Une balle mortelle dans le corps de la milice dont les éclats atteignent les ennemis du Soudan

Amr Khan – Journaliste et écrivain égyptien

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Que signifie le retour du président du Conseil de souveraineté de transition, le général Abdel Fattah al-Burhan, pour exercer ses fonctions depuis le Palais présidentiel à Khartoum, ainsi que l’accréditation des nouveaux ambassadeurs auprès du Soudan depuis le siège officiel du pouvoir ?
Au plus fort de la guerre déclarée entre les Forces armées soudanaises et la milice des Forces de soutien rapide — à la suite de la rébellion de cette dernière contre l’accord relatif à son intégration au sein des Forces armées en avril 2023 —, le retour du président du Conseil de souveraineté de transition, le général Abdel Fattah al-Burhan, au Palais présidentiel jeudi 13 août 2026, plus de trois ans après le déclenchement de la guerre, constitue un événement qui dépasse sa seule symbolique spatiale. Il porte en effet un ensemble de messages politiques, militaires et diplomatiques à l’intention de la scène intérieure et internationale.
En effet, le retour au siège du pouvoir dans la capitale, Khartoum, après les endommages et les destructions subies par les institutions souveraines et non souveraines de l’État du fait de la guerre, traduit le passage de la scène soudanaise d’une phase de défense de l’existence de l’État à une phase de recouvrement de ses institutions et d’exercice de ses fonctions naturelles.
Le Palais présidentiel n’est pas un simple bâtiment administratif ; il est le symbole de la souveraineté de l’État et le centre de la décision politique. C’est pourquoi la présence du président du Conseil de souveraineté en son sein constitue une proclamation selon laquelle les institutions de l’État soudanais demeurent debout, et que les tentatives de les renverser ou de créer des alternatives parallèles n’ont pas réussi à altérer la réalité de l’État et de ses institutions officielles.
Premièrement : L’annonce de la reprise en main de l’État
Le retour du président du Conseil de souveraineté de transition vient annoncer que les Forces armées soudanaises conservent la maîtrise du cours de cette guerre, et que les opérations militaires ayant conduit à la reprise de la capitale, Khartoum, d’Omdurman et de plusieurs zones dans différents États se sont répercutées sur la capacité de l’État à réorganiser ses institutions.
Le message fondamental adressé au peuple soudanais est qu’il existe une institution nationale qui assume la responsabilité de protéger l’État et de préserver ses acquis, et que la bataille ne visait pas seulement le contrôle du terrain, mais visait à empêcher l’effondrement de l’État soudanais.
De même, les images ayant accompagné le retour d’Al-Burhan au Palais, montrant le lancement des travaux de réhabilitation et de restauration, portent une signification symbolique : la phase de reconstruction a débuté en parallèle avec les opérations militaires, et l’État cherche à passer de la confrontation des effets de la guerre à la prise en charge de ses séquelles.
Deuxièmement : La confirmation de la légitimité des institutions de gouvernement soudanaises
Le retour d’Al-Burhan au Palais présidentiel constitue un message clair aux niveaux interne et externe indiquant que le Conseil de souveraineté de transition est l’institution officielle qui représente l’État soudanais dans ses relations politiques et diplomatiques.
L’accréditation des nouveaux ambassadeurs auprès du Soudan depuis l’intérieur du Palais présidentiel vient confirmer la continuité de l’action diplomatique de l’État, et atteste que le gouvernement soudanais dirigé par le Dr. Kamil Idris ainsi que les diverses institutions étatiques poursuivent l’accomplissement de leurs missions officielles.
Dans le contexte des guerres, certaines parties tentent parfois d’exploiter l’état de trouble pour imposer des entités alternatives ou se présenter comme une partie parallèle à l’État ; toutefois, le retour de la direction officielle au siège du pouvoir, le message que le Soudan possède des institutions reconnues, capables de gérer ses affaires.
Troisièmement : Un coup politique porté à la milice des Forces de soutien rapide et à ses soutiens
Le retour d’Al-Burhan au Palais présidentiel, près de 40 mois après le déclenchement de la rébellion à Khartoum, représente un coup politique puissant porté à la milice des Forces de soutien rapide, puisqu’il confirme que le projet de prise de contrôle des institutions de l’État et de renversement de ses symboles n’a pas atteint ses objectifs.
