
La Commission de l’Union africaine… Accueillir le dialogue à l’ombre de la suspension : Y a-t-il une quelconque utilité ?
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
• L’Union africaine a annoncé la suspension des activités du Soudan en son sein depuis l’année 2021, en raison de ce qu’elle a qualifié de coup d’État contre la légitimité suite aux décisions de changement prises par le général Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil de souveraineté, après la démission du Dr. Hamdok, sous prétexte que le gouvernement du Dr. Hamdok était légitime aux yeux de l’Union, cependant, l’Union africaine ne nous a pas donné la définition exacte d’un gouvernement légitime, qui est censé être le résultat d’élections démocratiques libres dans lesquelles le peuple choisit ses représentants.
• Tout le monde sait que les circonstances qui ont porté Dr. Hamdok à la primature n’ont pas emprunté la voie démocratique connue par les urnes, mais qu’il a plutôt été nommé par le président Al-Burhan lui-même, en accord avec certaines forces politiques actives après le changement de 2019 — lesquelles ne représentent bien sûr pas l’ensemble du peuple soudanais, ni dans ses partis ni dans ses autres forces sociales.
• Par conséquent, tout discours affirmant que les décisions d’octobre 2021 ont mis fin à un gouvernement légitime demeure un discours inexact et incorrect. C’est pourtant l’argument sur lequel l’Union africaine a basé sa décision de geler l’adhésion du Soudan ou de suspendre ses activités en son sein (il n’y a pas de différence dans la terminologie).
• C’est pourquoi cela reste, à mon sens, une décision injuste, inique et fondée sur un faux argument, qui demeure malheureusement en vigueur jusqu’à ce jour, malgré les nombreux et grands changements survenus sur le terrain aux niveaux régional et international, ainsi que les victoires sur le champ de bataille et les divisions qui ont frappé les rangs de la rébellion et de ses mercenaires.
• Si les décisions du président Al-Burhan en question ont mis fin au gouvernement de Hamdok — qui est venu par nomination et non par élections —, le gouvernement actuel du Dr. Kamel Idris est lui aussi venu par nomination après un consensus politique limité et par le même mécanisme qui avait conduit Hamdok à la présidence du Conseil sans légitimité populaire.
• La reconnaissance par l’Union africaine du gouvernement de Hamdok lui impose donc, au même titre, de reconnaître le gouvernement actuel du Dr. Kamel Idris, et par conséquent de lever le gel de l’adhésion du Soudan en annulant la suspension de ses activités et en traitant avec lui en tant que gouvernement légitime. C’est ce que dictent la logique et le bon sens.
• Tout le monde sait qu’à la lumière d’un régime de transition et d’un changement soudain, couplés aux circonstances de la guerre actuelle, les institutions dirigeantes demeurent légitimes par la politique du fait accompli, en attendant que la situation change et que les institutions reviennent par la voix du peuple et les urnes électorales.
• L’organisation internationale et certaines organisations régionales ont devancé l’Union africaine elle-même en reconnaissant les institutions actuellement en place au Soudan, qu’elles soient militaires ou civiles. Le Soudan a toujours été présent aux Nations Unies, au Conseil de sécurité, au Conseil des droits de l’homme à Genève et dans tous les forums internationaux.
• Quelle est donc la raison qui pousse toutes ces institutions internationales et régionales à reconnaître le gouvernement du Soudan et à l’inviter à toutes leurs activités, tout en empêchant l’Union africaine de lever la suspension de l’adhésion du Soudan, si ce n’est que l’influence politique et financière de l’État des Émirats s’est infiltrée dans le corps délabré de l’Union africaine, achetant les consciences de ses dirigeants et de ses institutions, au premier rang desquels le Conseil de paix et de sécurité africain ? Ce dernier est demeuré incapable de jouer son rôle et de réprimer les agressions éthiopiennes, tchadiennes et libyennes contre le Soudan, ainsi que leur soutien à la milice, leur hébergement et accueil de ses camps, et le lancement de drones tueurs contre le peuple soudanais depuis leurs territoires.
