Intégration des forces de soutien dans l’armée : un large accueil et des difficultés sur le chemin

Rapport de : Al-Tayeb Abbas

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Le membre du Conseil de Souveraineté et adjoint au Commandant en chef de l’armée, le général de corps d’armée Yasser Al-Atta, a annoncé que la phase à venir verra l’intégration de toutes les forces de soutien au sein des institutions régulières dans leurs trois piliers : les Forces Armées, la Police et le Service de Renseignement Général.
Al-Atta, qui s’exprimait lors de l’Iftar de la « Force conjointe », a précisé que l’intégration se fera conformément aux conditions et critères en vigueur pour l’adhésion à ces institutions, sans aucune exception.
Selon Al-Atta, cette intégration concernera toutes les forces de soutien ayant combattu aux côtés des Forces Armées dans la « Guerre de la Dignité » sans exception, y compris (la Force Conjointe, le Bouclier du Soudan, les Brigades Al-Baraa, ainsi que les brigades de révolutionnaires et la Résistance Populaire). Il a souligné que les mécanismes du processus d’intégration seront activés prochainement et de manière immédiate, sans attendre d’autres échéances.
Un large accueil
Aussitôt après les déclarations du membre du Conseil de Souveraineté, le président du mouvement de l’Armée de Libération du Soudan, Mustafa Tambour, a déclaré que les propos du général Yasser Al-Atta concernant l’intégration de tous les groupes armés au sein du système sécuritaire et militaire constituent une décision correcte à 100 %.
Tambour a ajouté, dans une publication sur Facebook : « Nous serons parmi les premiers à l’exécuter. Nous ne permettrons aucune arme en dehors du contrôle des Forces Armées et nous dissuaderons toute personne songeant à tenter de se rebeller contre l’État à l’avenir. »
Les déclarations de Tambour sont considérées comme la première approbation officielle d’un mouvement faisant partie de la Force Conjointe et signataire de l’Accord de Juba, ce qui pousse les autres composantes de la Force Conjointe à se prononcer sur le processus d’intégration qui, semble-t-il, dépassera les calendriers de l’Accord de Juba.
Auparavant, le président du Mouvement Populaire, Malik Agar, avait déjà intégré ses forces dans les Forces Armées via un processus fluide, méthodique et pratique ; elles sont désormais toutes fondues dans les forces régulières, une démarche ayant reçu l’approbation de tous.
De leur côté, les forces du « Bouclier du Soudan », dirigées par Abu Agla Kaikl, ont accueilli favorablement les déclarations sur l’intégration des forces de soutien. Le conseiller médiatique de ces forces, Youssef Abu Sin, a annoncé leur soutien complet et absolu au plan annoncé par le commandement des Forces Armées pour intégrer toutes les formations ayant combattu aux côtés de l’armée dans une institution militaire nationale unifiée.
Abu Sin a ajouté que la phase exceptionnelle qui avait imposé la multiplicité des formations durant la guerre est terminée, et qu’il est temps de passer à la construction d’une armée régulière unique sous un commandement unifié pour protéger le Soudan et préserver sa souveraineté. Il a précisé que la position du Bouclier du Soudan, même avant le début de la guerre, était claire quant au soutien du principe d’une armée unique, ajoutant : « Nous n’avons jamais été une entité parallèle à l’institution militaire, mais une partie du système national qui s’est levée pour défendre la patrie dans la bataille de la Dignité aux côtés des Forces Armées, des forces de soutien et de la résistance populaire. »
Le conseiller médiatique a confirmé la pleine disposition à passer de la phase de combat à celle de la construction institutionnelle au sein des Forces Armées soudanaises, selon les critères professionnels régissant l’adhésion aux institutions régulières et les arrangements nécessaires suivis dans les procédures d’intégration.
