
La dimension spatio-temporelle du discours d’Al-Burhan et le séisme au sein du commandement de l’armée
Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Chercheur et analyste politique
Cette question doit être lue sous plusieurs angles :
Le premier angle, à mon avis, est directement lié à la dimension spatio-temporelle de l’événement. Le moment choisi pour le discours coïncide avec le 6 avril, une date qui résonne de manière particulière dans l’esprit des Soudanais. Elle ravive en eux l’esprit de lutte, d’héroïsme et le sentiment d’accomplissement lié au renversement de régimes totalitaires ayant paralysé le pays et l’ayant plongé dans un cycle de fragmentation dû à des échecs successifs. Quant au lieu, il s’agit du Commandement général des Forces armées, un endroit qui occupe une place immense dans la conscience collective soudanaise. Ainsi, à travers cette dualité espace-temps, le général Al-Burhan a voulu s’adresser au cœur avant de s’adresser à la raison.
Le deuxième angle concerne la décision historique, qualifiée de « séisme », prise par Son Excellence le même jour : la reconstitution du commandement de l’armée. Selon moi, cet acte est lié à plusieurs facteurs que l’on peut résumer ainsi :
- La situation opérationnelle avancée de l’armée et de ses forces de soutien, ainsi que les opérations attendues pour libérer le reste du territoire national.
- L’agression éthiopienne sur la région du Nil Bleu et son soutien à la milice rebelle. À cet égard, nous devons prendre en compte la déclaration du ministère soudanais des Affaires étrangères, soulignant que le Soudan à la capacité de riposter au moment opportun et par les mécanismes appropriés.
- La situation politique intérieure, qui exige du sérieux dans l’engagement de réformes constitutionnelles. Celles-ci doivent définir clairement le terme de la période de transition et permettre une pratique politique rationnelle, en phase avec les mutations géopolitiques entourant le Soudan et la région. Cela ne peut se faire sans une restructuration de l’armée, en tant que partenaire majeur de tous les changements survenus, ce qu’Al-Burhan a souligné dans son discours.
- Nous ne devons pas non plus ignorer la décision de confier à des chefs militaires des dossiers d’une extrême complexité et sensibilité. Ces dossiers ne sont pas seulement liés à la rébellion, mais s’étendent à l’après-guerre. En témoigne la coordination soudano-libyenne, soudano-égyptienne et tripartite (Soudan-Égypte-Libye) visant à instaurer une coopération sécuritaire et de renseignement rigoureuse, capable de faire face aux défis régionaux actuels et futurs.