Thugpisme diplomatique ou bras de fer ? Les dessous de l’interdiction d’entrée d’Al-Burhan à New York

 

Rapport: Al-Tayeb Abbas:

 

Traduction: Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

 

Les États-Unis d’Amérique ont provoqué une crise diplomatique de haut niveau et causé un embarras à l’Organisation des Nations unies, en s’abstenant de délivrer au président du Conseil de souveraineté, le général Abdel Fattah al-Burhan, un visa d’entrée sur leur territoire pour assister aux réunions de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

Le représentant du Soudan auprès des Nations unies, Al-Harith Idriss, a déclaré à l’agence Reuters que Washington a lié directement la délivrance du visa à l’accord préalable d’Al-Burhan sur une proposition américaine prévoyant l’instauration d’une trêve humanitaire globale de 90 jours, une condition à laquelle la partie soudanaise s’est opposée par un refus catégorique, la considérant comme une atteinte à sa souveraineté et une injonction extérieure inacceptable.

Thugpisme politique :

Des observateurs ont estimé que la décision américaine était étrange, tout en soulignant que les États-Unis, sous l’ère Trump, se sont transformés en un État pratiquant le thugpisme politique sans se soucier des institutions internationales, indiquant que le fait d’empêcher le président d’un État membre des Nations unies de représenter son pays et de conditionner sa venue à des positions politiques constitue un dangereux précédent diplomatique, où les États-Unis utilisent le privilège du pays hôte pour obtenir des avantages par le bras de fer.

Le chercheur Dr. Mohamed Al-Mustafa a déclaré que les États-Unis ignorent encore la nature du peuple soudanais, faisant remarquer qu’en tentant cela, ils ont mis fin de manière décisive à toute opportunité de conclure une trêve humanitaire, et soulignant que le gouvernement soudanais, qui traitait auparavant les appels à une trêve humanitaire avec une certaine ouverture au dialogue, ne le fera plus désormais après avoir payé un prix non mérité pour le refus de la trêve.

Inquiétude onusienne :

Dans la première réaction à la décision américaine, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exprimé sa profonde préoccupation face à la non-délivrance d’un visa d’entrée au président du Conseil de souveraineté de transition au Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhan, qui doit prononcer un discours devant l’Assemblée générale des Nations unies cette semaine.

Guterres a exhorté, dans un communiqué, le pays hôte à garantir la délivrance du visa conformément à ses obligations au titre de l’Accord relatif au siège, et en temps opportun, afin de permettre à Al-Burhan de participer en personne aux travaux de l’Assemblée générale.

Le communiqué a souligné que la pleine participation de toutes les délégations aux travaux de l’Organisation est essentielle à son bon fonctionnement, le communiqué a précisé que le Secrétariat général des Nations unies a immédiatement soulevé la question auprès des autorités américaines et reste en contact avec elles à ce sujet.

La position onusienne attendue dans de tels cas ne dépasse généralement pas les expressions d’inquiétude, selon des observateurs, mais le soutien ferme au Soudan est venu des ministres des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, de la Turquie, de l’Égypte et du Pakistan, qui ont déclaré depuis New York leur refus catégorique de toute entité parallèle et ont confirmé leur soutien illimité aux institutions nationales de l’État soudanais, y compris le gouvernement dirigé par le président du Conseil de souveraineté, le général Abdel Fattah al-Burhan, auquel Washington a refusé de délivrer un visa d’entrée.

Désengagement américain :

Le chercheur Dr. Osman Nour eldin estime que le dossier soudanais à Washington a été transféré du Département d’État à l’envoyé de Trump, Mossad Boulos, qui aborde les relations internationales avec une mentalité de commerçant, soulignant que Boulos est actuellement tributaire d’un agenda émirati clair et adopte pleinement la vision émiratie concernant la crise soudanaise.

Il considère que l’insistance de Boulos sur la trêve humanitaire et le refus d’émettre un visa d’entrée à Al-Burhan à cause de celle-ci indiquent clairement que la trêve ne vise pas à protéger les civils ici, mais constitue plutôt une bouée de sauvetage pour la milice des Forces de soutien rapide, ni plus ni moins.

Mossad Boulos n’a pas commencé par la décision de refuser le visa d’Al-Burhan, mais une déclaration a été publiée par lui deux jours plus tôt, dans laquelle il affirmait que son pays ne reconnaissait pas le gouvernement soudanais actuel.

Et lors de sa rencontre avec le ministre soudanais des Affaires étrangères, l’ambassade américaine à Khartoum a désigné Mohie eldin Salem comme le ministre des Affaires étrangères nommé par les Forces armées soudanaises, une formule qui a suscité une large indignation dans les milieux soudanais, poussant le journaliste Dr. Ibrahim Al-Siddiq à demander au ministère soudanais des Affaires étrangères de convoquer le représentant de l’ambassade américaine et d’exiger des excuses pour la publication ou le départ du pays. Al-Siddiq a déclaré que les Forces armées soudanaises ne nomment pas les ministres ni les ambassadeurs, et a considéré que la nouvelle orientation américaine était superficielle et devait faire face à une fermeté immédiate.

Action soudanaise :

Face au refus d’accorder un visa d’entrée au président du Conseil de souveraineté, le représentant permanent du Soudan auprès des Nations unies, l’ambassadeur Al-Harith Idriss Al-Harith, a soumis une demande au Secrétaire général Antonio Guterres pour qu’il intervienne immédiatement auprès des autorités américaines au niveau le plus approprié, afin d’accélérer la délivrance d’un visa d’entrée au président du Conseil de souveraineté Abdel Fattah al-Burhan pour participer aux travaux de l’Assemblée générale des Nations unies.

La lettre envoyée par le représentant soudanais a confirmé que le gouvernement soudanais a accompli toutes les procédures requises pour la participation du président du Conseil de souveraineté à la semaine de haut niveau.

Elle a averti que la persistance de cette situation empêcherait dans les faits le chef d’un État membre des Nations unies de participer lui-même aux travaux de l’Assemblée générale. Al-Harith s’est appuyé sur l’Accord relatif au siège conclu entre les Nations unies et les États-Unis en 1947, qui interdit aux autorités américaines d’imposer tout obstacle à l’accès des représentants des États membres au siège de l’Organisation, quelle que soit la nature des relations entre leurs gouvernements et Washington, et les oblige à accorder leurs visas gratuitement et le plus rapidement possible.

Il a également rappelé la résolution de l’Assemblée générale n° 80/172 adoptée en décembre 2025, qui exprimait sa grave préoccupation face à la récurrence des cas de refus et de retard de visas, y compris spécifiquement la non-délivrance de visa à un chef d’État pour assister au débat général.

La lettre a souligné que le droit des États membres à participer pleinement aux travaux de l’organisation ne doit pas être lié à des calculs politiques bilatéraux. Elle a exigé la délivrance du visa pour le président et les membres de sa délégation officielle sans aucun retard supplémentaire.

Selon des observateurs, cette position américaine dure rendra l’obtention de la trêve demandée hors de portée, non seulement en raison du refus immédiat d’Al-Burhan, mais aussi par la fermeture définitive de ce dossier en réponse à l’obstination américaine, et la colère soudanaise se transportera sur les champs de bataille pour trancher cette situation honteuse et chasser la milice de l’ensemble du territoire soudanais.