Nabil Fahmy et Mossad Boulos… Le premier communiqué

 

Avant le crépuscule  
Abdelmalik Al-Naeem Ahmed  

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina  

 

L’ambassadeur Nabil Fahmy a pris officiellement ses fonctions de secrétaire général de la Ligue des États arabes au début du mois de juillet courant, succédant à l’ambassadeur Ahmed Aboul Gheit. Il commence ses fonctions alors que la scène arabe connaît un surcroît de tensions à la suite de la guerre américaino-israélienne contre l’Iran, dont les premières victimes ont été les pays arabes, la dernière manifestation en date s’étant produite au Koweït et à Bahreïn, précédée par le Sud-Liban impuissant.
Quant à la guerre qui sévit au Soudan depuis près de quatre ans, marquée par l’agression de la milice rebelle des Forces de soutien rapide et de mercenaires soutenus militairement et financièrement par l’État agresseur des Émirats arabes unis, le silence de la Ligue arabe face aux crimes des Émirats — à l’exception de communiqués timides, fades et totalement alignés sur les Émirats — constitue une tout autre affaire et demeure l’un des dossiers les plus complexes pour la Ligue des États arabes.
Telles sont les circonstances dans lesquelles l’ambassadeur Nabil Fahmy a pris ses nouvelles fonctions… Si la Ligue arabe a effectivement échoué sous le mandat d’Aboul Gheit à publier ne serait-ce qu’un communiqué condamnant les Émirats et la rébellion du Soutien rapide, ainsi qu’à prendre des mesures susceptibles de contraindre Abou Dhabi à stopper le flux d’armes et son soutien à la rébellion, pouvons-nous espérer que Nabil Fahmy réussisse là où Aboul Gheit a échoué ?
Il ne faut évidemment pas se précipiter pour répondre à cette question, mais il convient de lire le premier communiqué de la Ligue arabe concernant le Soudan après la prise de fonctions de Nabil Fahmy et sa rencontre, samedi dernier à Le Caire, avec l’envoyé du président américain pour le Moyen-Orient et le Soudan, Mossad Boulos. Il s’agit d’une rencontre inédite de par son calendrier, mais récurrente et répétitive dans ses acteurs et ses sujets, qu’il s’agisse du président précédent de la Ligue arabe, de l’actuel ministre des Affaires étrangères de la République arabe d’Égypte, l’ambassadeur Abdelatty, de l’une des parties participant à ce qu’on appelle le Quadripartite ou le Quinquepartite sur le Soudan, ou même de représentants du gouvernement du Soudan ou de son commandement militaire.
Les entretiens de Nabil Fahmy avec Mossad Boulos ont porté sur l’ensemble des évolutions de la scène arabe, et en particulier sur la question de la guerre au Soudan, du déplacement de populations, de l’asile et de la situation humanitaire causée par la guerre. Le communiqué final de la session a été rendu public, mais il ne porte, selon mon évaluation, aucun élément nouveau suggérant que la Ligue arabe s’apprête à entrer dans une nouvelle phase où elle se libérerait de l’influence de l’État des Émirats ou envisagerait même une réflexion indépendante à l’écart de l’ingérence américaine dans les affaires arabes en général et dans le dossier soudanais en particulier.
Le communiqué de la Ligue arabe au début du mandat de Nabil Fahmy comporte les mêmes formules répétitives et engagements antérieurs dont nous n’avons trouvé aucune trace dans la réalité du terrain au Soudan.
Le communiqué indique que la Ligue des États arabes exige « l’arrêt de la guerre, un丸cessez-le-feu, qu’elle ne permet pas la division du Soudan, qu’elle soutient l’unité du territoire soudanais, qu’elle appuie les institutions de gouvernance actuelles et qu’elle soutient l’action humanitaire au Soudan »… Tous ces engagements, qui ressemblent à des slogans, n’ont cessé d’être répétés dans les communiqués de la Ligue arabe, mais la Ligue ne nous a jamais informés des mécanismes d’exécution de tout ce qu’elle proclame et juge nécessaire pour la stabilité du Soudan et l’arrêt de la guerre, pas plus qu’elle ne nous a présenté un programme d’action exécutif pour ce qu’elle souhaite réaliser… ni un calendrier précis pour mener à bien ses missions concernant le Soudan. C’est pourquoi nous estimons qu’il s’agit de communiqués de relations publiques et de formules d’apaisement, rien de plus.
Quant à ce qui figure dans le communiqué et qui demeure incompréhensible, c’est le passage mentionnant textuellement que Fahmy et Boulos ont convenu de « créer un cadre régulier de coordination conjointe pour arrêter la guerre et atténuer la crise humanitaire »… Que signifie un tel accord ? Que se passait-il auparavant entre les deux parties ? Qu’y a-t-il de nouveau dans ce cadre ? Et où se situent le gouvernement du Soudan et sa direction souveraine par rapport à cela, alors que leur position à l’égard de Boulos et de son Quadripartite est bien connue ? Il s’agit selon moi d’un moyen de gagner du temps dans le but de renforcer la rébellion au profit des Émirats, et je n’y vois rien d’autre… Quant au second accord mentionné dans le communiqué, selon lequel « le bloc régional et Washington échangeront des évaluations pour soutenir un processus politique global au Soudan… », avez-vous compris quelque chose ? Qui sont les membres de ce bloc régional ? Quelles sont leurs prérogatives ? Qui les a mandatés pour parler au nom du Soudan ? Quelles sont ces évaluations qu’ils vont échanger ? Qui les a préparées ? Et selon quels critères ?
Quant aux propos du communiqué concernant « l’accent mis sur les stratégies diplomatiques pour mettre fin au conflit », il s’agit de déclarations d’ordre général tout aussi ambiguës que ce qui précède. Ce qui se déroule au Soudan n’est pas un conflit interne, mais une guerre de rébellion et de mercenaires venus de l’extérieur, soutenus régionalement et internationalement par des pays nommément connus, contre un État souverain. Si cette qualification n’est pas retenue par la Ligue arabe et les autres institutions et pays, aucun espoir n’est permis de leur part et il ne faut nullement compter sur eux.
En conclusion, nous disons que tous les efforts déployés par quelque partie que ce soit au sujet du Soudan, s’ils n’intègrent pas la volonté du gouvernement, du peuple et des combattants sur le terrain du Soudan, et s’ils ne respectent pas la souveraineté et l’indépendance du Soudan dans les faits et non par des mots, sont voués à disparaître plus rapidement que ne l’imaginent leurs concepteurs et responsables, qu’il s’agisse d’États, d’institutions ou d’organisations.