Après la fermeture du passage d’Adré : vers où se dirige le conflit entre le Tchad et la milice Janjawid ?

Rapport de : Al-Tayeb Abbas
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Les autorités tchadiennes ont fermé, hier dimanche, le poste-frontière d’Adré avec le Soudan, quelques heures après le meurtre de 13 membres de l’armée tchadienne par la milice Janjawid, ainsi que la mort de trois civils tchadiens vendredi soir.
Des sources ont indiqué que les autorités tchadiennes ont fermé hier, dimanche, les points de passage de Tine, Adré, Forobaranga et Um Dukhun sans annonce préalable. Elles ont précisé que cette mesure est liée à l’évolution des combats entre la milice des Forces de Soutien Rapide (FSR) et l’armée soudanaise, soutenue par la Force Conjointe, dans la région de Tina.
Les sources ont ajouté que cette décision a été prise à titre de mesure de sécurité préventive après que la zone de guerre au Soudan s’est rapprochée de la frontière tchadienne, sur fond d’informations faisant état de l’infiltration de membres armés de la milice des FSR à l’intérieur du territoire tchadien.
Selon des sources sur le terrain, la milice des FSR s’est infiltrée dans la ville soudanaise de Tine, samedi dernier, et l’a contrôlée pendant deux heures à partir de la profondeur du territoire tchadien. Elle a attaqué une patrouille de l’armée tchadienne et ouvert le feu sur des civils tchadiens avant de prendre d’assaut la ville soudanaise de Tina. Plus tard, les forces armées et la Force Conjointe ont réussi à chasser les Janjawid de Tine, et le calme est revenu dans la ville.
Cependant, le calme n’est pas revenu au Tchad, où l’attaque des Janjawid et le meurtre des soldats tchadiens ont embrasé la situation dans la région. Des rapports indiquent que l’armée tchadienne a envoyé des renforts militaires à sa frontière avec le Soudan après le meurtre de ses soldats par les Janjawid, dans un nouveau développement où la fermeture du passage d’Adré n’est considérée que comme un détail mineur du scénario qui attend les Janjawid à la frontière.
L’importance du passage :
Le passage d’Adré représente le principal corridor pour l’entrée des denrées alimentaires, des marchandises commerciales et de l’aide humanitaire fournie par les organisations internationales et les agences des Nations Unies vers le Darfour et le Kordofan. En revanche, la milice l’utilisait également pour faire transiter des armes et des munitions du Tchad vers ses soldats dans les États du Darfour et du Kordofan.
L’étape de la fermeture du passage représente une protestation tchadienne majeure contre le comportement barbare de la milice. N’Djamena avait déjà fermé ce même passage en novembre dernier, pour protester contre le fait que des éléments affiliés aux FSR imposaient des taxes sur les charrettes tirées par des chevaux, connues sous le nom de (Cari), qui transportent du carburant et de la nourriture vers la ville soudanaise d’Adikonq et d’autres zones frontalières.
Des sources avaient expliqué à l’époque que les autorités tchadiennes autorisaient auparavant le passage des “Cari” tout en interdisant l’entrée des camions et des voitures chargés de marchandises. Cependant, l’imposition de nouvelles taxes sur ces charrettes avait conduit à la décision d’une fermeture complète. Un responsable local a indiqué qu’un comité communautaire conjoint avait tenu une série de réunions avec les autorités tchadiennes dans la ville d’Adré pour discuter des moyens de résoudre la crise, après que ces dernières ont informé le comité que des hommes armés soudanais imposaient des frais supplémentaires, aggravant ainsi la situation.
Conséquences graves :
Le chercheur Dr. Othman Norein qualifie la fermeture du passage d’Adré de question grave, considérant que cette mesure revient à passer la corde au cou des milices, qui sont les premières bénéficiaires de l’ouverture de ce passage. Dr. Norein a expliqué qu’il semble que la colère des autorités tchadiennes envers la milice Janjawid a atteint le point de fermer le passage qui représente une artère vitale pour le Darfour et le Kordofan. Il estime que les prémices d’une confrontation entre le Tchad, autrefois allié solide de la milice, et la milice elle-même ne sont plus lointaines, et que les affrontements de samedi suivis de la fermeture du passage sont une première étape dans un parcours qui aboutira à une guerre totale entre les deux parties.
Des observateurs estiment que le Tchad, qui a été longtemps épargné par les feux des milices, commence maintenant à ressentir le danger, mais qu’il a agi dans le “temps additionnel”, car la fermeture du passage n’est plus une décision efficace, dans la mesure où la milice pourrait être contrainte de l’ouvrir par la force pour faire passer ses armes et ses équipements.
Dr. Norein estime que la fermeture du passage n’est pas la fin de l’histoire, mais qu’elle contribuera à augmenter la tension entre les comités de sécurité et communautaires des deux côtés, surtout après les incidents du meurtre de soldats tchadiens hier dans les zones frontalières aux mains des milices.
Il a été souligné que les autorités tchadiennes ont fermé les passages de Tine, Adré, Forobaranga et Um Dukhun sans annonce préalable. La mesure est liée à l’évolution des combats entre les FSR et l’armée soudanaise, soutenue par la Force Conjointe, dans la région de Tine. Cette décision intervient comme mesure de sécurité préventive après que la guerre s’est rapprochée de la frontière tchadienne, avec des informations sur l’infiltration de rebelles soudanais en territoire tchadien.
Une confrontation attendue :
Les violations par la milice Janjawid de la frontière tchadienne se sont multipliées récemment, se terminant le plus souvent par des opérations militaires ayant coûté la vie à des soldats tchadiens. Le Tchad avait émis en janvier dernier un avis à l’opinion publique nationale et internationale concernant l’agression armée subie par son territoire, menée par des éléments des FSR après avoir franchi illégalement la frontière et ciblé l’armée tchadienne ainsi que des civils dans l’est du pays.
Le communiqué du gouvernement tchadien du 18 janvier dernier confirmait que l’attaque avait entraîné des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants, soulignant que ce n’était pas la première fois que la frontière tchadienne subissait des violations liées au conflit soudanais, ce qui aggrave les risques sécuritaires dans les zones frontalières.
Sur un ton ferme, le Tchad a qualifié ce qu’il a appelé des “agressions inacceptables” de violation flagrante, grave et répétée de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, avertissant qu’il répondrait à toute nouvelle agression sur son sol.
Les nouvelles agressions sur le territoire tchadien par la milice Janjawid sont perçues par les observateurs comme une déclaration de guerre, car Hemedti planifie de brouiller les pistes et de transformer le conflit avec l’armée soudanaise en un conflit international. Ils indiquent que la fermeture du passage d’Adré du côté tchadien est une étape qui poussera les Janjawid à attaquer directement les patrouilles frontalières tchadiennes, ce qui mènera finalement à une guerre entre les deux camps, surtout avec les allusions envoyées par des militants médiatiques affiliés à la milice qui ont explicitement menacé d’occuper la capitale, N’Djamena.
Il reste à dire que la fermeture par le Tchad de tous les passages avec le Soudan s’apparente à une déclaration de guerre avec les Janjawid, et indique que la relation entre les alliés d’hier a certainement atteint un point de non-retour. Cependant, il n’est pas certain que le Tchad se contentera de cette mesure ou que la milice se soumettra à cette décision sans résistance.
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