Le Soudan sous le siège des conditions météorologiques extrêmes… Le changement climatique est-il devenu une menace pour la sécurité nationale ?

 

 

Dossiers : Préparé par / Amr Khan – Journaliste égyptien

 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

 

Les conditions difficiles et la conjoncture historique que traverse le Soudan actuellement exigent de la sagesse dans la gestion gouvernementale des défis et des crises qui menacent l’État, au milieu d’un climat extrême alimenté par des facteurs résultant des impacts du changement climatique, lesquels apparaissent de manière inédite dans le nord et l’est du continent africain, ainsi que dans la région de la Corne de l’Afrique.

Parler du changement climatique au Soudan n’est plus un luxe intellectuel ni une question environnementale isolée, mais est devenu l’un des défis les plus marquants qui s’entremêlent avec les situations sécuritaires, économiques et humanitaires.

L’État, qui souffre d’une guerre prolongée, fait face en même temps à des pressions climatiques sans précédent, rendant les phénomènes météorologiques plus violents et plus impactants sur la vie des citoyens, les infrastructures et les ressources naturelles.

  • Changement climatique… Pourquoi le temps est-il devenu plus extrême ?

Les savants définissent les conditions météorologiques extrêmes comme une augmentation de l’intensité ou de la fréquence des phénomènes météorologiques inhabituels, tels que les vagues de chaleur, les pluies torrentielles, les inondations, les sécheresses et les tempêtes de poussière, en raison de la hausse de la température moyenne de la Terre causée par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

L’Afrique est l’un des continents les plus touchés par ces changements, bien qu’elle soit celui qui contribue le moins aux émissions mondiales, tandis que le Soudan se situe dans une zone de transition entre le Sahara, la savane, la mer Rouge et la Corne de l’Afrique, ce qui le rend plus sensible à toute modification des modèles climatiques.

  • Le Soudan entre sécheresse et inondations :

Le paradoxe climatique au Soudan est devenu remarquablement évident ; alors que certains États souffrent de sévères vagues de sécheresse et de pénuries d’eau, d’autres États sont exposés à des pluies torrentielles et à des inondations dévastatrices sur de courtes périodes.

Ce phénomène reflète la perturbation du cycle naturel des pluies ; les saisons d’automne ne surviennent plus selon le schéma historiquement connu, mais les pluies sont devenues plus intenses dans un laps de temps plus court, ce qui augmente les risques d’inondations, de glissements de terrain et de destruction des routes et des habitations.

De plus, les longues périodes de sécheresse entraînent le recul du couvert végétal, la dégradation des terres agricoles et l’extension de la désertification, en particulier dans les États du Darfour, du Kordofan et les États du Nord.

  • Des impacts économiques qui dépassent l’agriculture :

Des millions de Soudanais dépendent directement de l’agriculture et de l’élevage ; par conséquent, toute perturbation climatique se répercute immédiatement sur l’économie nationale.

Les températures élevées entraînent une baisse de la productivité des cultures, tandis que les pluies irrégulières causent des dommages à de vastes étendues de terres agricoles ou retardent les saisons de plantation et de récolte.

Le cheptel subit également de lourdes pertes en raison du manque de pâturages et d’eau, ainsi que de la propagation de maladies liées à la hausse des températures, ce qui affecte l’un des secteurs économiques les plus importants du Soudan.

Les pertes ne s’arrêtent pas là, car les inondations provoquent la destruction des ponts, des routes, des réseaux électriques et des stations d’eau, ce qui double le coût de la reconstruction dans des conditions économiques extrêmement difficiles.

  • Des dommages sanitaires et humanitaires aggravés :

Les conditions météorologiques extrêmes sont également liées à l’augmentation des taux de propagation des maladies. Après les inondations, les sources d’eau potable sont contaminées, ce qui entraîne une hausse des cas de choléra, de diarrhées aqueuses et de typhoïde, tandis que les températures élevées et les accumulations d’eau stagnante favorisent la propagation des moustiques vecteurs du paludisme et de la dengue.

Dans le contexte du déclin des services de santé dû à la guerre, la capacité des institutions médicales à répondre à ces crises devient plus limitée, ce qui dédouble les risques humanitaires.

De même, les catastrophes climatiques entraînent le déplacement de milliers de familles après l’effondrement des maisons ou la détérioration des terres agricoles, ce qui accroît les pressions sur les camps de déplacés qui souffrent déjà d’un manque de services de base.

  • Changement climatique et conflit pour les ressources :

Les changements climatiques ne peuvent être séparés des tensions sociales et sécuritaires au Soudan. Lorsque les ressources en eau et les pâturages diminuent, la compétition pour ces ressources s’intensifie entre les communautés locales, ce qui est susceptible d’aggraver les conflits traditionnels entre agriculteurs et éleveurs, en particulier dans les zones de fragilité sécuritaire.

De plus, la baisse de la production agricole et la hausse des prix alimentaires contribuent à l’augmentation des taux de pauvreté et de l’insécurité alimentaire, faisant du changement climatique un facteur multiplicateur des crises existantes, et non une simple crise environnementale indépendante.

  • Que s’est-il passé auparavant… Et à quoi s’attendre à l’avenir ?

Au cours des dernières décennies, le Soudan a connu des vagues récurrentes d’inondations et de pluies torrentielles qui ont détruit des milliers de maisons et causé de lourdes pertes en vies humaines et en récoltes agricoles.

De vastes régions ont également été exposées à de longues vagues de sécheresse ayant contribué à l’extension de la désertification et au recul de la production agricole. Quant aux dernières années, les phénomènes climatiques sont devenus plus fréquents et plus intenses, les températures ayant atteint des niveaux records, les tempêtes de poussière s’étant intensifiées et les pluies étant devenues plus perturbées, avec l’enregistrement d’inondations soudaines dans plusieurs États.

Les modèles climatiques indiquent que le Soudan est susceptible de connaître au cours des prochaines décennies une hausse supplémentaire des températures, une irrégularité accrue des pluies et une hausse de la probabilité de phénomènes météorologiques violents, à moins que des mesures efficaces ne soient prises pour s’adapter au changement climatique.

  • Comment réduire les risques ?

Faire face aux conditions météorologiques extrêmes nécessite une vision nationale intégrée basée sur le renforcement des systèmes d’alerte précoce, le développement des réseaux de drainage des eaux de pluie et la modernisation des infrastructures afin qu’elles deviennent plus résilientes face aux inondations et aux tempêtes.

Il convient également de soutenir la recherche climatique, d’améliorer la gestion des ressources en eau, d’encourager l’agriculture résistante à la sécheresse et de développer les projets de reboisement et de lutte contre la désertification, tout en intégrant les considérations relatives au changement climatique dans les plans de développement et de reconstruction.

À la lumière de la poursuite de la guerre, la protection de l’environnement et des ressources naturelles devient une partie intégrante de la protection de la sécurité nationale, car la stabilité des États n’est plus liée uniquement aux frontières et aux armes, mais aussi à leur capacité à s’adapter aux mutations climatiques accélérées.

Le Soudan est bel et bien entré dans une nouvelle phase où les catastrophes naturelles ne sont plus des événements exceptionnels, mais font désormais partie du paysage général. Avec la poursuite du changement climatique à l’échelle mondiale, le renforcement de la capacité d’adaptation et de la préparation aux catastrophes n’est plus un choix, mais une nécessité stratégique pour garantir la sécurité de l’État, la stabilité de la société et la protection de l’avenir des générations futures.