
Comité de préparation du dialogue et Mécanisme quintet : le Soudan s’approche-t-il de la « table des négociations » ?
Amr Khan – Journaliste et écrivain égyptien
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Le Comité de préparation du dialogue soudanais rencontre le Mécanisme quintuet cette semaine. Cette réunion intervient à un moment extrêmement critique pour le cours de la crise soudanaise, dans un contexte d’intérêt régional et international croissant pour l’initiative présentée par le comité. Celle-ci est perçue comme une tentative de réorganiser la scène politique soudanaise et de préparer le terrain à un dialogue susceptible de conduire à un règlement dépassant la logique de guerre et de polarisation.
L’accueil favorable reçu par le comité ne vient pas de nulle part. Il est apparu clairement au cours de la période écoulée que plusieurs parties régionales et internationales souhaitent interagir avec toute initiative soudanaise pouvant ouvrir une fenêtre de dialogue. Cela est d’autant plus vrai que les volets de médiation précédents ont montré leur capacité limitée à produire une véritable percée pour mettre fin à la guerre, qui est entrée dans sa quatrième année et dont les répercussions dépassent désormais l’intérieur du Soudan pour toucher la région et la communauté internationale.
C’est de là que la session du Comité de préparation du dialogue avec le Mécanisme quintet tire toute son importance : il ne s’agit pas d’une simple rencontre protocolaire entre une entité soudanaise et des institutions internationales et régionales concernées par la crise, mais d’un test précoce de la capacité du comité à transformer cet accueil politique en un soutien concret au processus de dialogue. Cependant, qu’attend-on de cette réunion ?
La question la plus importante n’est pas de savoir si le Mécanisme quintet annoncera son soutien au comité, mais plutôt ce que ce mécanisme peut apporter au comité, et ce que le comité peut offrir en retour à la communauté internationale et régionale. Ce qui est requis avant tout, c’est de bâtir une compréhension claire du concept de dialogue lui-même.
La crise soudanaise n’est plus une simple crise de désaccord politique traditionnel pouvant être résolue en réunissant les forces politiques autour d’une même table. Il y a une guerre, des forces armées, des intérêts régionaux, des dossiers humanitaires, économiques et sécuritaires, ainsi que de profondes divisions sociales créées par des années de conflit. Par conséquent, tout dialogue qui ne commence pas par définir la nature de la crise, ses parties prenantes et les étapes de sa résolution risquera de reproduire le conflit au lieu de le résoudre.
Il est attendu que le dossier de la propriété soudanaise de la solution soit fortement présent lors de la réunion. Il s’agit d’un point d’une importance capitale, car l’un des principaux problèmes des initiatives précédentes a été le transfert progressif du centre d’élaboration de la solution depuis l’intérieur du Soudan vers les salles de médiation extérieures. Ce qui est exigé cette fois-ci, c’est que le Mécanisme quintet soutienne le dialogue soudanais sans s’y substituer, et qu’il aide le comité à construire la trajectoire sans lui imposer un schéma préétabli.
En contrepartie, le Comité de préparation du dialogue doit présenter une vision plus claire de l’étape suivante. Son succès jusqu’à présent à attirer l’attention politique ne suffit pas à lui seul. Il doit répondre à des questions difficiles : qui sont les parties au dialogue ? Quels sont les critères de participation ? Le dialogue sera-t-il uniquement politique ou global ? Comment traiter avec les forces qui refusent de s’asseoir à la table ? Quelle est la place des forces civiles et sociales, des jeunes, des femmes, des déplacés et des réfugiés ? Et comment dissocier le dialogue qui examine l’avenir de l’État des arrangements spécifiques relatifs à la fin de la guerre ? Ce sont ces questions qui détermineront si le comité est capable de passer de la phase de préparation du dialogue à celle de sa gestion.
Plus important encore, la réunion peut représenter une occasion d’unifier la vision internationale et régionale concernant la trajectoire soudanaise. La grande multiplicité des initiatives, malgré les bonnes intentions de certaines, a souvent créé une compétition entre les médiateurs au lieu d’une complémentarité. Si le comité réussit à obtenir un soutien clair du Mécanisme quintet en faveur d’un parcours soudanais unifié, cela pourrait marquer le début d’une réduction des zones de contradiction entre les différentes initiatives. Néanmoins, il existe un autre test tout aussi crucial : la guerre elle-même.
On ne peut bâtir un dialogue politique sérieux en faisant abstraction des évolutions militaires et sur le terrain. Chaque fois que le rapport de forces change sur le terrain, les calculs des parties politiques changent également. Par conséquent, la réussite du comité exige de traiter le processus politique comme faisant partie d’un processus plus vaste englobant le cessez-le-feu, la protection des civils, l’ouverture de couloirs humanitaires et la reconstruction de la confiance entre les parties.
C’est précisément là que le Mécanisme quintet peut jouer un rôle influent, s’il passe de la simple émission de communiqués à l’exercice d’une pression politique et diplomatique coordonnée sur les parties soudanaises et les pays d’influence dans la crise. La paix au Soudan ne sera pas instaurée par des communiqués seuls, et le dialogue ne réussira pas par la simple annonce de bonnes intentions.
Le véritable test pour le comité réside dans sa capacité à établir des règles pour le dialogue avant d’en produire les résultats. Cela signifie que la réunion à venir ne devrait pas s’achever sur un nouveau communiqué de bienvenue, mais plutôt sur des ententes précises concernant les prochaines étapes, un calendrier clair, des mécanismes de coordination, et peut-être la constitution de groupes de travail conjoints chargés de suivre les dossiers fondamentaux et d’éviter que le processus ne retombe dans les généralités.
Aujourd’hui, le Soudan n’a pas tant besoin d’une nouvelle initiative qui s’ajouterait à la liste des précédentes que d’un parcours viable. Si le Comité de préparation du dialogue parvient à investir l’élan régional et international qu’il a obtenu, et à convaincre le Mécanisme quintet qu’il dispose d’une vision soudanaise sérieuse et réalisable, il pourrait se transformer, d’une simple nouvelle entité politique, en une véritable plateforme de relance du processus politique.
En revanche, si la réunion s’en tient aux politesses politiques et à l’échange de formules de soutien, l’accueil international ne se traduira pas en une valeur politique réelle. La question n’est donc pas : le Comité de préparation du dialogue a-t-il réussi à obtenir une reconnaissance régionale et internationale ? Il a parcouru une étape importante à cet égard. La question la plus difficile est : peut-il convertir cette reconnaissance en influence politique, cette influence en un processus de dialogue, et enfin ce dialogue en un règlement soudanais qui mette fin à la guerre et préserve l’État ? C’est ici que commence le véritable combat du comité, et c’est ici aussi que sa réunion avec le Mécanisme quintet sera un test précoce : soit une étape fondatrice d’un nouveau parcours, soit une réunion supplémentaire à ajouter au long registre des réunions qu’a connues la crise soudanaise sans la rapprocher d’un seul pas vers la paix