
Limogeage des ministres et des responsables constitutionnels… Absence de critères et de motifs ?
Avant le crépuscule
Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Si nous sommes convaincus que les critères de nomination des ministres, des responsables constitutionnels et des hauts fonctionnaires de l’État reposent en premier lieu sur le népotisme, les compromis de compensation et certaines relations personnelles devenues la norme pour la distribution des postes — lesquels sont souvent le fruit d’accords bilatéraux entre la partie qui détient le pouvoir (« la tenante du stylo ») et ses opposants, qu’ils soient militaires ou politiques —, les exemples au Soudan sont innombrables, à travers différentes époques et périodes.
L’accord de Naivasha a ainsi amené le défunt rebelle John Garang au poste de premier vice-président de la République, avant qu’il ne soit assassiné par des mains traîtresses avant même de pouvoir profiter de sa fonction. Son successeur, Salva Kir Mayardit, lui a succédé, devenant président de la République du Soudan du Sud après la sécession, et a fait preuve d’hostilité envers le Soudan en soutenant la rébellion et la milice sans l’avouer, contrairement à ce qu’indique la réalité.
La dernière nomination de responsables constitutionnels issue d’un accord et de quotas fut l’accord de paix de Juba, dont certains membres des mouvements armés jouissent encore du prestige du pouvoir et des richesses, tandis que d’autres signataires de ce même accord de paix de Juba en sont privés sous le nom des « trois parcours ». Ces derniers n’ont évidemment pas d’armes pour arracher leurs droits politiques à l’accord de Juba et se sont totalement résignés ; ils n’ont même plus parlé de cet accord de Juba dont le terme fixé par la loi a expiré. Cependant, sous le prétexte des conditions de guerre, personne ne s’oppose ni ne demande à passer à l’étape suivante de l’accord lui-même, un sujet dont nous avons déjà parlé.
Si tel est le cas pour les nominations aux hautes fonctions de l’État et l’absence de critères autres que le partage des quotas et les compromis de compensation, auxquels s’est ensuite ajouté en force l’élément des relations personnelles, que dire alors du limogeage des responsables, où la transparence et les critères de performance font tout autant défaut ? Critères à travers lesquels le succès ou l’échec d’un responsable constitutionnel devrait être évalué.
Le mécontentement à l’égard du responsable, des divergences d’opinions, ou peut-être des formes de corruption non révélées à l’opinion publique constituent tous des motifs pour ces limogeages qui s’effectuent, malheureusement, sans aucune reddition de comptes pour les infractions ou les affaires de corruption commises par le responsable révoqué.
Quant au phénomène de la démission, il est quasi inexistant dans les mœurs politiques soudanaises ; c’est une culture et une étiquette inconnues du responsable constitutionnel et du fonctionnaire soudanais jusqu’à ce jour, même si ses erreurs et ses infractions atteignent le sommet des cieux.
Sous le régime de l’Inqaz (Salut national), je me souviens de deux exemples de limogeages soudains à l’insu du responsable révoqué. Je me limiterai aux exemples dont j’ai été personnellement témoin : deux directeurs de l’Université de Khartoum. Le premier est le Professeur Mamoun Mohamed Ali Humaida, en 1993, qui a appris la nouvelle de son limogeage lors du journal télévisé de 15 heures sur la radio nationale alors qu’il visitait sa ville natale de Sennar.
La cause qui nous était connue était son attachement aux critères académiques stricts pour l’admission à l’Université de Khartoum des étudiants revenant de l’étranger, conformément à la politique de l’enseignement supérieur de l’époque visant à admettre tous les étudiants venant de l’étranger dans les universités soudanaises.
Comme la décision était éminemment politique, le Professeur Mamoun a maintenu des critères académiques stricts pour l’accès à l’Université de Khartoum, payant le prix par le départ de son poste, sans regret ni amertume.
Le second exemple est le Professeur Mustafa Idris, révoqué un peu plus d’un an après sa prise de fonction en tant que directeur de l’Université de Khartoum par une décision prise à son insu, le différend étant d’ordre politique et non administratif ou académique.
L’occasion du propos d’aujourd’hui est la décision soudaine prise par Dr. Kamel Idris, Premier ministre, de limoger le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Hassan Haroun, à son insu, comme il l’a lui-même déclaré, précisant qu’il était en réunion avec le Premier ministre juste avant son limogeage.
Ce n’était pas le premier limogeage d’un ministre dans le gouvernement de Kamel Idris à son insu : Dr. Lamia Abdel Ghaffar a été révoquée de son poste de ministre de la Présidence du Conseil des ministres alors qu’elle était en mission à l’étranger.
Elle a démenti par la suite que la raison de sa révocation soit liée à sa performance, sans que l’opinion publique ne connaisse la véritable raison jusqu’à ce jour.
En revenant au limogeage soudain du ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, précédé par le changement du responsable du Hajj et de la Umrah rattaché au même ministère, puis par la décision de rattacher l’administration du Hajj et de la Umrah à la Présidence du Conseil des ministres, cela confirme l’existence d’un véritable problème au sein de ce ministère, et peut-être des infractions liées aux actifs et biens du ministère au Royaume d’Arabie Saoudite ou des irrégularités liées à la gestion du Hajj et de la Umrah… Le mystère qui entoure l’émission de telles décisions soulève plus de questions qu’il ne répond à celles déjà posées sur la scène publique.
Il y a quelques jours, la nomination du Général Abdeen Al-Tahir à la tête d’un organisme chargé de la transparence et de la lutte contre la corruption a été annoncée. Il y a deux jours, le Vérificateur Général est arrivé à son bureau à Khartoum. Nous disposons d’un ministère de la Justice, d’un Parquet Général et d’un Pouvoir Judiciaire.
Il incombe donc au Premier ministre de ne pas se contenter de limoger le responsable, qui plus est sans expliquer les motifs. Il est naturel que le responsable rende des comptes pour ses infractions, qu’elles soient financières ou administratives, après sa révocation, et que tous les droits publics soient restitués au Trésor public. Personne n’est au-dessus de la loi. L’infraction commise par un responsable pendant l’exercice de ses fonctions prend-elle fin avec son limogeage ? Les motifs du limogeage resteront-ils des secrets incommunicables enfouis dans les tiroirs du Conseil des ministres ? Et jusqu’à quand ? Que s’est-il passé après le limogeage du directeur de l’Organisme national d’assurance sociale ? Des procédures d’enquête et de responsabilisation ont-elles eu lieu ?
Enfin et surtout, les deux ministres limogés au sein du gouvernement de l’Espoir sont-ils les seuls à avoir manqué à leurs devoirs ? Ou sont-ils les seuls à avoir commis des infractions administratives ? Ou bien « n’est-ce que le malheureux qui se retrouve enchaîné » ? Existe-t-il des critères pour mesurer la performance des ministres associés à une période temporelle définie, à l’issue de laquelle une évaluation puis une responsabilisation ont lieu, à titre d’incitation ou de sanction ? Ou s’agit-il simplement d’une question « de sympathie ou de son absence » ?