Les accusations de l’Éthiopie… Boire à la même coupe

Avant le crépuscule

Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed

 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Lorsque l’Éthiopie a ouvert son territoire à la milice de la famille Dagalo et aux mercenaires de la diaspora africaine, avec le financement et le soutien émiratis, pour menacer le Soudan et cibler sa sécurité et sa stabilité en ouvrant le front de l’Est, en occupant Kurmuk et Qaysan et en lançant des drones sur la région du Bleu-Nord ; lorsqu’elle a fait tout cela, elle n’a pas respecté les droits de bon voisinage envers le Soudan.

Ce Soudan qui a abrité ses déplacés et les a accueillis non pas dans des camps de réfugiés, mais au sein des villes et même dans la capitale, le grand nombre de réfugiés éthiopiens au Soudan, qu’il s’agisse d’une présence légale et régularisée ou non, n’est que la preuve de ce que le Soudan n’a cessé d’offrir à l’Éthiopie pour préserver le bon voisinage ainsi que la sécurité nationale et régionale dans la zone.

Lorsque l’Éthiopie fait des camps de la rébellion à Benishangul un point de départ pour les combattants et les mercenaires des Janjawids et de la famille Dagalo contre des innocents dans la région du Bleu-Nord, déplaçant des milliers de familles, ses dirigeants n’ont pas réalisé que le maintien de sa propre sécurité dépend du maintien de la sécurité des autres, à commencer par le pays voisin.

Et lorsque des drones stratégiques mortels s’élancent depuis la ville éthiopienne de Bahr Dar en direction de l’aéroport de Khartoum et des quartiers résidentiels voisins, ainsi que vers El Obeid et Kosti, ses dirigeants n’ont pas réalisé que cette agression constitue une violation de la souveraineté d’un État indépendant et voisin, lié à elle par des intérêts et des frontières communes bien plus que par ses liens avec l’État agresseur des Émirats.

Ce dernier a acheté les consciences de ses dirigeants ainsi que de certains dirigeants de l’Union africaine et de ses organes avec des dirhams, pour qu’ils deviennent tous des instruments entre ses mains afin d’exécuter le plan israélo-émirati conformément aux accords d’Abraham signés entre eux pour contrôler les accès maritimes et les terres agricoles fertiles de l’est du Soudan.

Lorsque l’Éthiopie d’Abiy Ahmed est devenue un État de conspiration et d’agression contre le Soudan et s’est affairée à attaquer le Soudan, ses dirigeants n’ont pas réalisé que leur maison est en verre et que son intérieur bouillonne de mouvements de rébellion et de groupes armés qui rejettent tous catégoriquement la politique d’Abiy Ahmed et œuvrent à son éviction. Ces conflits internes, auxquels le Premier ministre éthiopien n’a pas prêté attention avant que la situation ne s’aggrave, menacent désormais son trône délabré et lui font perdre la raison.

Cela le pousse, lui et le chef d’État-Major de son armée, Birhanu Jula, à lancer des accusations contre le Soudan et l’Égypte sur un prétendu soutien aux mouvements armés de son pays, sans preuve ni justification, en se basant sur les divergences et points de vue opposés existants autour du barrage de la Renaissance éthiopien, pensant à tort que le Soudan et l’Égypte se coalisent contre son pays sur la question de la gestion du barrage.

Aujourd’hui, les mouvements armés à l’intérieur de l’Éthiopie, qui dépassent les six groupes, ont renforcé leur emprise sur plusieurs sites stratégiques à l’intérieur du pays et ont pris le contrôle de zones militaires et d’aéroports locaux.

La présidence d’Abiy Ahmed se retrouve désormais sur un siège éjectable face à ces groupes armés opposés à lui, depuis le front Fano, les Oromos, les Afars, les Tigréens et les autres coalitions d’opposition, sans compter la rébellion de la famille Dagalo elle-même, rejetée par ces groupes et devenue pour lui un fardeau supplémentaire, mais qu’il n’ose pas rejeter car il a les mains liées.

Le Soudan et l’Égypte, accusés par le chef d’État-Major de l’armée Birhanu Jula, n’ont jamais été et ne seront jamais partie prenante au conflit interne éthiopien, et ils n’en ont nul besoin. Si le Soudan l’avait voulu, il l’aurait fait dès le début de l’agression éthiopiano-émiratie contre l’aéroport de Khartoum, disposant de toutes les justifications puisque l’Éthiopie a effectivement commencé l’agression et la conspiration contre lui par le départ de combattants et de drones depuis son territoire ce qui n’est pas un secret mais se déroule au vu et au su du monde entier.

Cependant, le Soudan a continué à préserver le bon voisinage, et ses dirigeants réalisent que les points communs entre lui et l’Éthiopie voisine sont nombreux, n’eût été l’intervention des Émirats et l’achat d’Abiy Ahmed et de ses collaborateurs.

Ainsi, au lieu de lancer des accusations à tout va, il sera préférable pour Abiy Ahmed d’arrêter sa conspiration avec les Émirats contre le Soudan, de stopper le flux de passage des combattants mercenaires à travers son territoire vers la région du Bleu-Nord, et d’assécher les camps de mercenaires sur ses terres afin de se consacrer à la réorganisation de sa maison de l’intérieur et de s’asseoir avec ses opposants civils et militaires pour résoudre les problèmes internes de son pays. Que celui dont la maison est en verre réduise son allure et réfléchisse à deux fois avant de lapider ses voisins avec les pierres des agressions ou des accusations, car toutes se retourneront contre lui comme cela se produit aujourd’hui.

L’Éthiopie n’a même pas préservé le minimum d’entente avec l’Érythrée, sa voisine proche qui s’est séparée d’elle au début des années quatre-vingt-dix et avec laquelle elle partage un brassage tribal, ethnique et social ainsi que des intérêts économiques communs et des frontières partagées. Il n’est donc pas étonnant qu’elle conspire contre le Soudan et que l’État des Émirats l’utilise comme un poignard dans le flanc de l’Afrique de l’Est, dans un silence effrayant de l’Union africaine et du Conseil de paix et de sécurité africain.

Le moment est venu pour Abiy Ahmed, après les conflits internes que connaît l’Éthiopie aujourd’hui, de revoir ses calculs et de se concentrer sur ses problèmes internes au lieu de les fuir en accusant le Soudan et l’Égypte de soutenir son opposition, lui qui soutient ouvertement les rebelles et la milice de la famille Dagalo. Il s’applique parfaitement à lui le proverbe populaire soudanais qui dit : « Il m’a frappé et a pleuré, il m’a devancé et s’est plaint ».