• À mon avis, les changements internes et externes survenues au Soudan méritent à elles seules que l’Union africaine et ses institutions adoptent une position plus positive et favorable au Soudan. Mais c’est la cécité intellectuelle et la politique du deux poids, deux mesures — si ce n’est pire — à l’égard d’une même cause.
• En effet, quiconque observe les régimes de gouvernance dans les pays du continent africain et la manière dont la plupart des présidents africains sont arrivés au pouvoir verra des choses stupéfiantes et s’assurera que le Soudan reste le meilleur choix parmi eux, et que la suspension de son adhésion pour les raisons invoquées par l’Union africaine n’est qu’une (moquerie et une duperie).
• L’occasion du propos d’aujourd’hui sur l’injustice de l’Union africaine envers le Soudan est, premièrement, la multiplicité des délégations africaines qui ont visité le Soudan ces derniers temps et qui ont fait perdre le temps et les efforts des responsables du pays sans aucun progrès notable.
• Cela a même coïncidé avec l’intensification par l’Éthiopie et la milice de leurs lancements de drones sur le Nil Bleu ou l’augmentation du flux d’armes et de matériel de guerre via Assosa en Éthiopie. La seconde raison du propos d’aujourd’hui est le communiqué de la Commission de l’Union africaine lundi dernier, dans lequel elle a salué le lancement de l’initiative de dialogue soudanais.
• Il est stipulé dans le communiqué de la Commission que l’initiative s’inscrit dans le cadre de la feuille de route de l’Union africaine et de la trajectoire du Mécanisme quintet (tristement célèbre tout comme le Quatuor de Mossad Boulos), car aucun des deux n’a rien apporté de notable au profit du Soudan.
• Ce qui est juste, c’est que l’initiative découle de la feuille de route présentée par le gouvernement du Soudan aux Nations Unies et au Conseil de sécurité, sur laquelle rien n’a été fait jusqu’à présent. L’Union africaine n’a pas utilisé son influence — si tant est qu’elle en ait une — pour contraindre les Nations Unies à l’examiner. Ainsi, l’accueil par la Commission du dialogue reste du simple discours de relations publiques tant qu’elle ne réussit pas à lever la suspension de l’adhésion du Soudan.
• La Commission a recommandé dans son communiqué que l’initiative soudanaise inclue toutes les parties civiles, politiques et sociales. C’est là une décision soudanaise déjà prise par le gouvernement soudanais, qui n’a nul besoin d’une recommandation venant de ceux qui ne reconnaissent pas ses institutions.
• Enfin, le communiqué de la Commission a mentionné qu’elle souhaite un Soudan uni gouverné par des institutions civiles légitimes jouissant d’une structure unifiée de sécurité nationale et de mécanismes efficaces pour trancher les différends… Il semble s’agir d’un discours de façade confirmant la non-reconnaissance par la Commission des institutions actuellement en place.
• Mais le plus important est le rôle du Conseil de paix et de sécurité africain dans le maintien de la sécurité régionale afin d’aider le Soudan à atteindre les objectifs qu’il souhaite et ceux mentionnés dans le communiqué de la Commission… Pouvons-nous donc espérer qu’il retrouve la raison et assume pleinement sa responsabilité ?
• Enfin, le fait que le porte-parole officiel du comité de dialogue ait salué le communiqué de la Commission ne dépasse pas le cadre d’une courtoisie amicale et d’un apaisement des esprits, plutôt qu’une conviction que cela aura des suites concrètes… Quant à l’opposition de certaines forces rejetant le dialogue à l’intérieur du pays envers le communiqué de la Commission et leurs accusations la soupçonnant d’être de connivence avec l’armée, cela ne relève que de l’illusion et de la spéculation, car la Commission qui représente l’Union africaine n’a jamais été et ne sera jamais un soutien de l’armée ou du gouvernement à l’ombre du gel de l’adhésion et de la privation du Soudan d’exprimer haut et fort la vérité au sein des instances de l’Union.