Le 70e anniversaire de l’indépendance… Leçons et réflexions

Abdelmalek al-Naeim Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Aujourd’hui, nous commémorons le 70e anniversaire de l’indépendance du Soudan, l’un des premiers pays africains à avoir obtenu son indépendance.
À l’époque, le Soudan a représenté un soutien réel et puissant pour les pays africains encore sous domination coloniale, qu’elle soit britannique ou française, en soutenant les mouvements de libération africains et en accueillant leurs dirigeants, tels que Nkrumah et Nelson Mandela.
Le Soudan a joué un rôle clair dans la création de l’Organisation de l’unité africaine au début des années 1960, dans le but d’unir les dirigeants africains et de les aider à faire face à la colonisation. Le Soudan a également contribué au développement de l’organisation dans les années 1999-2000, pour qu’elle devienne l’Union africaine.
Cependant, le Soudan a été sanctionné par la suspension de son adhésion à l’Union africaine pendant plus de trois ans, à un moment où les ennemis du Soudan s’acharnent à menacer la sécurité et la paix arabe et africaine, en raison de sa position géostratégique et de ses ressources.
C’est une autre histoire, mais elle montre ce qu’on appelle le “néocolonialisme”, qui consiste à exploiter les ressources, à faire pression et à diviser l’unité nationale.
À l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance du Soudan, il est important de rappeler les valeurs qui ont guidé notre lutte pour la liberté.
Tout d’abord, la souveraineté de la nation et la cohésion de son front intérieur face à l’ennemi commun doivent être nos priorités. Le principe “moi et mon frère contre mon cousin, et moi et mon cousin contre l’étranger” a été à la base de notre mouvement pour l’indépendance.
C’est ainsi que le nazir Dabka, député de la circonscription de Baggara dans le sud du Darfour, a proposé de déclarer l’indépendance à l’intérieur du Parlement, et le député de la circonscription d’Al-Muzarib, le nazir Juma Sahal, a appuyé cette proposition. C’est ainsi que l’indépendance a été déclarée à l’intérieur du Parlement le 19 décembre 1955.
Ce jour national mémorable du 1er janvier 1956, qui coïncide avec le 70e anniversaire de l’indépendance, la dame Sarira Awad Maki a conçu le drapeau de l’indépendance avec ses trois bandes horizontales de haut en bas : bleu, jaune et vert, symbolisant l’eau, la terre et la végétation, ressources dont le Soudan est riche et qui ont été la cause de l’agression contre lui à travers les âges.
Sarira se tenait devant le ministre britannique de l’Éducation et a exprimé son souhait : “Je souhaite voir un gouverneur soudanais et que mon pays jouisse d’un gouvernement autonome”.
Elle a également écrit un poème qui commence par “Ô mon pays cher, ce soir est le jour de ta libération”.
Le leader Ismail al-Azhari, représentant les unionistes, et Muhammad Ahmad Mahjoub, représentant le Parti de l’Oumma, ont assisté à la cérémonie, et le drapeau du Soudan a été hissé avec ses trois couleurs, jusqu’à ce qu’il soit changé en 1970.
La déclaration de l’indépendance à l’intérieur du Parlement en décembre 1955 et le lever du drapeau le 1er janvier 1956 sont des événements qui reflètent une grande unité nationale face à l’ennemi colonial.
Où sommes-nous aujourd’hui de cette unité et de ce sentiment national qui dépasse tout autre sentiment et appartenance ?
Si c’est là le tableau de l’indépendance du Soudan, les circonstances qui l’ont accompagnée et l’esprit national élevé qui l’a caractérisé, où est le Soudan aujourd’hui avec ses composantes sociales et ethniques pour préserver cet esprit qui a donné naissance à l’indépendance ?
Il est clair que pleurer sur le lait renversé ne sert à rien, et que se lamenter sur le passé et ressasser ses souvenirs ne résout pas les problèmes du présent et ne propose pas de vision pour l’avenir.
Le pays, à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance, doit pratiquer une critique constructive de la part des forces politiques et des composantes sociales dans toutes leurs catégories, et examiner les causes des désaccords qui ont empêché le pays de progresser et l’ont fait tourner en rond dans un cycle de gouvernement civil de courte durée, suivi d’un coup d’État militaire de longue durée.
Cela a fait que le pays, après soixante-dix ans, n’a toujours pas de constitution, ni de parlement, ni de cour constitutionnelle, ni de conseil supérieur de la justice.
Des désaccords, des divisions et une faiblesse de l’attachement national au profit d’allégeances étroites, qu’elles soient partisanes, régionales ou tribales, tous ces phénomènes sont des signes de recul et de régression.
Quand est-ce que l’attachement national sera élevé et que le pays sera placé au-dessus de tout ?
Quand est-ce que nous laisserons nos expériences politiques se renforcer et se développer par une pratique réelle, afin de préserver un pays où chacun se sente chez lui ?
Cette année, la commémoration de l’indépendance arrive alors que le pays est en guerre, une guerre qui n’a épargné personne, et les citoyens sont dans un état de déplacement interne et de refuge à l’étranger.
Les citoyens ont goûté l’amertume de la séparation et ont compris ce que signifie vraiment la patrie, quel que soit le goût de la vie à l’extérieur. Ils ont compris la valeur de l’indépendance réelle et de la stabilité, et l’importance de les préserver.
Les forces en conflit, et non en compétition pour les sièges du pouvoir, ont compris que la patrie, avec son territoire, son peuple et sa souveraineté, est plus importante que le pouvoir. Si on la perd, il n’y aura plus de place pour gouverner.
La commémoration de l’indépendance du Soudan cette année ne doit pas être comme les précédentes, pendant ces années de guerre. Celui qui n’apprend pas des expériences et ne tire pas de leçons des épreuves et des guerres n’est pas digne de diriger une nation et un peuple, quels qu’ils soient.