Minni Arko Minawi… Qui se plaint auprès de qui ?

 Avant le crépuscule 

 
Abdelmalik Al-Naeem Ahmed   

 Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina  

 

 

Le leader Minni Arko Minawi, président du Mouvement de libération du Soudan et gouverneur de la région du Darfour en vertu de l’accord de paix de Juba, a récemment conclu une tournée dans plusieurs pays européens où il a rencontré certains responsables, sans que nous ne voyions de résultats tangibles à cette tournée ni aux précédentes. Évidemment, tant qu’il occupe un poste constitutionnel, ce ne sera pas la dernière tournée dans l’ombre de la fluidité et de la fragilité que connaît le gouvernement actuel, dans lequel il n’existe visiblement pas de critères pour évaluer les performances de ses membres, de ses ministres ni même des gouverneurs de ses États.

De plus, il n’y a pas à l’horizon de plan clair pour chaque ministre, wali ou gouverneur de région qui permettrait de comparer le rendement réel à ce qui était prévu dans le plan, afin de déterminer ensuite le taux d’exécution, de procéder à l’évaluation, de sanctionner les manquements ou de récompenser les bonnes performances. C’est pourquoi la faiblesse apparaît clairement dans le rendement de certains, tandis que l’on constate, en contrepartie, des réalisations tangibles chez d’autres.

Si telle est la vue d’ensemble de l’appareil exécutif de l’État, le propos d’aujourd’hui souhaite se concentrer sur certaines déclarations du gouverneur de la région du Darfour, Minni Arko Minawi, à qui ce poste élevé a été attribué conformément à l’accord de paix de Juba, tout comme ses collègues dirigeants des mouvements armés, à savoir le général Malik Agar, vice-président du Conseil de souveraineté, Dr. Jibril Ibrahim, ministre des Finances, et Mustafa Tambour, gouverneur du Darfour central. Chacun d’eux dispose de ministres, de directeurs d’organismes, d’institutions et d’autres fonctions au sein de l’État déterminés par des quotas qui ne font l’objet d’aucune négociation, pas même de la part du président du Conseil de souveraineté lui-même.

Le propos d’aujourd’hui est consacré au leader Minawi, en guise de commentaire sur ses récentes déclarations qui comportent, d’une part, une plainte et une accusation implicite de négligence dans l’accomplissement des devoirs à l’encontre de parties qu’il n’a pas nommées, ainsi qu’une autre accusation visant la milice des Forces de soutien rapide et ses mercenaires venus de la diaspora africaine et de Colombie pour avoir tué les enfants de la région qu’il gouverne (à distance) et les avoir dispersés entre réfugiés dans les pays voisins d’Afrique et d’ailleurs dans le monde, et déplacés internes dans plusieurs États du Soudan.

D’autre part, ses déclarations expriment son insatisfaction quant au déroulement de la mise en œuvre de l’accord de paix de Juba, contredisant ainsi ce que pensent de nombreux observateurs du taux d’exécution des clauses de l’accord et de son calendrier défini à 39 mois, dépassé aujourd’hui de plus de cinq ans ; et cela est une autre histoire qui mérite d’être racontée dans ses moindres détails.

Le leader Minawi s’est plaint, dans une partie de ses déclarations, de l’état et de la situation des villes de la région dont il est le gouverneur, décrivant les villes de Nyala, El Geneina, Zalingei et El Fasher comme étant devenues des « villes fantômes », abandonnées contraints et forcés par leurs habitants et dépourvues de services ; c’est pourquoi il a demandé aux organisations internationales de redonner vie aux villes de sa région.

Alors, auprès de qui le leader Minawi se plaint-il, lui qui occupe ce poste élevé parce qu’il dirige un mouvement armé dont le but est la libération de tout le Soudan comme l’indique son nom, mais qui s’est révélé incapable, avec les autres mouvements nés au Darfour et au Nil Bleu, de libérer le Darfour et une partie du Kordofan ? Il est vrai que la responsabilité de libérer chaque parcelle du territoire national est un souci national et la responsabilité de tous, à commencer par les forces armées, mais lorsque le leader Minawi est lui-même le gouverneur de la région occupée par les Janjaweed, qu’il est le chef d’un mouvement armé et qu’il se plaint de la transformation des villes de sa région en villes fantômes, la plainte paraît étrange, hors de propos et hors de temps, même si elle s’inscrit dans le cadre d’un appel aux organisations pour l’aider à y restaurer la vie. Lui qui a effectué plusieurs tournées européennes, dont la dernière à la fin de la semaine passée, qu’ont apporté ses tournées pour qu’il leur adresse à nouveau sa plainte et demande leur intervention, si ce n’est la preuve d’un aveu d’impuissance et de faiblesse d’esprit ?

Quant à sa seconde déclaration, il s’agit de son affirmation selon laquelle ce qui a été exécuté des clauses de l’accord de paix de Juba ne dépasse pas 5 % seulement, imputant la cause de cette lenteur à la guerre qui a empêché la mise en œuvre du volet relatif aux arrangements sécuritaires.

La question est la suivante : tous les privilèges, postes constitutionnels et autres fonctions administratives obtenus par le mouvement de Minawi, Agar, Jibril et Tambour ne représentent-ils réellement que 5 % ? Quel serait donc le paysage si ce taux s’élevait à 70 % par exemple ? Il est évident qu’il s’agit d’un discours inexact destiné à faire pression sur le Conseil de souveraineté pour obtenir davantage de gains en faveur des mouvements qui tirent aujourd’hui leur force des armes et exploitent les circonstances de la guerre et leur participation à la « guerre de la dignité », bien que la défense de la patrie ne doive pas nécessairement se faire en échange de postes constitutionnels et exécutifs comme c’est le cas actuellement selon l’accord de paix de Juba, lequel, à mon sens, n’a pas atteint ses objectifs.

Le leader Minawi ne nous a pas parlé de leurs partenaires de l’accord de paix de Juba sur les axes du Nord et du Centre, qui n’ont obtenu aucun poste constitutionnel ou exécutif parce que les parcours du Centre et du Nord ne s’appuient pas sur des mouvements armés, raison pour laquelle la négligence a été leur partage.

Ainsi, au lieu de se plaindre ou de déplorer la faible application de l’accord de paix de Juba, il devrait plutôt nous parler de la nécessité de veiller à une application équitable des clauses de l’accord envers toutes les parties signataires, sans la sélectivité avec laquelle elle a été opérée. De même, il devrait consacrer le plus clair de son temps, de ses efforts, de sa force militaire, économique et même de ses relations à la libération de la région qu’il gouverne par « télécommande ». Telle est la priorité, plutôt que de chercher à accumuler davantage de postes et de privilèges sous le couvert de l’accord, sans parler d’évoquer l’expiration de son terme.