Le Premier ministre et la rencontre avec les médias… Des questions sans réponses

Avant le crépuscule 

Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed 

 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

  • Après la rencontre de quatre heures, la semaine dernière au Commandement général, la délégation des journalistes et professionnels des médias participant au Forum des médias à Khartoum avec le président du Conseil de souveraineté, le commandant en chef des forces armées, le général d’armée Abdel Fattah Al-Burhan — étant la première rencontre à se tenir en ses lieux après les destructions subies —, s’est tenue la rencontre de la délégation avec le Premier ministre, Dr. Kamel Idris, à l’hôtel Al-Salam Rotana. Il semble que le retard ayant escorté cette réunion a entraîné une perturbation évidente du programme et une violation du protocole.
  • En effet, le premier intervenant fut le Premier ministre lui-même, et son intervention s’est faite dans la précipitation en raison d’un autre engagement. Cela constitue sans doute la principale lacune dans la conception du programme, car la norme été qu’il écoute les questions des journalistes et des professionnels des médias sur les multiples dossiers et problèmes en suspens, au lieu d’offrir une conférence et de s’en aller… De plus, il s’est fait accompagner à son autre rendez-vous par un certain nombre de ministres présents avec lui, ce qui a rendu la session de réponses aux questions des journalistes et professionnels des médias participants indisponible, et même le peu qui a été proposé n’était pas convaincant.
  • La faiblesse du protocole et du cérémonial était évidente dans le programme du Premier ministre avec la délégation médiatique, contrairement à ce qu’avait été le programme du président du Conseil de souveraineté en termes d’organisation, de disposition, de temps, de sujets abordés, d’opportunités accordées aux membres de la délégation et de réponses apportées à leurs interrogations… Il semble que l’absence du ministre de la Présidence du Conseil des ministres, en raison de la vacance du poste depuis près d’un an, ainsi que la faiblesse des performances du bureau exécutif du Premier ministre, ont laissé des traces visibles lors de cette importante rencontre.
  • Il est vrai que le Premier ministre a répondu à la hâte à certaines questions, et sa réponse à Dr. Bakhita Amin concernant la décision du retour des universités a été vive. Son démenti a également été catégorique face à ce qu’a soulevé Adel Al-Baz au sujet du versement de salaires et d’avantages à des conseillers se trouvant hors du Soudan. Cependant, la manière dont la réponse a été formulée n’était ni adroite ni convaincante, car il s’agissait de simples démentis d’accusations et non de réponses.
  • Ce qui attire l’attention dans le discours du Premier ministre, c’est qu’il s’est plaint amèrement de la faiblesse des ressources et a déclaré textuellement que le pays n’avait obtenu aucun soutien de l’extérieur, que ce soit par le biais d’aides ou d’accords… C’est ici que surgissent une série de questions, dont la première est que le choix du Premier ministre pour ce poste était dû à ses relations avec les organisations internationales et à son occupation du poste de secrétaire général de l’OMPI pendant des années, ce qui confirme qu’il n’a pas réussi à exploiter ces relations pour apporter du soutien au Soudan… Le Premier ministre n’a pas parlé du plan de son ministère ni de ce qui a été exécuté de ce plan, dans la mesure où son discours s’est concentré sur l’extinction de quelques incendies ici et là et la visite de certains sites où surviennent des problèmes. Quant à la cherté excessive de la vie et à la pression exercée sur le citoyen dans sa nourriture, sa boisson et ses besoins essentiels en eau et en électricité, elles n’ont pas bénéficié de l’attention nécessaire.
  • Le ministre des Finances, Dr. Jibril Ibrahim, a pris la parole lors de la rencontre, et nous aurions préféré qu’il ne dise pas ce qu’il a dit. Il a en effet mentionné que la majeure partie du budget allait à la guerre, et que c’est pour cette raison que le budget de l’État souffrait d’un déficit majeur. Or, il est connu que le ministre des Finances dirige toujours un mouvement armé participant à la guerre… A-t-il donc bénéficié de la part du lion du soutien militaire ? Ou bien le propos recèle-t-il une autre dimension ? Le ministre des Finances a mentionné dans son intervention que plus de 2.500 kilomètres de câbles avaient été volés, en plus des transformateurs du secteur de l’électricité, ce qui constitue un fardeau pour le budget général.
