Les sanctions de Washington et le conte d’« Um Dubeibina »

Douces vagues 

Dr. Yasser Mahjoub Al-Hussein 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 

On cite le proverbe populaire (le conte d’« Um Dubeibina ») pour décrire toute histoire longue ou récit répété qui n’a pas de fin… Et nous sommes face à une scène devenue familière dans le cadre du feuilleton de l’hégémonie américaine, puisque le ministère soudanais des Affaires étrangères a annoncé que Washington a totalement ignoré une proposition réitérée visant à envoyer des experts américains pour mener une enquête sur le terrain concernant les allégations d’utilisation par l’armée soudanaise d’armes chimiques dans la guerre contre la rébellion de la milice des Forces de soutien rapide.

Les États-Unis n’ont fourni aucune preuve technique ou matérielle étayant leurs prétentions, mais ont plutôt choisi la voie la plus facile l’imposition de sanctions unilatérales en outrepassant tous les mécanismes prévus par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques signée par les deux parties… Quelle sincérité est-ce là et quel professionnalisme ?

Khartoum a renouvelé son engagement total envers la Convention et sa disposition à coopérer avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques à La Haye, affirmant que sa commission nationale d’enquête ne constitue pas un substitut aux mécanismes de l’ONU. Et elle a appelé la communauté internationale à rejeter la politisation de cette affaire.

Le plus comble est qu’une équipe américaine avait déjà visité le Soudan auparavant et prélevé des échantillons dans quatre sites. Sans trouver la moindre preuve étayant les accusations. Mais Washington, à son habitude, préfère les jugements préconçus aux faits.

Ce n’est pas une surprise. La relation de Washington avec le Soudan n’a jamais été au fixe, que ce soit sous les régimes démocratiques, militaires ou idéologiques. Les sanctions sont demeurées un sabre suspendu au-dessus des têtes, et l’ère du Salut National présidée par Omar el-Bachir en a eu la plus grande part.

L’Amérique a imposé de dures sanctions militaires et économiques, puis les a levées partiellement sans atteindre ses objectifs, si ce n’est d’affamer le peuple… Mais le résultat a été totalement inverse : les sanctions militaires ont stimulé les esprits et les bras des Soudanais, donnant naissance au géant de l’industrie militaire qui a atteint l’autosuffisance en armes de base et en munitions, et dont la production a même débordé sur l’exportation.

Et sous l’ombre du siège économique, le Soudan a extrait le pétrole, construit le plus long oléoduc d’Afrique et du Moyen-Orient (1600 kilomètres), édifié des barrages et des usines, asphalté des routes, et a même fabriqué des avions légers et des drones. Quel échec cuisant pour la politique d’affamement et de punition.

Et nous ne sommes pas contraints de défendre le Soudan, car les prétentions actuelles de Washington se heurtent directement à ses mensonges historiques célèbres : du bombardement de l’usine pharmaceutique Al-Shifa en août 1998 par des missiles de croisière sous prétexte de fabrication d’armes chimiques (pour qu’il soit prouvé plus tard que l’usine ne produisait que des médicaments, et que les Américains versent ultérieurement des indemnités au propriétaire de l’usine), en passant par les mensonges sur les armes de destruction massive qui ont servi à promouvoir l’occupation de l’Irak en 2003.

L’histoire se répète comme on dit, mais la victime cette fois-ci est un peuple qui mène une guerre sacrée contre le terrorisme milicien depuis avril 2023. Le 24 avril 2025, Washington a décidé que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques au cours de la même année, et a imposé des sanctions en juin 2025, puis des sanctions supplémentaires en juillet 2026. Toutes unilatérales, toutes sans preuves publiées, toutes outrepassant l’organisation internationale.

Et la question qui s’impose est la suivante : si Washington est sûre de ses accusations, pourquoi refuse-t-elle d’envoyer ses experts sur le terrain ? La réponse est claire : parce que la vérité risquerait d’exposer au grand jour un pur jeu politique.

Le Soudan appelle la communauté internationale à se ranger du côté du droit et de la loi, et non du côté du chantage. Quant à Washington, elle poursuit sa vieille habitude : fabriquer de toutes pièces, punir, puis nier lorsque les faits sont révélés. Le moment n’est-il pas venu pour que le monde cesse de croire à cette pièce de théâtre ?