Après soixante-dix ans d’indépendance… Pourquoi le Soudan n’est-il pas stable ?

Amro Khan – Écrivain et journaliste égyptien

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Plus de soixante-dix ans se sont écoulés depuis l’indépendance du Soudan, et pourtant ce grand pays continue de faire face à une lutte permanente pour la stabilité politique. Alors que les régimes et les gouvernements se succèdent, et que les partis politiques alternent au pouvoir, le Soudan n’a pas réussi à atteindre la stabilité que son peuple a toujours rêvée. Au contraire, le pays est aujourd’hui le théâtre d’une guerre dévastatrice, qui n’est qu’un des chapitres de la longue lutte qui aurait dû prendre fin il y a longtemps.
Depuis 1956, lorsque le Soudan a obtenu son indépendance, l’histoire a commencé, et elle semble ne jamais devoir se terminer : la multiplication des partis, la diversité des composantes politiques et les conflits régionaux qui ont joué un rôle dans l’affaiblissement de l’État soudanais. Le Soudan, avec sa richesse culturelle, historique et sociale, a toujours été menacé par sa grande diversité ; diversité des ethnies, des religions et des cultures, ce qui a ajouté une complexité supplémentaire au paysage politique instable. Mais est-ce que c’est la seule raison de la crise du Soudan ?
La multiplicité des partis et des composantes politiques : Le Soudan n’a jamais connu un paysage politique unifié. L’État soudanais, dès les premiers instants de l’indépendance, a vécu sous une multiplicité partisane qui n’a pas trouvé de mécanisme approprié pour une interaction pacifique. Les partis politiques se sont affrontés pour le pouvoir et non pour l’intérêt du peuple. Ce conflit partisan entre les différentes forces politiques, sans parler des coups d’État militaires qui se sont répétés au fil des décennies, a créé une situation de division politique majeure. Au lieu que cette diversité soit une source de force politique, elle s’est transformée en un obstacle permanent au processus de construction de l’État.
Les différents partis n’ont pas réussi à parvenir à un accord global sur la manière de gérer le pays. Et chaque fois que les demandes de transition démocratique s’intensifient, d’autres forces politiques apparaissent pour ramener les choses à la case du conflit. Ce conflit chronique entre les composantes politiques a toujours entravé les efforts pour construire un gouvernement unifié, capable de réaliser la stabilité nationale.
Les défis économiques et sociaux : Au milieu de toutes ces crises politiques, la situation économique a toujours été un obstacle supplémentaire à la stabilité du Soudan. Dans un pays qui manque d’infrastructures de base et qui souffre d’une faiblesse économique aiguë, il était impossible de réaliser la stabilité face à des crises économiques continues. Ces crises économiques ont à leur tour affecté la sécurité sociale et ont approfondi la pauvreté et l’injustice sociale.
Cela s’est manifesté par la poursuite du déplacement des citoyens de leurs régions en raison des conflits, et par l’augmentation des taux de pauvreté et de chômage dans tout le pays. Ces facteurs économiques ont rendu difficile la construction d’un État fort capable de répondre aux besoins fondamentaux de son peuple, et ont conduit à un sentiment général de désespoir et de frustration parmi les citoyens.
La cause profonde… l’absence d’un projet national unificateur : La vérité qu’il faut reconnaître est peut-être que le Soudan manque d’un projet national unificateur qui transcende la partisanerie et la division régionale. Chaque fois que les forces politiques au Soudan tentent de progresser, elles se retrouvent en conflit avec d’autres forces. Ce conflit entre les partis et entre les différentes régions reflète l’absence d’une vision nationale unifiée pour le progrès. Dans un pays comme le Soudan, il faut un consensus global entre les forces politiques et sociétales pour établir un État de droit qui garantisse les droits de tous et mette en place des mécanismes pour assurer la transparence et la responsabilité dans la gestion du pays.
Où va le Soudan ? : Aujourd’hui, après soixante-dix ans d’indépendance, le Soudan se pose toujours les mêmes questions anciennes : Pourquoi le Soudan n’est-il pas stable ? Et comment le Soudan peut-il sortir du cycle de violence et d’instabilité ?
La crise actuelle n’est pas née de la veille, mais elle est le résultat d’accumulations historiques et politiques complexes, qui nécessitent des solutions radicales loin des solutions partielles. En fin de compte, la réponse à cette question pourrait nécessiter une véritable volonté politique pour créer un environnement de dialogue global qui assure la participation de toutes les forces soudanaises. Ce dialogue pourrait être la clé pour reconstruire le Soudan stable que son peuple a toujours rêvé.