Après sa participation à la guerre du Tigré… Comment l’alliance « Aby Ahmed – Hemedti » menace-t-elle la stabilité de la Corne de l’Afrique ?

 

Rapport : Al-Tayaib Abbas  

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina  

 

Ces dernières heures ont été le théâtre d’une nouvelle escalade sur le terrain et sur le plan politique, suite à l’annonce par le gouvernement de la région du Tigré de la détection d’une participation effective de la milice soudanaise des Forces de soutien rapide aux combats en cours dans l’ouest de la région. Selon un communiqué officiel publié par le gouvernement régional, ces milices ont participé, aux côtés de l’armée fédérale éthiopienne menée par Aby Ahmed, à une attaque ciblant des positions appartenant aux forces du Tigré ; une attaque que le Front a confirmé avoir repoussée avec succès, infligeant de lourdes pertes dans les rangs des forces assaillantes.
Ce développement ouvre grand la porte à des interrogations complexes sur les dimensions de l’intervention soudanaise et la nature des nouvelles alliances militaires dans la région instable de la Corne de l’Afrique.
Le communiqué du gouvernement de la région du Tigré a indiqué que ses forces ont repoussé une attaque militaire lancée par l’armée éthiopienne dans la zone de « Shiririna », dans l’ouest du Tigré, accusant la milice soudanaise des Forces de soutien rapide et d’autres groupes armés d’avoir participé à l’assaut.
Le communiqué a précisé que les combats se sont poursuivis des heures du matin jusqu’au soir, et que ses forces ont déjoué l’attaque, tandis que les forces assaillantes ont subi de lourdes pertes, soulignant que les hôpitaux entre l’ouest du Tigré et Gondar ont reçu un grand nombre de blessés, et que l’armée éthiopienne a transporté certains blessés de la milice de Hemedti par voie aérienne vers d’autres régions.
Le recours de l’armée éthiopienne à ces milices dans une guerre hors des frontières de leur État ouvre grand la porte, selon des observateurs, à l’essor du phénomène des milices armées transfrontalières, et transforme les armes entre leurs mains en un simple instrument voué à tuer pour quiconque paie, indiquant qu’Aby Ahmed joue avec la stabilité de la région au profit d’agendas sionistes et émiratis.
Le professeur de sciences politiques dans les universités soudanaises, Dr. Al-Fadil Mohamed Mahjoub, a estimé que l’implication de la milice des Forces de soutien rapide dans la guerre civile éthiopienne s’est faite sur instructions d’Abou Dhabi au profit de son allié Aby Ahmed.
Dr. Al-Fadil a considéré que cette démarche est de nature à saper la paix et la sécurité dans la région de la Corne de l’Afrique et dans l’Afrique dans son ensemble, appelant l’Union africaine à traiter d’une manière sérieuse la question de la coexistence avec les milices transfrontalières, en raison du danger extrême qu’elle représente pour la sécurité du continent.
De son côté, le chercheur Dr. Mohamed Al-Mustafa a estimé que les récentes accusations formulées par le gouvernement de la région du Tigré concernant la participation de la milice soudanaise des Forces de soutien rapide aux côtés de l’armée fédérale éthiopienne dans les combats de la zone de « Shiririna », portent des implications géopolitiques et militaires d’une extrême complexité dans la région de la Corne de l’Afrique.
Il a souligné que cette participation reflète une alliance de terrain non déclarée entre le gouvernement éthiopien dirigé par Aby Ahmed et la milice des Forces de soutien rapide dirigée par « Hemedti » ; où Addis-Abeba cherche à frapper le front du Tigré, tandis que la milice des Forces de soutien rapide cherche un allié régional puissant qui lui sécurise ses lignes de ravitaillement logistique.
Al-Mustafa a expliqué que cette démarche révèle l’ampleur de l’enchevêtrement des conflits internes ; la guerre au Soudan ou le conflit en Éthiopie n’étant plus une affaire interne isolée. Les frontières communes se sont plutôt transformées en un terrain de règlement de comptes entre acteurs armés transfrontaliers avec le soutien de puissances régionales et internationales, au premier rang desquelles les Émirats et Israël.
La participation de la milice des Forces de soutien rapide aux côtés de l’armée éthiopienne contre le Front du Tigré reflète, selon des observateurs, un indicateur dangereux de l’influence croissante des milices armées et de leur dépassement des frontières nationales, ce qui menace directement la stabilité sécuritaire et politique sur le continent africain et dans la Corne de l’Afrique.
Cette intervention transfrontalière incarne également une mutation dans les rôles des groupes armés non réguliers, à travers la mondialisation des milices qui conduit à l’effacement des frontières nationales, sous une forme où la milice de Hemedti ne apparaît plus comme une simple faction combattant l’armée soudanaise à l’intérieur du Soudan, mais comme une force mercenaire transfrontalière participant aux conflits des pays voisins, ce qui mène en fin de compte à retirer la légitimité aux armées nationales et renforce l’influence des dirigeants de ces groupes en tant que décideurs régionaux.