Le Soudan après les victoires de l’armée… Comment la scène politique a-t-elle changé sur les plans intérieur et international ?

Amr Khan 
Journaliste et écrivain égyptien 
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 
La guerre au Soudan se rapproche de plus en plus de la phase de dénouement après les succès successifs sur le terrain remportés par les Forces armées soudanaises sur plusieurs axes stratégiques, en premier lieu la région du Kordofan, renforçant ainsi le contrôle de l’État sur davantage de territoires et redessinant la carte du conflit au profit de ses institutions nationales.
Avec cette avancée, les développements militaires ne sont plus les seuls à capter l’attention, mais ils imposent désormais une nouvelle réalité politique sur les plans intérieur et extérieur, sur la base de laquelle se façonnent les contours de la prochaine étape.
Sur le plan intérieur, les récentes victoires ont offert aux Forces armées soudanaises une marge plus large pour réorganiser les institutions de l’État et restaurer les manifestations de stabilité dans les zones repassées sous leur contrôle, parallèlement à la reprise du travail dans plusieurs installations gouvernementales et de services, et à la création des conditions pour le retour progressif des citoyens dans leurs régions, ce qui renforce la confiance de la rue soudanaise dans la capacité des institutions de l’État à surmonter les répercussions de la guerre.
L’avancée militaire s’est également reflétée sur la scène politique, les initiatives proposées étant devenues plus étroitement liées à la nouvelle réalité imposée par les développements sur le terrain, la direction soudanaise affirmant que tout processus politique futur doit émaner de la préservation de l’unité et de la souveraineté de l’État, et rejetant tout arrangement qui porterait atteinte au rôle de ses institutions nationales ou imposerait des solutions hors de la volonté soudanaise.
En contrepartie, de nombreuses forces politiques et sociales ont commencé à évoquer l’importance de se préparer à la phase d’après-guerre, à travers le lancement d’un dialogue national axé sur la reconstruction, le retour des déplacés, la restauration des services de base et la reconstruction de l’économie, considérés comme des dossiers qui seront au sommet des priorités de l’État au cours de la période à venir.
Au niveau régional, les pays voisins suivent les développements militaires avec un grand intérêt, conscients de l’importance de la stabilité du Soudan pour la sécurité régionale, en particulier dans la zone de la mer Rouge, de la Corne de l’Afrique et du Sahel.
L’Égypte continue également d’affirmer sa position soutenant l’unité du Soudan, sa souveraineté et l’intégrité de son territoire, tout en soulignant l’importance de préserver les institutions de l’État national en tant que garant fondamental de la stabilité du pays.
Quant au niveau international, les récents développements sur le terrain ont redéfini la manière dont de nombreuses capitales traitent la crise soudanaise, les lectures internationales étant devenues plus liées à la nouvelle réalité sur le terrain, avec le maintien des appels à mettre fin à la guerre, à élargir la portée de l’aide humanitaire et à créer les conditions pour le lancement d’un processus politique mené par les Soudanais eux-mêmes, sans ingérences portant atteinte à la souveraineté de l’État.
Dans le même temps, le Soudan reste fortement présent dans les calculs des puissances internationales, non seulement en raison de la guerre, mais aussi pour sa position géographique stratégique reliant le nord de l’Afrique à son centre et à son est, ainsi que pour son ouverture sur la mer Rouge, outre ses immenses ressources naturelles, ce qui fait de sa stabilité un facteur important dans les équations de la sécurité régionale et internationale.
Les indicateurs actuels montrent que l’avancée réalisée par les Forces armées soudanaises ne se limite pas aux seuls gains militaires, mais s’étend pour influer sur la nature des interactions politiques et diplomatiques liées à la crise. Ainsi, chaque progrès sur le terrain donne à l’État soudanais une position plus forte dans tous les arrangements politiques futurs, et renforce sa capacité à imposer sa vision pour la phase à venir.
À la lumière de ces développements, le Soudan semble être à l’aube d’une nouvelle étape où s’entremêlent les considérations militaires et politiques, les succès sur le terrain pavant la voie à la restauration par les institutions de l’État de leur plein rôle, et au lancement vers la phase de reconstruction et de consolidation de la stabilité. Le plus grand pari demeure la conversion de ces gains en un projet national global qui reconstruira le Soudan, préservera son unité et sa souveraineté, et fondera une nouvelle ère dans laquelle l’État recouvrera sa stature régionale et internationale.