
Entre Hamdok et « Taasis »… Convergence sur les objectifs et divergence sur les moyens
Avant le crépuscule
Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Dr. Abdalla Hamdok, Premier ministre du gouvernement post-changement de 2019, a gâché une occasion en or d’administrer avec succès le gouvernement de la période de transition, s’il avait disposé de l’expérience suffisante, du sacrifice pour servir la patrie, ainsi que de la libération vis-à-vis du contrôle de l’extérieur et de l’influence et de l’emprise du groupe des Forces de la liberté et du changement sur les décisions cruciales de cette époque. En effet, bien que ce groupe soit celui qui a installé le gouvernement Hamdok avec l’ensemble de son équipe, il ne lui a pas laissé la liberté d’action malgré le soutien populaire dont il bénéficiait à cette période ; un soutien qu’il n’a pas su investir au profit du pays comme il le fallait, et il est ainsi parti sans être regretté.
Durant sa période de gouvernance agitée, Hamdok s’est précipité vers les États-Unis et leur a offert ce qu’ils ne méritaient pas issus des deniers du peuple soudanais, sous le couvert de l’indemnisation des familles des victimes du destroyer USS Cole, et ce malgré l’acquittement du Soudan par la justice américaine de toute accusation concernant ce bâtiment.
Il a néanmoins voulu s’attirer les faveurs des Américains en versant plus de 375 millions de dollars achetés sur le marché parallèle, en raison du vide des caisses de son gouvernement, estimant que ce montant redorerait le blason de son gouvernement auprès des Américains et qu’ils lèveraient les sanctions contre lui ; ce qui ne s’est pas produit jusqu’au moment où il a quitté le siège de la présidence du gouvernement.
Le deuxième échec marquant à son actif est survenu lorsqu’il a participé à un sommet arabe à Riyad où il lui a été demandé de présenter le programme de son gouvernement afin qu’il soit soutenu ; il s’est cependant excusé sous prétexte que les Forces de la liberté et du changement ne lui avaient pas encore remis ce programme.
Un Premier ministre doté de tous les pouvoirs et disposant d’un Conseil des ministres demande aux forces politiques qui l’ont porté au pouvoir de lui fournir le programme de son gouvernement ! Il est donc revenu de ce sommet les mains vides, et jusqu’à ce qu’il quitte son poste ministériel, son gouvernement ne disposait d’aucun programme de travail ni d’aucun plan adopté… sans parler du parachèvement des structures et des institutions de la gouvernance civile.
Lorsqu’il a rejoint l’opposition au pouvoir après le changement et les décisions du général d’armée Abdel Fattah al-Burhan en octobre 2021, sa situation dans l’opposition n’était pas meilleure que lorsqu’il était au pouvoir. J’ai suivi pour lui plusieurs rencontres, visites et déclarations dans lesquelles on ne pouvait guère déceler l’ombre d’une véritable appartenance à une patrie dont il était à la tête de l’appareil exécutif.
Interrogé lors d’une entrevue sur le flux d’armes en provenance de l’État des Émirats arabes unis vers la milice et les mercenaires des Forces de soutien rapide rebelles et son impact sur la guerre au Soudan, la réponse fut tragique et risible — et le pire des malheurs est celui qui fait rire — puisqu’il a déclaré textuellement qu’il n’avait rien à voir avec la provenance des armes, que cela relève du domaine militaire, mais que ce qui l’importe, c’est l’établissement de la gouvernance civile dans le pays ! Or, comment la gouvernance civile serait-elle possible à l’ombre d’un État agresseur qui inonde le Soudan d’armes, tout en continuant à le défendre ? Et comment toute gouvernance civile pourrait-elle s’établir au milieu d’une guerre faisant rage ? N’aurait-il pas fallu d’abord œuvrer à stopper le flux d’armes, à expulser la rébellion, la milice et les mercenaires, et à libérer le pays, pour ensuite arrêter la guerre avant de parler de la gouvernance civile dans laquelle il a échoué après le changement de 2019 ? Ce sont là les sophismes que Dr. Hamdok ne cesse de répéter dans toutes ses rencontres, interviews et déclarations.
Dans sa dernière entrevue sur la plateforme Al-Muhawwil, il a été interrogé sur sa position à l’égard de l’autorité de « Taasis », sachant pertinemment qu’il s’agit d’un gouvernement issu de forces rebelles contrôlant des parties chères du territoire national, n’étant pas venu par les moyens connus et établis de la gouvernance civile, mais par l’effusion de sang d’innocents, la violation de leurs droits, le génocide et le nettoyage ethnique.
Ce qui se produit aujourd’hui comme violations des droits humains dans les zones qu’il occupe est la meilleure preuve de ce que nous disons, et la fragmentation, les divisions et les liquidations de cadres qui lui sont affiliés constituent la meilleure preuve du conflit d’intérêts et de l’absence d’unité d’objectif. Au milieu de cette situation déplorable intervient la réponse de Hamdok à la question sur leur relation avec « Taasis », affirmant qu’ils s’accordent avec « Taasis » sur les objectifs mais divergent avec elle sur les moyens.
Quels sont donc ces objectifs sur lesquels Hamdok s’accorde avec le gouvernement de « Taasis » ? Est-ce la partition du Soudan ? Ou le rattachement d’Abiyéï à l’État du Soudan du Sud ? Ou la séparation de la région du Darfour ? Ou les crimes commis actuellement à El-Fasher, dans la prison de Deqris et à Nyala, ayant déplacé la plupart des habitants des États contrôlés par le gouvernement de « Ta meubler/Taasis » ? Quels objectifs peuvent bien faire l’objet d’un accord ?
Ce que fait actuellement Dr. Abdalla Hamdok en dirigeant le groupe Tagadum et Sumoud, en soutenant les Émirats, en dédouanant la milice des Forces de soutien rapide et en marchant dans le sillage des ennemis de la patrie, ne le qualifie pas pour parler de gouvernance civile et ne lui permet pas, à lui et à ceux qui l’accompagnent, d’avoir un quelconque rôle politique dans la phase à venir ; à moins qu’il ne compte revenir porté sur les épaules de la communauté internationale ou des puissances étrangères qu’il n’a cessé de défendre et sur lesquelles il s’est appuyé avant et après son départ du siège du gouvernement.
Quant au peuple soudanais, détenteur du premier et du dernier mot, je pense qu’il a tiré son opinion au clair à son sujet et au sujet de tous ceux qui marchent dans son sillage, depuis Gahat, Tagadum, Sumoud, et jusqu’à « Taasis ».