Depuis l’intérieur du Parlement français.. Minawi : Nous refusons tout compromis mettant sur un pied d’égalité l’armée et la milice

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Le gouverneur de la région du Darfour et président du Mouvement de libération du Soudan (MLS), Minni Arko Minawi, a appelé les représentants du Parlement français à se rendre au Soudan pour constater de visu la situation humanitaire et les crimes de guerre commis à la suite du conflit qui dure depuis trois ans entre l’armée soudanaise et la milice des Forces de soutien rapide (FSR).
Minawi a participé, mardi, à une rencontre au siège du Parlement français organisée par des députés et des sénateurs, menés par le député Christophe Marion, afin d’éclairer l’opinion publique française sur la réalité de la situation au Soudan, avec la participation de plusieurs chercheurs, experts français et militants des droits de l’homme.
Minawi a exprimé sa gratitude pour les efforts du député Marion dans la sensibilisation au conflit soudanais au sein des cercles français, soulignant que la solidarité des parlementaires représente une étape essentielle pour réveiller la conscience de la communauté internationale et restaurer la confiance dans les valeurs humaines communes.
Depuis la tribune parlementaire, Minawi a lancé une invitation officielle au Parlement français pour l’envoi d’une délégation au Soudan afin d’évaluer la situation humanitaire et d’observer de près les séquelles de la guerre, affirmant l’engagement des autorités régionales à fournir toutes les facilités et le soutien nécessaires pour garantir le succès de cette mission.
Le député Marion avait attiré l’attention lors d’une intervention précédente devant le Parlement en novembre dernier, s’exprimant sur un ton poignant au sujet des atrocités commises par la milice des FSR contre des civils désarmés. Il avait dénoncé ce qu’il a qualifié de « génocide par balles » et exhorté le gouvernement français à agir sérieusement pour arrêter la guerre et intensifier l’aide humanitaire.
Dans son allocution devant l’assistance, Minawi a exposé les violations consistant en des massacres collectifs, des viols et des déplacements forcés pratiqués par la milice des FSR, accusant les Émirats arabes unis de fournir le soutien nécessaire à ces opérations.
Minawi s’est interrogé sur les raisons du retard de la communauté internationale à classer ces forces comme organisation terroriste. Il a également critiqué l’incapacité du Conseil de sécurité des Nations unies à mettre en œuvre la résolution n° 2736, adoptée pour mettre fin aux atrocités et lever le siège de la ville d’El Fasher, qualifiant cet échec de manquement moral et juridique grave à la protection des civils.
Minawi a affirmé l’aspiration à la paix, tout en annonçant le rejet de tout processus politique non inclusif ou de ceux qui récompensent les seigneurs de guerre, ignorent les racines profondes de la crise et marginalisent les droits des victimes. Il a souligné qu’une paix durable doit être fondée sur la justice et la libre volonté du peuple soudanais à travers un dialogue « soudano-soudanais » global. Il a déclaré : « La paix ne s’achète pas, elle se construit sur la justice et l’égalité de citoyenneté ».
De son côté, Ali Trayo, négociateur en chef du Mouvement de libération du Soudan, a exposé les racines de la crise soudanaise et les obstacles à la paix, avertissant que la poursuite du conflit entre l’ambition des élites politiques pour le pouvoir et le désir des forces militaires de monopoliser les armes fait avorter toute tentative sérieuse de stabilité.
Il a expliqué que l’échec de tous les accords précédents depuis 1972 réside dans l’incapacité à réaliser une « double transition » alliant la fin de la guerre d’une part, et le passage de la dictature à la démocratie d’autre part, affirmant que toute paix ne traitant pas ces crises structurelles restera fragile et éphémère.
Trayo a également adressé de vives critiques au mécanisme de la « Quadripartite » internationale cherchant la médiation, considérant que le manque de neutralité et d’intégrité de certaines de ses parties, en particulier l’État des Émirats arabes unis, rend cet organe inapte à réaliser une paix juste. Il a souligné la nécessité d’une franchise internationale dans le diagnostic des partis pris qui entravent les solutions réelles.
Enfin, il a affirmé que les aspirations du peuple soudanais à la sécurité, aux services et à une vie digne ne peuvent être satisfaites par des médiations partiales ou des compromis qui ignorent la nécessité d’un démantèlement complet du système de gouvernance totalitaire.