
L’anniversaire de l’indépendance… Quand les Soudanais se sont unis pour proclamer la liberté et la souveraineté
Mohamed Mamoun Youssef Badr
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Chaque année, le 1er janvier, la fête de l’indépendance du Soudan nous arrive, non pas comme une simple occasion de célébration, mais comme un souvenir qui réveille en nous l’esprit de nos ancêtres et leurs sacrifices.
C’est un moment où nous nous arrêtons devant le chapitre d’or de l’histoire de notre nation, lorsque la volonté populaire s’est réalisée et que le drapeau de la liberté a été hissé.
Cette commémoration nous rappelle que la souveraineté et la dignité étaient un rêve de générations, qui ont payé un prix élevé pour y parvenir, et elle confirme que le chemin des sacrifices est celui qui forge les destins des peuples et construit leurs États.
Le lundi 19 décembre 1955, le Conseil des députés s’est réuni en séance historique comme le parlement n’en avait jamais connu. À 10 heures du matin, le député Abd al-Rahman Muhammad Ibrahim Dabka, représentant de la circonscription de Nyala (Ouest), a présenté une motion à l’assemblée. La motion appelait à adresser une lettre au gouverneur général déclarant que “le Soudan est devenu un État indépendant et souverain”.
La motion a été appuyée par le député Mashour Juma Sahl, représentant de la circonscription de Dar Hamid (Ouest), qui l’a qualifiée de motion qui sera inscrite dans les annales de l’histoire de ce pays glorieux.
Ensuite, le leader Ismail al-Azhari s’est levé pour prononcer son célèbre discours qui a émis un choc dans l’assemblée : “Aujourd’hui, nous le proclamons haut et fort, de l’intérieur de ce parlement, que le Soudan est libre et indépendant dans toutes ses frontières géographiques”.
Avec ces mots éloquents, et par une décision unanime de tous les députés, l’État du Soudan indépendant est né officiellement, pour hisser son drapeau quelques jours plus tard, le 1er janvier 1956.
Ce moment décisif n’était pas le fruit du hasard, mais la couronnement d’un long chemin de lutte entamé par la Conférence des diplômés depuis sa création en 1938, qui a tôt réclamé le droit des Soudanais à l’autodétermination.
Des hommes de différentes régions du Soudan ont également contribué à ce chemin national, qui ont joué un rôle important dans le mouvement national, tels que le sultan Muhammad Tahir Mayirno et le cheikh Faki Bashir Ahmad Abduh, qui faisaient partie des délégations qui ont participé aux négociations sur le transfert du pouvoir.
Les Soudanais ont compris, génération après génération, que la valeur réelle de l’indépendance ne réside pas seulement dans le départ du colonisateur, mais dans la défense des acquis de la liberté et de la dignité.
C’est le sens que le militant et philosophe Mahmoud Muhammad Taha a évoqué lorsqu’il a indiqué que l’absence de sacrifice dans la vie politique conduit à l’opportunisme et menace l’intérêt national.
La plus belle illustration de la continuité de cet héritage de sacrifice est venue avec la révolution du 19 décembre 2018, où la jeunesse soudanaise a présenté un modèle rare de sacrifice et de dévouement, affrontant la répression avec des poitrines nues, par loyauté envers leur patrie.
La femme soudanaise s’est également distinguée comme leader et voix la plus forte sur le terrain, incarnant ainsi l’esprit de la “Kandaka”, la reine puissante de l’histoire ancienne du Soudan, qui symbolise la résistance et la victoire.
La fête de l’indépendance est donc plus qu’une date à célébrer, c’est un pacte que nous renouvelons avec la promesse des premiers.
C’est un rappel que la liberté dont nous jouissons est le fruit d’un arbre arrosé par le sang et le dévouement de nos pères et ancêtres.
C’est un appel aux générations actuelles et futures pour préserver cet héritage précieux et continuer à construire sur les fondements de l’unité, de la paix et de la justice, afin que le Soudan reste libre et indépendant, comme l’ont voulu les premiers pionniers lorsqu’ils ont proclamé, sous la coupole du parlement, la naissance d’une nouvelle nation.