Le Guardian : Un ancien responsable britannique accuse le ministère des Affaires étrangères d’avoir supprimé l’avertissement concernant le « génocide au Darfour » afin de préserver ses relations avec les Émirats

 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Agences – Echos Soudanais

Un ancien employé du ministère britannique des Affaires étrangères a accusé de hauts responsables au ministère d’avoir supprimé un avertissement officiel concernant le « génocide dans la région du Darfour » durant les premières semaines de la guerre qui a secoué le Soudan en avril 2023, selon des révélations du journal The Guardian.

Avertissement supprimé du rapport officiel :

L’employé, qui travaillait comme analyste sur le dossier du Soudan, qui a souhaité garder l’anonymat, a déclaré que le rapport qu’il avait préparé contenait une description explicite du risque de « génocide », mais que ce terme lui avait été retiré et remplacé par une formulation atténuée avant d’être soumis aux décideurs.

Selon sa déclaration, cet amendement était motivé par des considérations politiques liées à la « protection des relations » entre Londres et les Émirats arabes unis et à la nécessité d’éviter de les embarrasser, car des rapports internationaux les accusent de fournir du matériel militaire à la milice des Forces de soutien rapide, responsable de massacres à grande échelle contre des civils dans l’ouest du Soudan.

Le Royaume-Uni… et sa responsabilité directe au Conseil de sécurité :

Le Guardian a rapporté que la question devient plus sensible car le Royaume-Uni joue un rôle déterminant dans le dossier soudanais au Conseil de sécurité, ce qui rend son évaluation de la situation sur le terrain essentielle pour orienter les positions internationales et l’action humanitaire.

Darfour… Les scènes sur le terrain confirment les craintes :

Le journal rapporte que la controverse entourant le retrait de l’avertissement a coïncidé avec une escalade de violence sans précédent au Darfour, notamment à El Geneina et El Fasher, où des organisations de défense des droits humains ont documenté des massacres, des déplacements forcés de population et la découverte de charniers.

De nombreux rapports indiquent que les Forces de soutien rapide ont ciblé des groupes africains non arabes lors d’attaques sélectives et violentes, ce qui a conduit des experts à affirmer que l’atténuation du ton des premiers avertissements a contribué à réduire les chances d’intervention internationale et à limiter les atrocités.

Le ministère britannique des Affaires étrangères dément… mais ne répond pas :

Le ministère britannique des Affaires étrangères a nié les accusations, affirmant qu’il ne porte aucune qualification ni aucun jugement concernant le « génocide » dans ses rapports de politique générale, et que cette désignation n’est adoptée que par des mécanismes judiciaires indépendants.

Cependant, le ministère n’a pas précisé si le terme « génocide »… Elle a de fait été retirée du rapport, ce qui a incité des organisations de défense des droits de l’homme et plusieurs députés à exiger une enquête interne sur la possibilité que des considérations politiques  interféré dans les évaluations de la situation humanitaire au Soudan.

Avertissements concernant des atrocités répétées et des violations continues :

Darfour est le théâtre de violences incessantes depuis avril 2023, qui ont fait des milliers de morts et de blessés, ainsi que des déplacements forcés massifs et des actes de discrimination ethnique.

Selon des rapports des nations unies, les analystes estiment que les révélations du Guardian soulignent la nécessité de renforcer les mécanismes d’alerte précoce et de protéger les civils, notamment compte tenu des accusations portées contre la milice des Forces de soutien rapide et du soutien continu qu’elle reçoit de la part des acteurs régionaux.

Les experts  soulignent que la Grande-Bretagne, en tant que représentante du conseil de sécurité pour le Soudan, est tenue de faire preuve de plus de transparence et de veiller à ce que les avertissements concernant la situation sur le terrain ne soient ni déformés ni politisés, afin d’ éviter la répétition de scénarios de violence généralisée dans la région.