Coordination des forces nationales… D’où vient le mandat ? Et au nom de qui s’exprime-t-elle ?

Avant le crépuscule 
Abdelmalek Al-Naeem Ahmed 
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 
L’absence du conseil d’organisation des affaires des partis et l’absence de l’institution parlementaire ont éliminé l’instance habilitée à exprimer la volonté du peuple, à surveiller la performance gouvernementale et à demander des comptes à l’appareil exécutif, jusqu’au stade du retrait de la confiance et de la dissolution du gouvernement.
Cette mise à l’écart délibérée de ces organes a généré de nombreux phénomènes négatifs, avec à leur tête le chaos des prises de parole au nom du peuple par n’importe quel groupe dont le nombre de dirigeants ne dépasse pas les doigts d’une seule main, et qui pourtant ne cesse de prononcer des avis jurisprudentiels, voire de décider sur des questions cruciales, majeures et fondamentales.
Si nous examinons la scène de l’action politique durant cette période de la vie du pays, nous constaterons qu’il existe des dizaines de noms d’instances, d’organisations et de regroupements aux appellations ronflantes, en adéquation avec l’objectif qu’ils cherchent à atteindre ou le rôle qu’ils pensent jouer, profitant de la volatilité politique et de l’absence de lois régissant cela, voire de l’absence du peuple lui-même au nom duquel ils s’expriment — depuis Gahat, Tagadum, Sumoud et Tassis, jusqu’au Bloc démocratique, la Coordination des forces nationales, l’Alliance des forces nationales, et même le groupe des trois parcours qui ont signé l’accord de paix de Juba sans en obtenir une part de pouvoir et de richesse ; la victoire revenant aux mouvements armés non pas parce qu’ils représentent le peuple, mais plutôt parce qu’ils ont obtenu les postes et les positions par la force des armes qu’ils portent, tandis que se sont perdus les droits des trois autres parcours qui prétendaient représenter le peuple — ce qui n’est certainement pas le cas puisqu’ils ne détiennent aucun mandat et n’ont rien trouvé pour soutenir leur position dans l’accord. La liste de ces regroupements est longue et ils ont peut-être été imposés par les circonstances de la guerre.
L’occasion du propos d’aujourd’hui réside dans ces divergences évidentes apparues dans les discours et déclarations de certains dirigeants de ces coalitions, lesquelles démontrent clairement l’absence d’institutionnalisme au sein d’un même groupe, sans parler de s’entendre ou de se coordonner avec d’autres.
Ainsi, le président du Bloc démocratique, Jafar Al-Mirghani, a déclaré que le dialogue attendu n’exclurait aucune des forces politiques, tandis que Mubarak Ardol, membre du même bloc et pourtant la voix la plus forte, s’entête à parler de l’éviction de forces politiques précises de tout dialogue ou participation politique future.
Abstraction faite de l’absence de valeur de ce que déblatère Ardol — qui ne dépasse pas le stade de beaucoup de bruit pour rien —, l’indication ici montre qu’une seule et même organisation en vient à parler à plusieurs voix et avec des opinions contradictoires, ce qui témoigne d’un manque de coordination et d’accord.
C’est là le cœur de ce que nous souhaitons confirmer : la prétention de représenter le peuple n’est rien d’autre que de la consommation politique et un remplissage du vide créé par l’absence d’institutions de contrôle et de régulation.
Le second événement faisant l’objet du sujet d’aujourd’hui réside dans ces déclarations, voire ces (décisions) émanant de la direction de ce qu’on appelle la Coordination des forces nationales, présidée par Mohamed Sayed Ahmed Al-Jakoumi — lui-même chef du parcours du Nord dans l’accord de paix de Juba, qui n’a pas réussi à arracher les droits de ce parcours dans le pouvoir et la richesse au sein de l’accord de paix de Juba.
Les déclarations d’Al-Jakoumi sont intervenues à la suite d’une réunion du Quintet qui s’est tenue cette semaine dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, et qui n’a pas atteint ses objectifs, échouant même en raison du boycott d’un certain nombre de parties invitées à la réunion.
La Coordination a ainsi décidé, selon les déclarations : premièrement, l’adoption du système présidentiel dans l’État ; deuxièmement, la dissolution du Conseil de souveraineté ; troisièmement, la validation de la candidature du général Abdel Fattah al-Burhan à la présidence de la République ; et quatrièmement, l’examen de la tenue du congrès général de la Coordination.
Un ensemble d’observations s’impose face à ces décisions. La première est que de telles décisions stratégiques, qui vont changer le cours des affaires politiques dans le pays, doivent émaner d’institutions élues par le peuple, à savoir une seule et unique institution : le Parlement. Pourquoi les dirigeants de la Coordination empiètent-ils donc sur des missions hors de leur champ de compétence, si ce n’est à cause du vide existant dans l’État ?
La deuxième observation est que de telles décisions ne devraient pas être annoncées à l’extérieur du Soudan, car il s’agit d’une affaire interne qui n’a pas sa place à Addis-Abeba — laquelle voue une hostilité au Soudan — ni avec le Quintet qui emboîte le pas aux Émirats et à Mossad Boulos. Troisièmement, ce n’était pas le moment approprié pour parler d’un nouveau système présidentiel alors que la bataille de la dignité fait rage sur le terrain, que l’armée enchaîne les victoires et que le général Al-Atta s’engage à libérer l’ensemble du territoire national avant la fin de l’année.
Où se situe donc l’ordre des priorités chez les dirigeants de la Coordination ? Ou bien la guerre ne concerne-t-elle que ceux qui sont sur le terrain, tandis que leur prétendue coordination ne s’intéresse qu’au pouvoir et à la gestion du pays avec les autres forces politiques une fois que les combattants auront libéré le pays… Comment pouvez-vous juger ainsi ?
Si l’appareil exécutif et le gouvernement de la période de transition se mouvaient avec la même force de mouvement et de victoires que l’armée sur le champ de bataille, ces institutions fictives n’auraient pas trouvé un vide dans lequel s’engouffrer, au point d’atteindre le stade de déterminer le type de gouvernance dans le pays sans aucun mandat…. comme le font actuellement la Coordination et d’autres coalitions similaires.