L’agression éthiopienne : de Bahr Dar à Benishangul

Avant le Crépuscule
Dr.Abdelmalik Al-Naeem Ahmed

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

L’hostilité éthiopienne et la conspiration au grand jour avec les Émirats contre le Soudan ne datent pas d’hier. Cette guerre a plutôt révélé que les agressions précédentes contre la région soudanaise d’Al-Fashaga n’étaient que de la convoitise émiratie pour des terres soudanaises fertiles et une volonté de s’infiltrer en exploitant la disposition éthiopienne à violer les devoirs de bon voisinage, malgré tout ce que le Soudan a fait et offert au peuple éthiopien durant les années du conflit éthiopio-érythréen d’une part, et les conflits internes entre les composantes de la société éthiopienne d’autre part.
Les conflits internes que vit l’Éthiopie aujourd’hui entre les fronts armés d’opposition à Abiy Ahmed ont fait perdre la raison à ce dernier, qui s’est aligné sur les Émirats en prétendant que le Soudan soutient ces fronts armés contre lui, et ce dans le but de gagner les faveurs des Émirats et de veiller à ne pas perdre leurs dirhams.
Abiy Ahmed a été le premier à appeler à une interdiction de survol de l’espace aérien soudanais afin de resserrer l’étau sur l’armée soudanaise et de l’affaiblir pour rendre sa défaite aisée. Mais comment pourrait-il faire face à une armée centenaire, fort d’une longue histoire guerrière imposée par les puissances coloniales avant de quitter ses terres en 1955 lors de ce que l’on a appelé la mutinerie de Torit, destinée à enfoncer un coin de division et de dispersion entre le gouvernement de Khartoum et le Soudan du Sud ? Cela n’a pris fin temporairement qu’avec l’accord d’Addis-Abeba en 1972, puis 1983, et enfin avec l’accord de Naivasha qui s’est conclu par la séparation du Sud pour devenir un État indépendant qui n’a respecté ni les droits de voisinage ni la paternité, et qui a mordu la main qui lui était tendue, comme cela s’est manifesté clairement par son soutien à la rébellion et à la milice, ainsi que par la participation de nombreux Sud-Soudanais en tant que mercenaires aux côtés de la milice de la famille Dagalo.
Abiy Ahmed a ouvert ses terres à l’État des Émirats et à la milice des Forces de soutien rapide en ouvrant les camps de Benishangul, adjacents à la frontière soudanaise du côté de la région du Nil Bleu. L’afflux d’armes et de matériel militaire s’est effectué via Bosasso au Somaliland, puis Asosa en Éthiopie, pour former un nouveau foyer de tension et un nouveau point de départ pour les mercenaires de la milice et pour les drones éthiopiens en ouvrant le front Est, après avoir subi des défaites sur les fronts de Libye, du Tchad et de Centrafrique.
En mai dernier, des drones stratégiques se sont lancés depuis la région éthiopienne de Bahr Dar en direction de l’aéroport de Khartoum et des quartiers de Burri et Nasser à l’est de l’aéroport, afin de stopper toute avancée dans les travaux en cours à l’aéroport et d’effrayer les compagnies aériennes internationales. Les drones ont ensuite atteint El-Obeid et ont frappé des infrastructures civiles, des hôpitaux, des écoles et des jardins d’enfants, dans une violation manifeste et répétée des droits de l’homme et de tous les droits civils stipulés par le droit international.
L’Éthiopie et le régime d’Abiy Ahmed sont ceux qui ont incité les pays du Conseil de paix et de sécurité africain à transmettre leur recommandation à l’Union africaine impotente de suspendre les activités du Soudan depuis 2021, sur la base d’accusations infondées et d’arguments faibles prétendant que le Soudan avait renversé la légitimité. De quelle légitimité parlent-ils ? Personne ne peut répondre, alors que la plupart des pays du continent connaissent des situations pires et plus attentatoires aux droits des citoyens, après que les Émirats ont acheté les consciences de tous les dirigeants de l’Union africaine et de plusieurs de ses pays membres qui ont conspiré contre le Soudan.
Bien que les motifs de la suspension de l’adhésion du Soudan à l’Union africaine aient disparu, et malgré les visites de plusieurs de ses responsables au Soudan, des envoyés de l’IGAD et du Conseil de paix et de sécurité africain, ainsi que leurs rencontres avec les hauts dirigeants du pays, le bilan reste nul et le Soudan est toujours privé de participation aux sommets africains.
Pendant ce temps, l’Éthiopie, pays siège, agresse au vu et au su de tous le Soudan, abrite la rébellion et ouvre des camps, sans que l’Union n’ose prononcer un mot, sans parler de condamner, de dénoncer ou de sanctionner.
Récemment, des drones stratégiques se sont élancés depuis le territoire éthiopien en direction de la ville de Damazin, capitale de la région du Nil Bleu, et ont frappé des sites civils, à savoir le Service médical militaire, des stations-services et des rassemblements de citoyens, dans une nouvelle démarche de menace contre la région, après avoir soutenu la rébellion pour prendre le contrôle des villes frontalières de Kurmuk et Geissan et tenter d’atteindre la région de Balandoq où se trouve la présence militaire de l’armée soudanaise.
L’ouverture de ce nouveau front sur la frontière orientale, en plus d’être une conspiration purement éthiopienne par laquelle la milice a voulu couvrir ses défaites sur les axes du Kordofan et distraire l’armée de son avancée vers la région du Darfour, indique également la persistance des Émirats à faire la loi internationale de leurs propres mains et représente un défi flagrant envers l’Union africaine et son Conseil de paix et de sécurité.
C’est pourquoi l’armée et les forces conjointes doivent aller de l’avant dans la bataille de libération et adresser un message à l’Éthiopie pour lui rappeler que sa maison est en verre et que les menaces internes qui l’entourent sont suffisantes pour lui rendre la pareille au centuple si cela devenait la seule option… Car celui qui ne veille pas à préserver la sécurité de ses voisins doit comprendre que sa propre sécurité est également en danger… Abiy Ahmed reviendra-t-il à la raison politique qui lui ferait réaliser l’ampleur du crime qu’il a commis et dont il devra payer le prix un jour… ou les dirhams émiratis ont-ils aveuglé les cœurs tout comme les yeux ?