5 pays européens envisagent de former une alliance pour empêcher de nouvelles atrocités commises par la milice au Soudan

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Un communiqué conjoint des ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de la Norvège et de l’Irlande (le Groupe restreint sur le Soudan au Conseil des droits de l’homme) a fait état, jeudi, de l’intention du groupe de former une alliance comprenant des pays et des institutions régionales partageant les mêmes visions, afin d’œuvrer pour empêcher de nouvelles atrocités au Soudan. Ils ont exprimé leur profonde indignation collective face aux conclusions du rapport de la Mission d’établissement des faits concernant El Fasher, capitale du Nord-Darfour.
Selon Al-Arabiya Net, le rapport révèle des détails sur les actes odieux commis par les Forces de Soutien Rapide (FSR) au cours de leur siège d’El Fasher qui dure depuis 18 mois, où les routes d’approvisionnement alimentaire et humanitaire ont été systématiquement entravées et les marchés ciblés, poussant les habitants affamés à consommer du fourrage pour animaux pour survivre.
Le rapport conclut que les violences menées par les FSR à El Fasher constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, et présentent des « caractéristiques de génocide ».
Tirs sur des femmes enceintes
Des témoins ont rapporté qu’on leur avait dit : « Nous allons vous exterminer », et ont évoqué des tirs visant le ventre de femmes enceintes. Des civils ont également été tués alors qu’ils tentaient de fuir la ville.
Le rapport comprend en outre des témoignages choquants de femmes et de filles ayant subi des « violences sexuelles horribles », notamment des « viols collectifs ».
De plus, le rapport de la Mission d’établissement des faits souligne que le risque de nouveaux actes de violence et de génocide demeure élevé en l’absence de mesures de prévention et de reddition de comptes efficaces, appelant la communauté internationale à intensifier ses efforts pour éviter la répétition des atrocités vécues à El Fasher.
Un choc pour la communauté internationale
Pour sa part, le Groupe restreint sur le Soudan au Conseil des droits de l’homme a souligné la nécessité pour les parties au conflit de respecter leurs engagements en vertu du droit international humanitaire et du droit des droits de l’homme. Il a exhorté tous les États à examiner attentivement les recommandations du rapport, qui incluent la protection des civils, l’extension et l’application de l’embargo sur les armes imposé par l’ONU, la fin des restrictions sur l’acheminement de l’aide humanitaire et l’activation des mécanismes de demande de comptes.
Le groupe a salué le travail de la mission d’établissement des faits, estimant que les violations et les violences à grande échelle révélées par le rapport doivent constituer un choc pour la conscience de la communauté internationale, affirmant sa solidarité totale avec les victimes des violations au Soudan.
Il a également appelé les parties au conflit à conclure d’urgence un cessez-le-feu immédiat et durable, à permettre un accès humanitaire sans entrave, à cesser les violations du droit international humanitaire et à garantir la protection des civils.
Il a en outre exigé un accès complet des mécanismes de justice internationale aux zones et populations touchées, affirmant que le rapport représente un appel à l’action urgente.
Nombre de civils tués dans la guerre au Soudan
Ces déclarations interviennent alors que le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a annoncé jeudi que le nombre de civils tués dans la guerre au Soudan en 2025 a plus que doublé, atteignant 11,300 personnes, sans compter les disparus et les corps non identifiés.
S’exprimant à Genève, M. Turk a précisé que l’année 2025 a connu « une augmentation de plus de deux fois et demie du nombre de civils tués par rapport à l’année précédente », excluant les disparus et les corps non identifiés, tenant les FSR et l’armée soudanaise pour responsables, selon l’AFP.

La guerre qui se poursuit au Soudan depuis le 15 avril 2023 entre l’armée dirigée par Abdel Fattah al-Burhan et les FSR dirigées par son ancien adjoint Mohamed Hamdan Dagalo a fait des dizaines de milliers de morts, entraîné le déplacement de près de 12 millions de personnes à l’intérieur du pays ou vers l’extérieur, et causé la destruction des infrastructures, faisant du Soudan la proie de la « pire crise humanitaire » au monde selon les Nations Unies.