Égypte et Soudan après la guerre d’avril : Une relation consolidée par les épreuves, là où la politique a échoué

 

Amr Khan 

Journaliste et écrivain égyptien 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 

*Depuis le déclenchement de la guerre au Soudan en avril 2023, les relations égypto-soudanaises sont entrées dans une nouvelle phase qui a mis à l’épreuve la réalité des liens historiques entre les deux peuples, loin des calculs politiques éphémères ou des campagnes de discrédit que certains ont tenté d’exploiter pour frapper l’une des plus anciennes relations de la région.
*En effet, les crises majeures révèlent la vraie valeur des États et des peuples. Ce qui s’est passé au cours des dernières années a prouvé que la relation entre l’Égypte et le Soudan n’était pas un simple rapport de voisinage géographique ou d’intérêts partagés, mais plutôt une relation continue, forgée par l’unité de l’histoire, du Nil et d’un destin commun.
*Une position officielle égyptienne constante dans les circonstances les plus difficiles : dès le premier jour de la guerre, l’État égyptien a adopté une position claire, fondée sur le soutien à l’unité, à la souveraineté et à la stabilité du Soudan, rejetant toute tentative de partition ou d’imposition d’une nouvelle réalité par la force. Le Caire n’a pas abordé la crise soudanaise sous l’angle des gains politiques étroits, mais s’est plutôt appuyé sur une vision stratégique considérant la sécurité du Soudan comme une partie intégrante de la sécurité nationale égyptienne, et estimant que la stabilité de Khartoum représente la stabilité de toute la région.
*Alors que de nombreuses voix considéraient cette guerre comme une opportunité de conflit et d’influence, l’Égypte a maintenu son discours appelant à l’arrêt des hostilités, à la préservation des institutions de l’État soudanais, et au soutien des solutions politiques garantissant au peuple soudanais son droit à déterminer son propre avenir.
*De plus, l’Égypte a ouvert ses portes à des centaines de milliers de Soudanais contraints de quitter leur pays à cause de la guerre, les accueillant comme des frères et non comme des étrangers, une position qui reflète la nature de la relation populaire avant même d’être une décision politique.
*Le peuple soudanais n’a pas oublié ces positions : en contrepartie, le peuple soudanais a prouvé durant cette crise que la mémoire populaire est plus forte que toutes les campagnes médiatiques ou les tentatives de division.
*Dans les moments d’épreuve, de nombreuses scènes sont apparues pour confirmer la profondeur des liens entre Égyptiens et Soudanais, qu’il s’agisse de l’accueil des familles soudanaises en Égypte, du soutien populaire et communautaire, ou de l’élan de solidarité exprimé par les citoyens des deux pays.
*La guerre a permis de redécouvrir de nombreuses valeurs qui s’étaient peut-être estompées à cause des différends politiques des années précédentes, et a confirmé que ce qui unit les deux peuples est bien plus grand que toute divergence de points de vue.
*Les tentatives de saboter ce rapprochement n’aboutiront pas : cependant, avec l’amélioration des relations et le retour du rapprochement entre Le Caire et Khartoum, des tentatives de la part de certaines parties ont émergé pour reproduire un discours de discorde, en amplifiant les anciens différends ou en propageant des récits visant à dépeindre la relation égypto-soudanaise comme une relation de conflit. Ces tentatives ignorent une réalité fondamentale : les relations entre les États ne se mesurent pas seulement à ce qui se passe dans les coulisses politiques, mais à ce qui résiste dans les moments d’épreuve.
*Si la relation entre les deux peuples reposait sur des intérêts temporaires, la guerre aurait creusé le fossé entre eux, mais c’est l’inverse qui s’est produit. Les épreuves ont réaffirmé les liens historiques et ont prouvé que ce qui unit l’Égypte et le Soudan dépasse n’importe quelle crise.
*Égypte et Soudan… Une relation d’avenir, pas seulement de passé : aujourd’hui, plus de trois ans après le déclenchement de la guerre, les relations égypto-soudanaises se trouvent devant une opportunité historique de bâtir une nouvelle phase basée sur la coopération et l’intégration, en particulier dans les domaines de l’économie, du développement, de la sécurité, de l’énergie et de la culture.
*Le Soudan a besoin du soutien de ses frères dans sa phase de reconstruction, et l’Égypte a un intérêt réel à voir un Soudan stable et fort, non seulement en vertu de la géographie, mais aussi en vertu de l’histoire et des intérêts communs.
*Les relations égypto-soudanaises n’ont pas été bâties en un jour pour être détruites par une campagne ou une position passagère ; c’est une relation profondément enracinée dans l’histoire, qui a traversé de nombreux défis, mais qui a toujours été capable de les surmonter.
*La guerre d’avril a prouvé que les principes intangibles et les positions sincères révèlent leur valeur dans les moments difficiles, et que lorsque l’Égypte et le Soudan se tiennent côte à côte, ils ne protègent pas seulement une relation entre deux États, mais préservent un héritage civilisationnel et populaire vieux de plusieurs millénaires.
*Quiconque parie sur le sabotage de ce que les épreuves ont réparé doit réaliser que ce que les malheurs ont réuni entre les deux peuples est désormais plus fort que toute tentative de division, et que l’avenir restera le témoin que l’Égypte et le Soudan sont destinés à demeurer ensemble.