Entre la rencontre Kabashi-Boulos au Caire et le discours d’Al-Burhan à Om Marrahi

 

 Avant le crépuscule
  Abdelmalik Al-Naeem Ahmed

  Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 

 

 

La scène politique et médiatique a été intensément occupée, à la fin de la semaine dernière, par l’annonce d’une rencontre au Caire entre le général d’armée Shams ed-din Kabashi, membre du Conseil de souveraineté, et Mossad Boulos, l’envoyé du président américain pour le Moyen-Orient et l’Afrique. Cette rencontre avait été précédée d’un jour par un entretien entre Boulos et le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, l’ambassadeur Mohie eldin Salem, au cours duquel ce dernier a reçu la proposition américaine concernant la trêve, la cessation de la guerre, le dialogue inter soudanais et l’instauration de la paix.
La date réelle de ces deux rencontres semble bien éloignée de celle de leur fuite dans l’espace public. Entre les 21 et 22 juin derniers – dates des entretiens du Caire – et la fin de la semaine dernière, moment où l’information a bruissé, le décalage temporel s’avère considérable. Dans un tel climat de rétention d’information, il devient tout à fait naturel, voire prévisible, que l’événement soit interprété sous des angles divers, au risque d’altérer l’objectif recherché. Pourtant, de telles rencontres ne sont ni inédites ni surprenantes ; elles sont même nécessaires en tant que voie politique parallèle aux opérations militaires et aux victoires remportées sur le terrain. Il semble toutefois que ce soient la culture du secret et le manque de transparence qui aient cristallisé la crise actuelle.
En effet, les contacts du gouvernement – qu’ils soient civils ou militaires – avec la partie américaine par le biais de médiateurs n’ont jamais cessé. Ils ont débuté sur Djeddah en présence des États-Unis, se sont poursuivis à Manama, à Washington, puis à El-Alamein et au Caire entre le ministre des Affaires étrangères et Boulos, pour aboutir enfin à cette rencontre tant commentée avec le général Kabashi. Parallèlement, le dialogue est resté continu via le Quatuor (incluant l’Égypte et l’Arabie saoudite), devenu ensuite le Quintuor. Qu’y a-t-il donc de nouveau dans cette rencontre du Caire ? À mon sens, c’est la confidentialité et le secret – des pratiques pourtant superflues dans une affaire publique où la vision globale est claire – qui ont nourri la polémique actuelle.
En analysant le mémorandum présenté lors de cette rencontre, ainsi que les éléments publiés et les exigences formulées par l’administration américaine, on constate que ces points figuraient déjà dans les déclarations du Quatuor. Mieux encore, le gouvernement en avait lui-même exigé une grande partie dans la feuille de route soumise aux Nations Unies. Par ailleurs, négocier, se rencontrer ou recevoir un mémorandum contenant diverses revendications ne signifie nullement y apposer aveuglément son sceau ou en valider le contenu.
Il s’agit plutôt d’un agenda de dialogue sur lequel les parties peuvent s’accorder ou diverger. De même, s’entendre ou s’opposer sur le mécanisme et les modalités d’application des points d’accord est une démarche tout à fait classique et indispensable, telle que définie par le droit et les sciences politiques.
La réponse aux spéculations entourant la rencontre Kabashi-Boulos au Caire ne s’est pas fait attendre. Elle est venue vendredi dernier à travers le discours du président du Conseil de souveraineté de transition et commandant en chef des forces armées, le général Abdel Fattah al-Burhan. S’exprimant depuis le complexe religieux (Masid) et la mosquée des adeptes de la confrérie soufie à Om Marrahi (Cheikh El-Tayeb), au nord d’Omdurman, il a délivré un message de clarification, réitérant des positions maintes fois exprimées.
Son allocution a envoyé de forts messages de réassurance au peuple soudanais, qui fait bloc derrière son armée. Au-delà de son hommage à la communauté soufie et à son rôle dans la consolidation du tissu social, la coexistence pacifique et le rassemblement des rangs nationaux, le président a réaffirmé les principes immuables qui guident tout dialogue ou négociation avec l’extérieur.
Le premier de ces principes est le droit des martyrs qui se sont sacrifiés pour la patrie, un sacrifice qui ne saurait être vain. Le deuxième veut que chaque démarche future soit adossée aux décisions de ceux qui combattent sur le terrain. Le troisième stipule que le dernier mot revient exclusivement au peuple soudanais, et qu’aucun accord ne sera conclu sans son consentement et son approbation. Enfin, le quatrième principe réaffirme que la libération totale du pays de la rébellion demeure la priorité absolue à l’heure actuelle ; tout débat sur une trêve ou des arrangements sécuritaires ne pourra intervenir qu’après cette libération, l’application des recommandations de Djeddah constituant la véritable porte d’entrée vers toute paix future.
Ce qu’a énoncé le président dans son discours d’Om Marrahi correspond exactement aux termes de la feuille de route sur laquelle le gouvernement continue de camper. Si les États-Unis ou toute autre puissance souhaitent sincèrement contribuer à la résolution du conflit au Soudan, ils doivent en premier lieu respecter la volonté du peuple soudanais et lui restituer l’intégralité de ses droits par la milice et ses soutiens.
Et si l’Union européenne a retrouvé sa lucidité en classant la rébellion comme organisation terroriste, il appartient à l’administration américaine de faire un pas en avant en confirmant sa reconnaissance des institutions souveraines du Soudan, et de traiter avec elles de manière à préserver le prestige de l’État et la dignité de son peuple.
En conclusion, nous disons au gouvernement que les négociations et les rencontres visant l’intérêt supérieur de la patrie ne doivent pas être entourées de mystère. Il convient plutôt de s’y préparer rigoureusement en associant les experts et les spécialistes à chaque dossier sur la table. Dans cette dynamique, la presse et les médias doivent être le fer de lance en fournissant une information précise et en temps opportun, tant que le mot d’ordre proclamé demeure qu’il n’existe aucune alternative à la volonté et aux exigences du peuple.