
Les relations soudano-russes… Une coopération stratégique et des intérêts communs
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Les relations internationales et les relations extérieures de tout État sont fondées sur les intérêts communs et l’échange de bénéfices. Tout discours sur des relations dont l’État concerné ne tire aucun profit demeure un discours hors contexte. Quant aux sentiments, aux relations sociales et aux liens entre les peuples ce que l’on appelle la diplomatie populaire, ils demeurent également nécessaires et constituent l’un des éléments qui renforcent et soutiennent les relations diplomatiques et politiques officielles, en plus des intérêts communs. Bien plus, ils peuvent restaurer des relations ébranlées par la politique, comme cela s’est produit lors de la diplomatie du ping-pong entre les États-Unis et la Chine.
C’est pourquoi il relève du droit de chaque État d’établir ses relations extérieures conformément aux exigences de ses intérêts, sans ingérence ni diktats de quelque partie que ce soit. De la même manière, l’État a le droit de conclure des alliances avec des pays disposant d’une influence et d’un poids afin de protéger ses intérêts lorsqu’ils font l’objet d’atteintes, chaque fois qu’il le juge nécessaire. Cela se produit souvent pour régler des comptes internationaux, et les preuves en sont nombreuses. Ce qui se passe actuellement au Soudan, à travers une guerre dont la durée a dépassé trois ans, n’aurait pas pu se poursuivre tout ce temps s’il n’y avait pas des agendas régionaux et internationaux utilisant des bras, des instruments et des pays pour réaliser leurs intérêts, à l’instar de l’exploitation de l’État des Émirats arabes unis, de certains pays voisins africains et même d’institutions telles que l’Union africaine, la Ligue des États arabes et d’autres instances de la région.
De même, ce qui se passe dans la guerre renouvelée entre le Royaume d’Arabie saoudite et le groupe Houthi au Yémen n’est rien d’autre qu’un règlement de comptes entre les États-Unis et l’Iran, qui a choisi le Yémen comme théâtre afin d’exercer davantage de pressions sur les pays du Golfe et d’obtenir le maximum de gains et de concessions.
L’occasion du propos d’aujourd’hui est la relation entre le Soudan et la Russie, dont l’histoire remonte à soixante-dix ans, soit l’âge de l’indépendance du Soudan, et ce dans plusieurs domaines, notamment l’énergie, les minéraux, la coopération militaire, les médias et d’autres domaines encore.
Ces jours-ci se tiennent dans la capitale russe, Moscou, les réunions du troisième Sommet Russie-Afrique et le Forum international des médias, avec une participation soudanaise de haut niveau menée par une délégation présidée par le président du Conseil de souveraineté et commandant en chef des forces armées, le général de corps d’armée Abdel Fattah al-Burhan, et composée du ministre des Affaires étrangères, l’ambassadeur Mohie eldin Salem, et du ministre de l’Information, M. Khaled Al-Eayser, lequel a signé un accord de coopération médiatique entre les institutions médiatiques du Soudan et de la Russie, renforçant ainsi la coopération dans le domaine des médias en tant qu’un des outils les plus importants actuellement utilisés dans le conflit d’intérêts.
Le premier Sommet Russie-Afrique s’est tenu en 2019 à Sotchi avec la participation du président Burhan, et le deuxième sommet a eu lieu en 2023 dans la ville de Saint-Pétersbourg avec la participation du vice-président du Conseil de souveraineté, le général Malik Agar. Ce troisième sommet intervient avec la participation du président du Conseil de souveraineté, le général de corps d’armée Burhan.
Le sommet se tient avec la participation de près de cinquante chefs d’État et de gouvernement de pays africains aux côtés du président russe Vladimir Poutine. L’importance réside dans le calendrier pour le Soudan, qui traverse une guerre injuste, afin de mettre en lumière les violations commises par la milice rebelle à l’encontre du peuple soudanais avec l’aide de certains pays africains. C’est également une occasion pour des rencontres directes avec le président russe Poutine afin de renforcer les relations bilatérales et le partenariat économique entre les deux pays, en plus du soutien de la Russie au Soudan dans les instances internationales. Il est bien connu que la Russie a adopté des positions de soutien au Soudan au Conseil de sécurité des Nations unies, notamment par l’usage de son droit de veto en novembre 2025 pour annuler une résolution contre le Soudan, ainsi que sa récente position opposée à l’élargissement de la portée de la résolution 1591 pour inclure une interdiction de survol et un embargo sur les armes à l’ensemble du Soudan au lieu de la seule région du Darfour. Ces positions russes appuyant le Soudan méritent des éloges et de poursuivre la coopération bilatérale dont les deux pays ont besoin.
Il est également connu qu’il existe un accord entre la Russie et le Soudan depuis l’année 2014 pour créer un point de protection russe pour la navigation maritime dans la mer Rouge avec un nombre limité de soldats et d’équipements, accord qui n’a pas encore vu le jour en raison de certains arrangements avec les pays riverains de la mer Rouge et de la convention signée entre ces pays, lesquels entretiennent eux aussi des relations privilégiées avec la Russie.
La participation du président Burhan au troisième Sommet Russie-Afrique confirme la reconnaissance totale du gouvernement légitime du Soudan, venant à la suite de l’incident où les États-Unis d’Amérique ont privé le président Burhan de participer aux travaux de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies au siège de l’ONU, en conditionnant l’octroi du visa d’entrée à l’acceptation sans conditions d’une trêve de 90 jours, ce que le président Burhan a refusé sans hésitation pour protéger la souveraineté nationale et rejeter l’ingérence américaine dans les affaires intérieures soudanaises. La participation du président au sommet Russie-Afrique constitue donc une bonne occasion de s’adresser aux présidents et une confirmation du principe du droit du Soudan, auquel l’administration Trump a voulu porter atteinte, mais en vain.
Le sommet représente aussi une opportunité pour le président Burhan de rencontrer les dirigeants des 16 pays africains qui composent le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Cet organe avait auparavant recommandé la suspension des activités du Soudan au sein de l’Union africaine, des sanctions qui restent en vigueur bien que les motifs de la suspension aient disparu, à savoir l’argument de l’illégitimité du gouvernement du Soudan après la démission du Dr. Abdalla Hamdok. Malgré le manque de validité de cet argument puisque Dr. Hamdok lui-même avait été nommé par décret présidentiel promulgué par le président Burhan, cet argument lui-même n’a plus lieu d’être après la nomination du Dr. Kamel Idris en tant que Premier ministre et tête du gouvernement d’espoir, en place depuis plus d’un an, sans que l’Union n’ait levé la suspension des activités du Soudan. C’est ce qui doit être expliqué aux présidents africains membres du Conseil de paix et de sécurité dans le cadre de la diplomatie présidentielle, sachant que le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, l’ambassadeur Mohie eldin Salem, s’était déjà adressé auparavant à la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’UA sans qu’aucun progrès ne soit réalisé quant à sa position sur la suspension des activités du Soudan.
La situation nécessite donc l’intervention du président Burhan et la persuasion des présidents africains, pour autant qu’ils se réfèrent réellement à des critères objectifs et éthiques dans leurs prises de décision.
En conclusion, le développement des relations soudano-russes dans les circonstances actuelles que traverse le Soudan revêt une importance capitale et nécessite des mécanismes et des comités mixtes dans tous les domaines de coopération, ainsi que l’établissement d’un programme de travail exécutif assorti de calendriers précis afin que les deux pays récoltent les fruits de cette coopération et que se concrétisent leurs intérêts communs, lesquels constituent la soupape de sécurité pour la pérennité des relations bilatérales entre les deux pays.