
La constance de la position égyptienne… Le Soudan est un État unique et indivisible
Amr Khan – Journaliste égyptien
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
*Les déclarations du Président Abdel Fattah al-Sissi, à l’issue de sa rencontre avec Mossad Boulos, conseiller du président américain pour le Moyen-Orient et l’Afrique, n’étaient pas de simples formules protocolaires dans le cadre d’un échange diplomatique passager. Elles ont constitué une réaffirmation décisive des fondamentaux de la politique égyptienne à l’égard du Soudan, avec en tête : l’unité de l’État soudanais et le rejet de tout scénario visant son démantèlement ou sa reconfiguration en entités rivales au service des intérêts de certaines puissances régionales et internationales.
*Depuis le déclenchement de la guerre au Soudan, le Caire a veillé à adopter un discours clair et sans ambiguïté : le Soudan n’est ni une zone d’influence, ni un dossier sujet à compromis, mais un État souverain dont la stabilité fait partie intégrante de la sécurité nationale égyptienne. Cette position n’a jamais changé et n’a pas été soumise à la logique des alliances changeantes ou des pressions internationales du moment. Cela s’est clairement reflété dans les propos du Président al-Sissi lors de la rencontre, lorsqu’il a directement lié la sécurité du Soudan à celle de l’Égypte, soulignant que toute menace à l’unité ou à la stabilité du Soudan représente une menace stratégique pour l’ensemble de la région.
*Dans un contexte régional turbulent, où se multiplient les tentatives de redessiner les cartes sous des slogans tels que “solutions réalistes” ou “administrations de transition”, l’Égypte apparaît comme le seul État traitant encore le Soudan comme un État pleinement souverain, et non comme un projet politique en cours de démantèlement.
Le Caire refuse la logique de fragmentation des crises en cantons ou l’imposition de solutions extérieures à la volonté nationale soudanaise. Cette vision contraste radicalement avec les propositions qui commencent à émerger dans certains cercles internationaux, voyant dans la poursuite de la guerre une opportunité pour réorganiser l’ingénierie de l’État soudanais.
*Les déclarations d’al-Sissi sont venues fermer la porte à ces propositions et envoyer un message clair à Washington ainsi qu’aux capitales influentes, signifiant que l’Égypte ne sera partie prenante d’aucun arrangement portant atteinte à l’unité du Soudan, et n’acceptera pas que ses frontières se transforment en nouvelles lignes de front où se gèrent des conflits par procuration.
Pour la vision égyptienne, le Soudan n’est pas seulement un fardeau sécuritaire ou une crise humanitaire, mais une profondeur stratégique, une histoire commune et un destin entrelacé qui ne peuvent être séparés par la géographie ou des calculs politiques à court terme.
*Il est remarquable, dans ce contexte, que la position égyptienne ne découle pas uniquement de considérations sécuritaires, mais d’une lecture approfondie des expériences de la région. L’expérience a prouvé que le démantèlement des États ne produit pas de stabilité, mais ouvre la porte à des vagues successives de violence et de chaos transfrontaliers. Dès lors, le soutien de l’Égypte à l’unité du Soudan ne signifie pas un alignement sur une partie contre une autre, autant qu’il signifie un alignement sur l’idée même de l’État, en tant que seul cadre capable d’absorber la diversité et de protéger les sociétés contre le glissement vers des guerres sans fin.
*De même, le discours du Président al-Sissi sur le Soudan s’est montré cohérent avec la vision plus large de l’Égypte pour l’apaisement des tensions régionales, laquelle repose sur le soutien aux solutions politiques et le rejet de la militarisation des crises. Le Caire estime que tout règlement réel au Soudan doit émaner de l’intérieur, préserver les institutions de l’État et empêcher que le conflit ne devienne une porte d’entrée pour la partition du pays ou son internationalisation d’une manière qui priverait les Soudanais de leur décision nationale.
*En conclusion, les déclarations du Président al-Sissi après sa rencontre avec le conseiller du président américain reflètent une constance politique rare en ces temps de fluidité régionale. Une constance qui ne repose pas sur des slogans, mais sur une conscience profonde que le démantèlement du Soudan ne serait pas seulement une catastrophe soudanaise, mais un séisme régional dont l’impact s’étendrait à l’Égypte, à la Corne de l’Afrique et à la mer Rouge. C’est pourquoi la position égyptienne demeure limpide : le Soudan est un État unique, uni et stable, et toute tentative d’atteinte à cette réalité est une ligne rouge infranchissable.