
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à Khartoum… On ne peut donner ce que l’on ne possède pas
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalek El Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Ce n’est ni par injustice, ni par accusation, ni même par catastrophisme que nous avons choisi ce titre et qualifié le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine d’instance n’ayant rien à offrir au Soudan et dont on n’attend rien à l’avenir.
Son état est en effet semblable à celui de l’organisation dont il dépend — l’Union africaine — tout comme à celui de la Ligue des États arabes, qui a échoué, lors de ses dernières réunions sur le Soudan, à condamner l’Éthiopie, sans parler d’exprimer le moindre mot négatif à l’encontre de l’État agresseur des Émirats arabes unis.
Toutes ces institutions sont devenues des entités fantomatiques qui se sont mures dans le silence face aux vérités pourtant évidentes, au beau milieu du matin et du soir des tragédies du Soudan, dans l’ombre de cette guerre imposée, de ces crimes flagrants et de ces violations publiques documentées par l’image et le son dans les archives de ces institutions et unions, qu’elles soient régionales ou internationales.
La délégation du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui visite actuellement le Soudan et a rencontré le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères ainsi qu’un certain nombre de responsables sous prétexte de s’informer sur ce qui se passe et s’est passé au Soudan.
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine cherche-t-il vraiment encore des informations sur la guerre au Soudan (pour se rassurer le cœur) afin d’adopter ensuite une position positive envers le Soudan ? Ma réponse est catégoriquement non, mille fois non.
Et ce, pour plusieurs raisons, la première est que la guerre est entrée dans sa quatrième année en avril dernier ; où était donc ce conseil durant toutes ces années ?.. La deuxième est que le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, l’ambassadeur Mohie eldin Salem, a déjà prononcé auparavant devant une session de travail de ce même conseil un exposé détaillé expliquant tous les détails de la guerre, ses conséquences et ce que le Soudan attend du Conseil.
La troisième est que le Soudan dispose d’un ambassadeur actif et au fait des réalités en Éthiopie, l’ambassadeur Al-Zain Ibrahim, qui est le représentant permanent du Soudan auprès de l’Union africaine, du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et de l’IGAD, ses communiqués, ses éclaircissements et même ses rencontres avec les responsables africains n’ont jamais cessé un seul jour ; il a tout dit sur le Soudan et les a informés des moindres détails. Qu’ont-ils fait ?.. Rien.
Et la quatrième est que les activités du Soudan sont toujours suspendues au sein de l’Union africaine, ce qui signifie que le Soudan, membre fondateur de l’Organisation de l’unité africaine au début des années soixante, puis de l’Union africaine en l’an 2000, ne peut plus aujourd’hui participer aux réunions de l’Union, tout comme le président légitime du Soudan ne peut s’adresser aux sommets africains. Comment dès lors attendre un soutien ou un appui de la part de ces institutions fantomatiques ?
Le Soudan n’appelle pas à l’aide et n’appellera pas à l’aide à l’avenir de ces institutions infirmes, car il en est un membre fondateur et possède des droits sur elles, tout comme il remplit aujourd’hui pleinement son devoir à leur égard. C’est pourquoi il ne saurait pardonner la lenteur, l’impuissance et le relâchement de ces institutions, ainsi que leur silence face aux crimes, aux violations et à la violation caractérisée des droits de ses citoyens sans défense, livrés au meurtre et au déplacement.
L’occasion du propos d’aujourd’hui est la visite de la délégation du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à Khartoum (pour s’informer de la situation et de ce qui se passe au Soudan), précisément à ce moment même — hier, aujourd’hui et demain —, des drones, des mercenaires et des combattants s’élancent depuis l’Éthiopie, siège du Conseil, en direction de Kurmuk et Gaisan dans la région du Nil Bleu, tuant des citoyens et les contraignant au déplacement dans des conditions extrêmement difficiles, alors que les pluies menacent les tentes détériorées qui leur servent d’abri. Quelle est donc l’utilité de cette visite, si ce n’est de parachever le scénario de la “manœuvre et d’une opération de relations publiques” sans autre résultat que de faire perdre leur temps aux responsables, au gouvernement et à des citoyens qui ont le besoin le plus pressant d’eau potable, d’électricité et de denrées alimentaires aux prix les plus bas ?
Si le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine est réellement engagé envers ses devoirs, qu’il commence d’abord par contraindre l’Éthiopie, pays du siège, à cesser d’abriter la rébellion, de la soutenir et de laisser partir des drones meurtriers depuis son territoire.
Et une fois que le Conseil aura réussi à contenir l’Éthiopie d’Aby Ahmed, qu’il stoppe ensuite le Kenya, l’Ouganda, la République du Soudan du Sud, le Tchad, la Centrafrique et la Libye quant à l’hébergement et au soutien de la rébellion.
Tous ces pays en sont membres et le Conseil est censé disposer à leur égard d’une autorité exécutoire et contraignante.. En est-il capable.. ou bien est-il impuissant.. Voire désireux de ne pas l’être ?
La délégation du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine devrait s’efforcer de lever le gel des activités du Soudan au sein de l’Union africaine afin que nous puissions voir et mesurer les fruits de ses efforts, au lieu de perdre du temps dans des visites répétées sans aucun résultat concret sur le terrain.
Il en va de même pour l’IGAD, dans le giron de laquelle le Soudan est récemment revenu, mais que l’on voit aujourd’hui dépourvue de toute dynamique positive.
Les responsables de l’Union africaine parlent de la réouverture d’un bureau à Khartoum alors que, dans le même temps, les activités du Soudan au sein de ses réunions demeurent gelées.. Quelle est la priorité : lever le gel ou ouvrir le bureau ? J’espère ne pas entendre dire que l’ouverture du bureau constitue une préparation à la levée du gel.
L’erreur d’une telle opinion réside, selon moi, dans le rôle et les efforts du représentant du Soudan auprès de l’Union africaine, qui n’a ménagé aucun effort, n’a économisé ni son temps ni son expérience pour fournir toutes les informations et les arguments susceptibles de convaincre l’Union de lever le gel.
Le bureau dont on attend l’ouverture ne saurait les fournir avec la même précision et la même objectivité, en raison de la partialité bien connue de ce genre de bureaux, comme en témoignent des expériences nombreuses et répétées.
La direction politique et exécutive mesure-t-elle et comprend-elle les visées et les objectifs de ces institutions partielles avant l’aube de demain, afin d’économiser du temps et de l’énergie ?