Le « vol biologique du siècle » : Des centres européens pillent les recherches et les souches rares du laboratoire « Stack »

Khartoum : Al-Taj Osman 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 

Une enquête journalistique d’investigation menée par la plateforme Assda Soudania, étayée par des documents et des pièces justificatives, a révélé un crime biologique et historique sans précédent visant le laboratoire national « Stack » à Khartoum. Ce crime consiste au pillage de la richesse épidémiologique du Soudan et au vol de souches bactériennes et de recherches rares par des instituts scientifiques européens et africains. Ces derniers les ont exploitées pour développer des vaccins et des médicaments à base de plantes vendus pour des millions de dollars sur le marché pharmaceutique mondial, sans mentionner leur source soudanaise. Cette catastrophe scientifique survient après que ce laboratoire historique, fondé en 1927, a été la cible d’opérations de sabotage et de destruction à grande échelle par la milice rebelle pendant la guerre, obligeant son personnel à s’installer temporairement à Port-Sudan.
L’enquête a confirmé la destruction de tous les échantillons historiques congelés depuis des dizaines d’années, suite au vidage par des éléments de la milice de 70 récepteurs (réfrigérateurs) destinés à la conservation des échantillons, jetés à terre pour voler les appareils, ce qui a privé le Soudan de sa capacité à diagnostiquer les épidémies en plein pic de propagation du choléra et de la dengue récemment. De plus, « l’archive papier de Stack », qui représente la mémoire des épidémies dans le pays depuis un siècle, a fait l’objet d’une opération de pillage organisée, au cours de laquelle des registres et des cartes manuscrites rares ont été transportés hors des frontières à travers le Darfour vers le Tchad et le Sud-Soudan, puis par avion vers des pays européens et africains. Par une ironie choquante, des thèses de master et de doctorat de scientifiques soudanais éminents se sont transformées en matelas pour faire dormir les éléments de la milice, ou ont été utilisées comme combustible pour cuisiner, tandis que ce qui a été épargné a été vendu sur le marché d’Omdurman comme papier usagé.
En outre, l’incendie volontaire a causé la destruction de la bibliothèque du laboratoire, qui abritait 7.000 livres et revues médicales, dont certains datent de 1908. L’enquête a soulevé des inquiétudes parmi les professionnels des laboratoires médicaux, suite à la disparition des cahiers et des cartes contenant les anciennes coordonnées géographiques des souches de la leishmaniose viscérale (Kala-azar) et des moustiques vecteurs du paludisme. Des experts ont mis en garde contre le danger de voir ces coordonnées et données biologiques tomber entre les mains de parties militaires étrangères ou de grandes entreprises pharmaceutiques, ce qui pourrait ouvrir la voie à leur utilisation pour développer des armes biologiques ou monopoliser les traitements extraits de l’environnement soudanais.