
Détérioration de l’économie… Marginalisation et faiblesse des institutions
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Avant le crépuscule
Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
L’économie soudanaise n’a jamais connu, au cours de sa longue histoire, une détérioration telle que celle survenue durant les années de guerre, et ce, à un rythme qui semble plus rapide que ce que les économistes imaginaient, sans parler du citoyen ordinaire. Tout discours affirmant que la guerre est l’unique cause de cette détérioration est un discours qui, en plus de manquer de précision, occulte de nombreuses autres raisons. La première d’entre elles est l’absence de vision chez les décideurs pour gérer l’économie. Cette absence de vision entraîne de nombreuses et multiples erreurs, dont nous résumerons certaines dans cet article.
La détérioration de l’économie nationale se matérialise d’abord par la valeur de la monnaie nationale face aux devises étrangères. Aujourd’hui, les prix sur le marché parallèle — devenu presque le seul marché disponible pour obtenir des devises étrangères de toutes sortes en raison de l’incapacité de la Banque centrale et de toute autre banque commerciale à fournir la moindre quantité de devises fortes à ceux qui en demandent — indiquent une ruée croissante vers les transactions sur ce marché. Ce dernier n’est freiné ni par les mesures administratives, ni par le contrôle, ni par les sanctions, tant qu’il répond à un besoin urgent, y compris pour l’importation de marchandises stratégiques telles que le carburant, les hydrocarbures, les produits alimentaires et les intrants industriels et agricoles par les grandes entreprises opérant légalement dans ce domaine.
En effet, le taux du dollar a dépassé les 5.000 livres soudanaises, et la livre égyptienne a bondi à plus de 100 livres soudanaises, en raison de la présence d’un grand nombre de Soudanais en Égypte liée aux circonstances du pays. Il en va de même pour le riyal saoudien et le dirham émirati ; toutes ces monnaies s’échangent désormais à des montants astronomiques.
On observe également une ascension fulgurante des devises étrangères sur le marché parallèle, en dépit de l’ensemble des décisions récemment émises par le gouvernement et la Banque centrale. Ces mesures ont non seulement échoué à juguler la détérioration de la monnaie, mais la situation de celle-ci s’est détériorée de plus belle par rapport à ce qu’elle était avant ces décisions. Il est donc impératif que les décideurs révisent et évaluent les résultats de ces décrets afin de combler les lacunes apparues avant même leur entrée en vigueur.
À mon avis, les nouvelles politiques annoncées par la Banque du Soudan à l’intention des entreprises pour l’importation de carburant ont soulevé de nouvelles questions plutôt que de constituer un stimulant pour ces sociétés. L’obligation de déposer 200 kilogrammes d’or comme condition pour obtenir une lettre de non-objection à l’importation poussera de nouveau les entreprises à recourir au marché parallèle pour se procurer des dollars. Cela entraînera, à son tour, une hausse du dollar face à la monnaie nationale et pourrait conduire à un monopole du commerce du carburant et des hydrocarbures par les entreprises disposant des capacités financières les plus élevées.
J’ai choisi pour titre de l’article d’aujourd’hui : « Marginalisation et faiblesse des institutions », en faisant référence ici aux institutions de l’État qui régulent le rythme général de la performance gouvernementale, contrôlent et demandent des comptes aux organes exécutifs du gouvernement, et limitent de nombreuses pratiques contraires à la loi. Les opérations de contrebande d’or et de bétail, ainsi que l’émergence de facettes de corruption et de faiblesse administrative dans certains appareils de l’État, sont autant de facteurs qui détériorent l’économie et la mènent au niveau de dégradation que connaît le pays actuellement.
Parmi les institutions de l’État marginalisées — bien qu’elles constituent des nécessités de la période transitoire et qu’elles soient stipulées dans le Document constitutionnel —, figure le Conseil législatif transitoire, qui représente le premier organe de contrôle et de reddition de comptes du gouvernement. Viennent ensuite le Conseil supérieur de la magistrature, le Conseil de la justice, la Cour constitutionnelle, et même les conseils d’administration des universités publiques ; tous sont actuellement suspendus par ordre du Conseil de souveraineté… Pourquoi ? Quelles sont les raisons de cette marginalisation ? Et quand seront-ils mis en place ? Toutes ces questions restent posées sur la scène publique. Quant à la faiblesse des institutions existantes, elle découle naturellement de la faiblesse du gouvernement lui-même, au sein duquel le poste de ministre de la Présidence du Conseil des ministres est resté vacant pendant plus de trois mois depuis le limogeage de Dr. Lamia Abdel Ghaffar, de même que le poste de porte-parole officiel du gouvernement et d’autres institutions de l’État qui existent, mais qui ont besoin de soutien humain et juridique, ainsi que d’un renforcement pour accomplir pleinement leur rôle.
Ainsi, la faiblesse de l’économie et sa détérioration résultent d’une part d’une faiblesse générale qui continue de frapper les institutions étatiques existantes, et d’autre part de la mise à l’écart des institutions indispensables. Tout cela s’est accompagné d’un tâtonnement dans la prise de nombreuses décisions, dont les moindres ne sont pas l’interdiction de 46 produits, la décision relative à l’importation des hydrocarbures, puis celle du dollar douanier, pour ne citer que cela parmi tant d’autres exemples dont témoigne la scène soudanaise. L’impact de la mauvaise gestion de certains dossiers et services, ainsi que l’absence de la primauté du droit pour dissuader ceux qui manipulent l’économie nationale, sont manifestes dans le recul de la valeur de la monnaie nationale et la perte de son poids interne et externe.
L’effet de cette situation s’est répercuté directement sur la vie du citoyen sous tous ses aspects ; un citoyen qui se retrouve malheureusement au bas de la liste des priorités du gouvernement, malgré son soutien à ce dernier et son endurance face à toutes les affres de la guerre pendant plus de trois ans.