Khartoum entre les deux crises de l’électricité et de l’eau

Avant le crépuscule  

Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 

Si nous faisons abstraction de la question des dérapages sécuritaires qui se produisent actuellement dans certaines zones de l’état de Khartoum — compte tenu des efforts déployés par la commission de sécurité de l’état, qui suit de près certains foyers de cellules infiltrées visant à provoquer des troubles dans certains quartiers de l’état —, il est difficile de faire abstraction des deux crises de l’électricité et de l’eau.

Celles-ci se renouvellent malheureusement jour après jour, et ce pour des raisons qu’il est, selon moi, tout à fait possible de résoudre s’il y a un réel souci et une attention de la part des responsables de ces deux dossiers, ainsi qu’une prise en charge des problèmes au fur et à mesure. Cela s’impose au vu des effets néfastes et des souffrances multipliées que leur coupure engendre pour les citoyens.

Et si le citoyen supporte le problème de l’électricité dans cet été brûlant, supporter la coupure d’eau, ne serait-ce que pour quelques heures, devient une chose extrêmement difficile à endurer ; que dire alors d’une coupure qui se poursuit pendant plus de trois jours, comme cela vient de se produire à Omdurman, et plus particulièrement dans sa partie nord ?

J’ai pris contact hier avec certains membres de ma famille élargie résidant dans les quartiers d’Al-Thawrat à Omdurman pour prendre de leurs nouvelles et m’enquérir de la raison de leur absence de communication pendant trois nuits. La réponse fut choquante : ils ont passé la nuit debout à la recherche d’une goutte d’eau.

La crise de l’eau au cours des derniers jours n’est pas un vain discours destiné à effrayer ou une pure illusion, mais constitue malheureusement une souffrance renouvelée, malgré l’afflux important de citoyens revenant des pays de refuge vers Khartoum et malgré les efforts déployés par le “Comité de l’Espoir pour le Retour Volontaire”.

Cela exige de fournir le minimum de services au citoyen, à savoir l’électricité et l’eau, après que de nombreux services de santé et d’éducation sont devenus disponibles… Si telle est la situation des services alors que la plupart des habitants de Khartoum ne sont pas encore rentrés chez eux, quelle sera la situation lorsque le citoyen sera de retour et que la consommation aura doublé ?

La Gestion des eaux a justifié la coupure par une panne technique survenue à la station d’eau d’Al-Manara, qui a désormais été réparée. Cependant, la question qui se pose est la suivante : pourquoi la répétition de ces pannes techniques de manière aussi troublante pour le citoyen ? Et pourquoi ce retard dans le traitement des pannes ? Bien entendu, les séquelles des destructions causées par la milice demeureront toujours les excuses avancées, mais l’état de Khartoum a été libéré il y a près de deux ans.

Ce délai est, à mon sens, suffisant pour traiter ces séquelles, du moins dans le secteur de l’eau, si cela s’avère difficile dans le secteur de l’électricité en raison de la destruction et du vol des transformateurs.

En contrepartie, l’électricité a également été coupée dans plusieurs états en raison d’une panne technique au barrage de Merowe — et Dieu soit loué, ce n’était pas à cause de drones. Là aussi, la question se pose : pourquoi cette répétition des pannes techniques, alors que le ministère de l’Énergie a cessé de parler de l’électricité en provenance d’Éthiopie, de l’interconnexion électrique avec l’Égypte et des accords conclus, pour s’en remettre à l’énergie solaire sans offrir les facilités requises au citoyen, ou pour s’en remettre à la nouvelle barge turque “Nawawi” afin de résoudre une partie du problème du déficit électrique à Port-Soudan, où la température a dépassé les cinquante degrés ?

En conclusion, nous disons que la répétition des pannes techniques dans les stations d’eau et d’électricité n’est plus supportable ni acceptable, tout comme les excuses ne sont plus convaincantes tant qu’il est possible de les éviter et d’y remédier avant qu’elles ne s’aggravent.

C’est pourquoi nous disons au ministère de l’Énergie qu’il suffit désormais de parler des causes, des problèmes, du volume de consommation et de la faiblesse de la production, car ces éléments sont connus. Ce qui est demandé, c’est un travail stratégique et d’avenir, une vision, un plan et un programme de travail qui sortent le pays du cercle vicieux des deux crises de l’électricité et de l’eau, en raison de leur interconnexion d’une part, et de leur grande importance pour la vie du citoyen d’autre part, puisqu’elles représentent le seuil minimal de ses droits devant être garantis à la hauteur des besoins requises.