  • Malgré la présence du responsable de l’électricité à la réunion, le mauvais aménagement du programme et la brièveté du temps imparti ne lui ont pas permis de prendre la parole et de répondre aux questions des membres de la délégation qui portaient les préoccupations des citoyens concernant le secteur de l’électricité… La complainte du ministre des Finances a donc été plus grande que sa présentation de solutions aux problèmes de faiblesse des ressources… Tout le monde parle de la nécessité d’augmenter la production, mais ils n’ont pas présenté une approche convaincante quant à ce qu’ils ont accompli pour accroître cette production.
  • Le ministre de l’Agriculture et de l’Irrigation, Dr. Esmat Qurashi, a évoqué ses efforts pour développer l’agriculture et le dossier de l’irrigation, mais il ne nous a pas parlé du rapport de l’organisation de la FAO indiquant que la faiblesse des pluies entraînera une pénurie alimentaire, ni de la manière dont cette pénurie pourrait être comblée. Quant au discours sur les superficies cultivées dans le projet d’El Gezira, outre le fait qu’il manque de précision, la sécheresse menace de vastes étendues en son sein, ce qui les place hors du cercle de production.
  • Mme Amna Mirghani, gouverneure de la Banque centrale du Soudan, a évoqué un plan quinquennal et des efforts déployés sur six axes fondamentaux liés à la performance financière, monétaire et aux politiques générales, mais elle n’a proposé aucune vision pour enrayer la détérioration du taux de change, si ce n’est affirmer la nécessité d’augmenter la production. Cela est une chose connue, mais comment ? Et quand ses résultats apparaîtront-ils ? Telle est la question… Quant à la contrebande de l’or et à sa sortie du trésor public de la manière mentionnée par le ministre des Finances, c’est une affaire inquiétante qui comporte un dépassement majeur des droits de l’État au profit du secteur privé et de l’exploitation minière artisanale. Le ministre des Finances a en effet indiqué que la production mensuelle d’or s’élève à 26 tonnes et que la part du gouvernement n’est que de 100 kilogrammes, l’on peut s’imaginer à quel point les deniers de l’État sont gaspillés et comment toutes les lois échouent à préserver les ressources de l’État… Où est la loi d’urgence qui permettrait de recouvrer les fonds de l’État alors que le pays est en état de guerre ? Peut-être y a-t-il de hauts responsables impliqués dans le commerce de l’or en dehors des cadres légaux, en particulier à la lumière de l’absence de l’Autorité de transparence qui a été constituée et dont nous n’avons plus entendu parler, Monsieur le Général Abdeen Al-Tahir.
  • Le dernier intervenant a été le ministre de l’Information, de la Culture, du Tourisme et des Antiquités, M. Khaled Al-Eaysar, dont le ministère a enregistré une absence totale des travaux du Forum médiatique sans que nous en connaissions les raisons. Néanmoins, il a confirmé dans son allocution son engagement à mettre en œuvre les recommandations du forum, a souhaité la bienvenue à l’assistance et a mentionné certaines réalisations de son ministère dans ses différents secteurs.
  • C’est peut-être la confusion ayant accompagné le programme de la rencontre du Premier ministre avec la délégation médiatique qui a incité le Premier ministre à charger le ministre de l’Information de préparer une « journée portes ouvertes » avec la délégation pour répondre à toutes les questions et demandes d’information, mais en raison de la nature des circonstances de la délégation et des horaires de son départ, de telles promesses restent des propos de « relations publiques et d’apaisement » dont je ne pense pas qu’ils aient été ou seront concrétisés.. Et cela constitue également l’une des lacunes de la faiblesse du protocole au sein du bureau du Premier ministre.
  • En conclusion, nous disons que la responsabilité nationale et la situation du pays exigent de l’appareil exécutif qu’il s’élève au niveau de l’événement et des besoins des citoyens en intensifiant ses performances, en faisant preuve de transparence dans la présentation et la discussion des enjeux et dans la mise en place de solutions, et non en diffusant des plaintes et en exposant des problèmes qui sont par force déjà connus, été une bonne occasion pour l’appareil exécutif de fournir à la délégation médiatique les informations requises afin qu’elle lui soit d’une aide et d’un soutien dans les causes de la patrie.