Le dialogue soudanais : une opportunité de ramener l’armée dans ses casernes ou une nouvelle confirmation de l’échec des élites ?

Rapport – Al-Tayib Abbas : 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 

Les activités du dialogue soudano-soudanais, convoqué par le président du Conseil de souveraineté, le général Abdel Fattah Al-Burhan, ont débuté par une réunion entre Al-Burhan et les membres du comité de dialogue. Le gouvernement soudanais espère que ce dialogue permettra de briser l’impasse politique, de chercher des solutions aux crises économiques et de favoriser le rétablissement de la scène politique en vue des prochaines élections.
Selon des observateurs, le président du Conseil de souveraineté a établi ce que l’on peut appeler une feuille de route pour le dialogue, soulignant que le processus de purification du territoire soudanais et de fin de la rébellion de la milice progresse parallèlement au dialogue, sans que l’un n’annule l’autre.
Le chercheur Dr. Osman Nourain a refusé de qualifier cela de contradiction, faisant remarquer que la milice des Forces de soutien rapide et ce qu’on appelle l’Alliance de la fondation ne sont pas invités à la table du dialogue, et qu’ils relèvent d’autres dispositions précédemment divulguées dans l’accord de Djeddah auxquelles l’armée demeure attachée, à savoir le dépôt des armes par la milice et son retrait des villes et zones qu’elle occupe, avant d’examiner la question des arrangements d’intégration.
Dr Nourain a déclaré que ces voies sont totalement différentes de celle du dialogue soudano-soudanais, qui rassemble des forces politiques, y compris l’Alliance Sumoud elle-même.
En ce qui concerne la participation de l’Alliance Sumoud au dialogue national, Dr. Nourain estime que le président du Conseil de souveraineté a présenté des garanties assimilables à des incitations, se montrant clair et sérieux dans son offre.
Ces garanties ne comportent aucune promesse ni octroi d’amnistie générale, mais fournissent aux délégations participant au dialogue une protection contre les poursuites judiciaires pendant les sessions, ainsi que des garanties sécuritaires permettant aux délégations participantes de l’Alliance Sumoud d’entrer au Soudan et d’en sortir en toute sécurité après la fin des travaux du dialogue.
Selon les déclarations du président du Conseil de souveraineté, la mesure prise par l’État à l’encontre de l’un quelconque des participants au dialogue ne constitue pas une amnistie générale, mais s’inscrit dans le cadre de procédures pénales et d’une immunité temporaire.
Dans une tentative de faire face à la vague de chantage, le président du Conseil de souveraineté a affirmé qu’ils étaient les plus soucieux de la paix et du dialogue et qu’ils les avaient recherchés dès les premiers jours de la guerre, mais que cela ne signifiait pas accepter une paix tronquée ou une paix réintégrant au pouvoir ou à la gouvernance des criminels, des tueurs, la milice de la famille Dagalo et ses partisans.
Selon le professeur de sciences politiques dans les universités soudanaises, Dr. Al-Fadil Mohamed Mahjoub, ces déclarations d’Al-Burhan constituent une carte jaune pour éviter que le dialogue soudanais ne se transforme en un marché de quotas et en une saison de gâteaux d’État, relançant ainsi la bataille des rivalités qui a paralysé l’État soudanais. Il s’agit plutôt d’un dialogue menant à la construction d’une armée unique et de forces politiques contribuant au rétablissement de la vie politique au Soudan, et non à la lutte pour les sièges du pouvoir.
Dr. Mahjoub estime que l’armée envisage le dialogue sous cet angle et que dès lors qu’elle sentira que les forces politiques sont déterminées à réinventer les anciennes crises, le slogan « Les militaires aux casernes » scandé par les forces politiques, en particulier l’Alliance Sumoud en phase avec la milice, deviendra un objectif hors de portée.
Al-Burhan s’est exprimé clairement sur ce point, indiquant que des forces nationales et catégorielles soutenant l’État soudanais et appuyant son unité et ses institutions se sont rassemblées de leur propre initiative pour lancer une démarche fondée sur la conviction profonde que le dépassement de cette épreuve ne peut se faire que par un dialogue exclusivement soudanais, émanant de l’intérieur, englobant toutes les forces politiques et sociales, et plaçant les souffrances du citoyen et son droit à la paix au premier plan de ses objectifs.
Il a précisé que ce groupe a présenté sa vision pour agir en tant que mécanisme national indépendant préparant un dialogue soudanais global visant un consensus national général qui place le Soudan sur la voie de la stabilité.
Il a ajouté que ce groupe a demandé à l’État un ensemble de garanties nécessaires à la tenue du dialogue, à la facilitation de la participation de ses parties et à la protection de leur sécurité, et que l’État a approuvé ces garanties.
Ainsi, d’après les propos du président du Conseil de souveraineté, l’État a honoré ses engagements pour faire réussir le dialogue soudano-soudanais, sans s’y ingérer de près ou de loin ni le diriger.
En revanche, le chercheur Dr. Mohamed Al-Mustafa a estimé qu’il existe des craintes d’un virement dans la conviction de la direction de l’armée à l’égard des forces politiques en cas d’échec de ce dialogue. Il considère que lorsque l’armée accorde tout ce qui lui est demandé, elle attend un consensus civil qui la ramène sereinement à ses casernes, et non une discorde qui la contraindrait à intervenir pour préserver l’existence même du pays.
Il a souligné que l’armée n’a nullement le désir de répéter l’expérience du général Ibrahim Aboud, intervenu après l’empoisonnement de la vie politique dû aux querelles des partis, ni les expériences de Nimeiri, de Al-Bachir ou celle d’octobre 2021.
Toutefois, cela ne signifie en aucun cas, selon Dr. Mohamed Al-Mustafa, que l’armée restera spectatrice pendant que les partis entraînent le pays vers l’abîme. Dr. Al-Mustafa a considéré que le dialogue soudano-soudanais constitue une opportunité rare et un raccourci pour ramener volontairement l’armée dans ses casernes, avertissant que la possibilité existe également de voir l’armée fermer définitivement ses casernes et se consacrer à la gestion de l’État et de la vie politique si les partis échouent à convertir les opportunités du dialogue soudanais en un objectif décisif.