
Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme : Les Soudanais vivent dans un « enfer » et la milice a commis des « crimes de guerre »
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Tork, a mis en garde contre l’escalade de la « militarisation de la société » par la milice des Forces de Soutien Rapide (FSR). Lors d’une conférence de presse, il a exprimé son inquiétude quant à la répétition du scénario d’El Fasher dans les villes du Kordofan, alors que les Soudanais vivent dans « l’horreur et l’enfer ».
S’exprimant à Port-Soudan après une visite de plusieurs villes soudanaises — la première depuis le début de la guerre — Tork a déclaré : « La prolifération d’équipements militaires sophistiqués, en particulier les drones, a renforcé les capacités militaires de la milice, ce qui a prolongé les hostilités et aggravé la crise des civils. »
Tork a jugé « scandaleux » que des sommes colossales soient dépensées pour l’achat d’armes sophistiquées, alors que cet argent aurait dû être utilisé pour atténuer les souffrances de la population. Il a souligné que les violations graves commises contre les civils au Soudan par la milice des Forces de Soutien Rapide, notamment les attaques contre les infrastructures civiles, les violences sexuelles et les exécutions extrajudiciaires, pourraient s’apparenter à des crimes de guerre. Il s’est appuyé pour cela sur les témoignages de citoyens rencontrés à Port-Soudan, Dongola, Al-Daba et Merowe, appelant à l’arrêt immédiat de ces actes et à la garantie de la protection des civils.
Le Haut-Commissaire a exprimé sa vive inquiétude face aux attaques répétées par drones contre le barrage de Merowe et les centrales électriques, ayant entraîné des coupures de courant dans les hôpitaux et perturbé l’irrigation ainsi que l’approvisionnement en eau potable. Il a averti que le ciblage des infrastructures civiles vitales constitue une violation grave du droit international humanitaire.
Il a également mis en garde contre la détérioration des conditions humanitaires et de la sécurité alimentaire, signalant des conditions pré-famines à Kadougli et un risque de famine dans d’autres régions, dont Dalang, en raison du blocus persistant imposé par la milice.
Il a mis en lumière des témoignages atroces de victimes de guerre, parmi lesquelles des enfants et des femmes déplacées ayant subi des bombardements, des pillages et des violences sexuelles lors de leur fuite d’El Fasher, affirmant que l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre est un crime de guerre.
De plus, il a fait état de récits d’exécutions sommaires et de la détention de milliers de civils par la milice des Forces de Soutien Rapide à El Fasher, exigeant la libération des détenus civils, la recherche des disparus et la garantie de l’accès de l’aide humanitaire à toutes les zones touchées.
Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme a confirmé que la Cour Pénale Internationale (CPI) entamera ses enquêtes sur ces violations graves ayant accompagné la guerre dans la région du Darfour, exprimant son espoir que les enquêtes s’étendront à l’ensemble du Soudan.
Il a rappelé que le peuple soudanais a vécu des atrocités, que la responsabilité doit être établie et s’est engagé à ne pas permettre l’impunité. Il a conclu en déclarant : « Les auteurs des violations au Soudan doivent impérativement comparaître devant la Cour Pénale Internationale. »