Alors qu’aucune nouvelle déclaration n’a été faite par le président du Mouvement pour la Justice et l’Égalité, Gibril Ibrahim, ni par le président du mouvement de Libération du Soudan, Minni Arko Minnawi, concernant les propos d’Al-Atta, leurs anciennes déclarations ne s’opposent pas au processus d’intégration. Par ailleurs, des activistes proches du mouvement de Minnawi ont affirmé sur Facebook, dimanche dernier, que le mouvement reste engagé envers le processus d’intégration selon les délais précédemment annoncés dans l’Accord de Juba, bien que ces propos restent officieux.
Accueil populaire
L’expérience des Forces de Soutien Rapide a renforcé la conviction du peuple soudanais quant à la nécessité de former une armée une et unifiée, et a généré, selon les observateurs, des craintes de « milicisation ». C’est pourquoi les réseaux sociaux au Soudan se sont empressés de saluer les déclarations du général Yasser Al-Atta.
Le chercheur Mohamed Al-Mustafa estime que l’expérience de « Hemedti » n’a pas seulement jeté son ombre sur les Soudanais, mais que ses effets se sont étendus aux pays voisins qui considèrent désormais la milicisation comme une menace sécuritaire. Il souligne que l’armée soudanaise réalise que les pays régionaux et le monde lui-même ne sont pas disposés à accepter des milices, ce qui est la raison même pour laquelle la communauté internationale a rejeté le prétendu « gouvernement de fondation ». Al-Mustafa a expliqué que les propos de Yasser Al-Atta ne reflètent pas tant une position nouvelle qu’ils ne révèlent les nouvelles postures de l’armée pour hâter le processus d’intégration, l’option du report n’étant plus disponible face à la réticence régionale et internationale attendue pour tout investissement au Soudan en présence d’une multiplicité d’armées et d’armes.
Difficultés sur le chemin
Malgré ce large accueil, des défis réels subsistent. Le professeur de sciences politiques, Dr. Al-Fadil Mohamed Mahjoub, y voit des obstacles sérieux pouvant entraver l’aboutissement à une armée unifiée. Le plus saillant est la situation économique détériorée de l’État, qui entravera sa capacité à couvrir les coûts d’intégration de milliers de nouveaux combattants (salaires, équipement). Il note que les combattants non intégrés nécessiteront des programmes de démobilisation et de réinsertion incluant formation et qualification, ce qui demande des ressources financières massives actuellement indisponibles.
De son côté, le chercheur Dr.Osman Norein estime que des problèmes techniques surgiront lors de l’intégration, notamment sur les critères d’incorporation et de promotion. Il souligne que l’application des normes officielles en vigueur dans les forces régulières pourrait mener à l’éviction d’un grand nombre d’éléments des forces de soutien ne remplissant pas les conditions d’âge, d’aptitude physique ou de qualification académique. Il considère que ces exclus constitueraient une menace sécuritaire et pourraient bénéficier de la sympathie de leurs chefs, créant une situation floue. Norein a ajouté que l’étincelle de la guerre du 15 avril avait jailli précisément lorsqu’il fut question d’intégrer la milice des Forces de Soutien Rapide.
L’harmonisation des grades militaires est un autre défi selon Dr. Osman Norein. Il précise que les critères d’attribution des grades dans les forces de soutien diffèrent totalement des normes strictes de l’armée soudanaise. Un officier ayant le grade de lieutenant-colonel dans une force de soutien pourrait se retrouver, lors de son intégration, avec le grade de caporal. Cela s’appliquera nécessairement à tous les grades sans exception. Le défi ici sera de savoir si ces forces accepteront leurs nouveaux grades qui pourraient ne pas répondre à leurs ambitions.
Selon les observateurs, le processus d’intégration nécessite d’être traité avec sagesse et fermeté simultanément, afin de préserver le prestige de l’armée soudanaise et la cohésion sécuritaire. Le plus grand fardeau repose sur les chefs des forces de soutien pour préparer leurs éléments à accepter la nouvelle situation, y compris l’érosion des grades qu’ils portent sur leurs épaules et leurs salaires, au profit de la patrie et de son armée unique.