Ce retour ne comporte pas seulement un impact interne ; ses répercussions s’étendent aux puissances régionales et internationales qui ont parié sur l’affaiblissement de l’État soudanais ou ont soutenu le maintien du chaos à travers différentes voies.
La survie des institutions de l’État et le recouvrement du centre officiel du pouvoir modifient les calculs politiques relatifs à l’avenir du Soudan, et confirment que tout règlement ou processus politique à venir ne saurait contourner l’État soudanais et ses institutions nationales.
Quatrièmement : Le retour des institutions de l’État à leur fonctionnement normal
On ne peut considérer le retour d’Al-Burhan comme un simple déplacement du président du Conseil de souveraineté vers un nouveau siège ; il s’agit d’une démarche liée au recouvrement par les institutions de l’État de leur fonction fondamentale.
Les guerres ne prennent pas fin uniquement avec la conclusion des opérations militaires ; une phase plus difficile commence alors, consistant à reconstruire les institutions, à rétablir les services et à gérer les dossiers économiques et humanitaires.
Dès lors, le retour de la direction politique au Palais présidentiel livre le message que l’État soudanais a entamé la phase de recouvrement de son équilibre administratif et politique, et que la guerre, malgré ses lourdes séquelles, n’a pas réussi à paralyser totalement les institutions de gouvernement.
Cinquièmement : Un message à la communauté internationale concernant l’avenir du Soudan
Le retour d’Al-Burhan au Palais présidentiel porte un message important à la communauté internationale, selon lequel le Soudan dispose toujours d’institutions officielles capables de gérer la période à venir.
Toute vision de l’avenir du Soudan doit ainsi émaner de la réalité de l’existence d’un État et d’institutions, et non de tentatives d’imposer des arrangements politiques faisant abstraction de la réalité nationale.
Par ailleurs, la poursuite des relations diplomatiques et l’accréditation des ambassadeurs depuis le siège officiel du pouvoir confirment que le Soudan reste présent sur la scène internationale et que l’État s’emploie à préserver ses relations extérieures malgré les circonstances de la guerre.
Sixièmement : L’importance du retour dans le cours de la guerre
Sur le plan militaire, le recouvrement de la capitale et des centres de décision constitue un tournant majeur dans le cours du conflit. Khartoum n’est pas une simple ville, mais le centre de gravité politique et administratif de l’État soudanais.
Le contrôle de la capitale et le recouvrement de ses institutions confèrent à l’État une plus grande capacité à gérer la phase à venir, que ce soit sur le plan militaire ou politique.
Cependant, cette démarche, malgré son importance, impose d’immenses responsabilités. La préservation des acquis exige la poursuite des efforts de sécurisation des villes, le rétablissement des services, le traitement des situations humanitaires et l’action en vue de mettre fin à la guerre d’une manière qui garantisse l’unité et la stabilité du Soudan.
Septièmement : L’après-Palais… la bataille de la reconstruction du Soudan
Le retour au Palais présidentiel constitue une victoire symbolique pour le recouvrement du centre de l’État, mais il marque simultanément le début d’une nouvelle bataille : celle de la reconstruction du Soudan.
Le peuple soudanais a besoin d’un projet national global qui reconstruise ce que la guerre a détruit, ramène les déplacés, relance l’économie et pose les repères d’une étape politique stable répondant aux aspirations des citoyens. Les victoires militaires, quelle que soit leur importance, ne s’achèvent véritablement qu’en se traduisant par une stabilité politique, un développement économique et une paix sociale.
En somme, le retour du président du Conseil de souveraineté de transition, le général Abdel Fattah al-Burhan, au Palais présidentiel constitue un moment politique décisif dans l’histoire de la guerre soudanaise ; c’est la proclamation que l’État soudanais demeure debout et que les tentatives de démantèlement de ses institutions ont échoué.
C’est en effet « une balle mortelle dans le corps de la milice », mais dont les éclats n’ont pas seulement atteint le projet de rébellion : ils sont parvenus à tous ceux qui ont parié sur la chute du Soudan ou la disparition de son État. Le plus grand défi reste désormais de transformer ce moment en un véritable point de départ pour le recouvrement intégral du Soudan : un État uni, des institutions fortes et un peuple capable de surmonter les séquelles de la guerre vers un avenir plus sûr et plus stable.