
Le Soudan et le nœud des axes : Une lecture des dimensions géopolitiques (1)
Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Le Soudan traverse la période la plus critique de son histoire moderne, à tous les niveaux : politique, économique et social. Il ne fait aucun doute que l’aboutissement à ce stade est le résultat naturel de l’action des Soudanais eux-mêmes envers leur pays, et de leur incapacité à élaborer des concepts et des points communs qui serviraient de ciments pour gérer le pays à la lumière des mutations géopolitiques accélérées et des luttes de pouvoir et d’influence.
Il est certain que le Soudan est l’un des pays les plus ciblés, et la guerre de la dignité a démontré, sans laisser le moindre doute ni place à la falsification, que ce ciblage et les tentatives de division du pays se font désormais au grand jour. En effet, malgré les efforts déployés pour imposer certains récits, la réalité est claire à travers la présence de mercenaires, le soutien direct à la rébellion — qui constitue l’outil d’exécution du plan — ainsi que le soutien apporté par de nombreux pays voisins.
Selon mon analyse, ce qui se passe au Soudan ne doit jamais être envisagé de manière isolée de ce qui se déroule dans notre environnement régional à l’est comme à l’ouest, car l’objectif est un, même si les méthodes et les stratégies diffèrent. Nous sommes actuellement confrontés à une recomposition de l’ensemble de la région et à une reconfiguration des axes d’influence régionaux et internationaux, dans le but de contrôler les couloirs énergétiques.
Le Soudan constitue le lien géopolitique, culturel, social et civilisationnel entre l’est du continent avec ses 853 kilomètres de côtes sur la mer Rouge et son ouest, caractérisé par des prolongements tribaux, des groupes armés et de vastes espaces ouverts. C’est pourquoi nous constatons son influence évidente sur tout cet espace, tandis que son atmosphère est directement affecté par ce qui s’y passe. Commençons par l’est du continent avec les attaques éthiopiennes contre le Soudan et le soutien d’Abiy Ahmed à la rébellion, et relions tout cela à l’agression houthiste sur le détroit de Bab-el-Mandeb.
Les puissances impérialistes cherchent à rediviser la région conformément au projet du Nouveau Moyen-Orient et du Grand Israël. Par conséquent, nous constatons que les événements dans la région visent à réaliser ce projet. Selon plusieurs rapports, l’année 2030 représente une date charnière dans ce plan à travers une division réelle mais invisible, qui s’opère en imposant une réalité où les centres de pouvoir et de contrôle sur le terrain s’équivalent, s’accompagnant d’une perte de souveraineté.
Il est vrai que le mouvement houthiste, soutenu par l’Iran, vise à paralyser la navigation à Bab-el-Mandeb, lequel constitue une partie intégrante de la sécurité nationale de tous les pays riverains de la mer Rouge, en particulier le Royaume d’Arabie saoudite, avec les récentes attaques contre des sites pétroliers vitaux.
Ici apparaît l’importance du Soudan pour la sécurité du Royaume, de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique ; c’est pourquoi la sécurisation de l’étendue du littoral soudanais représente un point essentiel pour la sécurité de la région. Il convient également de mentionner le projet du Prince héritier saoudien (la Vision 2030 du Royaume) et l’importance du Soudan en tant que gisement de grandes opportunités d’investissement contribuant à la stabilité économique et à la réalisation de cette vision.
De même, pour l’Égypte, les tentatives de militarisation de la mer Rouge et d’interruption des couloirs énergétiques et commerciaux via Bab-el-Mandeb jusqu’au canal de Suez représentent un danger stratégique pour sa sécurité nationale économique.
D’un autre côté, nous observons l’escalade des attaques éthiopiennes contre le Soudan en dépit de la fragilité de la situation interne de l’Éthiopie. Il est vrai que l’Éthiopie est devenue un État enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1991, et depuis cette époque, Addis-Abeba cherche à se créer un couloir maritime via la mer Rouge pour imposer son contrôle en tant que grande puissance régionale et démographique. Dès lors, une question cruciale s’impose : qui est le véritable bénéficiaire de tous ces événements ?
Nous constatons que le bénéficiaire se résume aux puissances impérialistes et à Israël, car tout cela sert directement leurs intérêts. S’il est vrai que les Émirats soutiennent tout ce chaos, ils n’en sont pas le premier bénéficiaire : ils constituent un État fonctionnel dont le profit est d’ordre économique à travers des entreprises telles que DP World, Abu Dhabi Ports et d’autres, tandis que le bénéfice géopolitique revient aux autres puissances, avec Israël derrière elles.
Dans la seconde partie de cet article, nous aborderons les influences réciproques du Soudan à l’ouest, puis nous conclurons sur les raisons pour lesquelles le Soudan est ciblé, et si le Soudan s’engage aujourd’hui, à la lumière de toutes ces guerres militaires, économiques et sociales, sur la voie du rétablissement et de la construction de véritables partenariats avec des axes forts dans un monde multipolaire en proie aux luttes d’influence, ou s’il s’achemine vers la voie du chaos, de l’équivalence des centres de pouvoir et, par conséquent, de la perte de sa souveraineté.