourquoi le Premier ministre néglige-t-il le poste de porte-parole officiel du gouvernement ou celui de conseiller médiatique après le limogeage de M. Mohamed Abdelkader sans arguments, même non convaincants ?… Pourquoi cette occultation intentionnelle de ces postes sensibles et importants au sein du Conseil ?

Le second événement est l’annonce du choix, par la Banque centrale du Soudan, de la société “Al-Asjad” pour être la plateforme des transactions financières numériques pour tout le Soudan… Notre frère Azmi a écrit deux articles sur cette entreprise récemment créée, son affiliation au défunt Hemedti, sa succursale aux Émirats arabes unis, ainsi que de nombreux détails et questions auxquels la direction de la Banque centrale a été incapable de répondre… Comment a-t-elle obtenu le marché ? Quelles étaient les entreprises concurrentes ? L’encerclement mené par notre collègue Azmi autour de la banque a poussé cette dernière à émettre une décision d’annulation du contrat avec la société “Al-Asjad”… À travers cette annulation, la crise et l’anarchie dans la prise de décision s’incarnent sous leur forme la plus éloquente… Comment la banque peut-elle signer un accord avec la société “Al-Asjad” et célébrer son lancement sans disposer d’informations suffisantes à son sujet ? Quels étaient les critères de sélection ? Et quels sont les cercles d’influence qui ont contraint la banque à signer et à célébrer l’événement avant que la presse n’intervienne pour lever le voile sur les secrets cachés, poussant la banque à annuler le contrat ? Est-ce que les Janjawids qui contrôlent les rouages de la Banque centrale, comme l’a confirmé le général d’armée Yasser Al-Atta, ont un rôle dans ce choix de la société “Al-Asjad” ? Et cette affaire sera-t-elle la dernière forme d’ingérence et d’anarchie ?… L’annulation du contrat ouvre grand la voie à la nécessité d’ouvrir une enquête avec tous les participants à la sélection, à la signature et à la cérémonie de lancement.

En conclusion, nous disons que l’arbre de la direction du pays a besoin d’un violent secouement pour faire tomber toutes les feuilles mortes, flétries et dont le cycle de vie est terminé… Le gouvernement se doit de mettre en place des institutions et de s’y référer pour formuler les décisions avant leur promulgation, et tout cela par la loi et rien d’autre… Ces événements marqueront-ils donc la fin de l’ère du tâtonnement et de l’absence de vision ?