
Khartoum redessine le rapport africain
Quelque chose pour la Patrie
Salah Gariba
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
• Les développements rapides sur le terrain et sur le plan politique dans la capitale soudanaise constituent un tournant décisif dans le cours de la crise qui a frappé le pays… En effet, le fait que Khartoum accueille une délégation diplomatique de haut niveau représentant le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine ne constitue pas une simple visite protocolaire passagère, mais signale plutôt le recouvrement par la capitale de sa centralité souveraine et de son rôle de leadership.
• Cela annonce clairement le passage de l’État de la phase de défense et de gestion de crise depuis des sièges alternatifs à la phase d’imposition de la réalité politique et de consolidation des fondements constitutionnels depuis le cœur du siège permanent du pouvoir.
• Ces démarches tirent leur importance analytique du fait qu’elles brisent l’état d’isolement ou de flou diplomatique qui a affecté les relations du Soudan avec son environnement continental depuis le déclenchement de la rébellion systématique et l’escalade des graves violations ayant ciblé les infrastructures, les institutions de services, l’enseignement et les ressources économiques du pays.
• Un examen des discours de la direction soudanaise — que ce soit au niveau du chef de l’État, du Premier ministre ou des ministres chargés des portefeuilles souverains et économiques — révèle une nouvelle stratégie négociatrice qui dépasse le langage des appels pour imposer une réalité fondée sur des constantes et des paramètres non négociables.
• Cette stratégie se concrétise dans le tracé de mesures et de politiques claires exigeant le respect des institutions légitimes et la priorité aux options nationales globales, par le rejet catégorique de toute équivalence entre l’institution militaire légitime et les milices, et l’établissement d’une ligne rouge empêchant tout traitement d’égal à égal entre les Forces armées officielles et les soutiens rebelles qui ont exercé une destruction systématique des institutions et des services, ainsi que la fermeture de la porte aux ingérences extérieures et au soutien financier et militaire au terrorisme en demandant au continent africain de adopter des positions fermes contre les puissances régionales et les axes extérieurs qui alimentent le conflit et épuisent les capacités nationales.
• Le rejet total de la légitimation des entités ou gouvernements parallèles, le maintien de l’unité du territoire soudanais et de son autorité exécutive et souveraine unificatrice, garantissant ainsi le non-démantèlement des institutions de l’État, le lien entre une paix globale et la fin des manifestations de la rébellion, en affirmant que les initiatives de paix commencent par le retrait complet des zones occupées et le travail selon des arrangements sécuritaires stricts pour l’intégration et la démobilisation, ainsi que le lancement d’un dialogue national global et complet, tout en affirmant que le dialogue soudano-soudanais indépendant, exempt d’injonctions extérieures, est la seule voie pour parvenir au rétablissement, à la réconciliation et à la fondation constitutionnelle en préparation d’élections libres.
• D’un autre côté, la position de la délégation de l’Union africaine reflète une évolution progressive vers une lecture plus réaliste de la réalité soudanaise ; la reconnaissance par le Conseil de l’importance du retour du gouvernement à l’exercice de ses fonctions depuis la capitale contribue à réhabiliter les institutions officielles et à fournir une base pour traiter les répercussions de la suspension de la qualité de membre continental.
• L’accent mis par l’Afrique sur le respect de la souveraineté nationale, le rejet des ingérences extérieures et la formation d’entités parallèles constitue une reconnaissance implicite du fait que la stabilité de toute la région est conditionnée par la stabilité de l’État soudanais, et que l’exportation du modèle de chaos ou le fait de fermer les yeux sur le ciblage des institutions académiques et de services étendra ses effets catastrophiques au Sahel, au Sahara et au cœur du continent africain.
• La balle est désormais dans le camp de l’Union africaine pour passer de la case de l’expression des préoccupations et de la description des crises à la case de la prise de décisions courageuses. Cela exige la levée de la suspension de la qualité de membre, la classification des groupes rebelles comme entités terroristes, la poursuite de leurs soutiens et l’appui aux efforts de l’État dans la reconstruction de ses institutions.
• Le rétablissement national et la restauration de la voie démocratique par les urnes ne constitue pas seulement une exigence interne soudanaise, mais bien une soupape de sécurité pour l’ensemble de la sécurité nationale continentale.