
Le salaire du gouverneur de la Banque centrale… Des joutes entre justification, défense, critique et motifs de sensationnalisme
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalik Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Comme beaucoup d’autres, je considère que lorsque le débat et les critiques visent la Banque centrale (Banque du Soudan), il existe de nombreux échecs dans les performances économiques et de multiples missions de la banque où le succès escompté n’a pas été atteint.
Ces questions sont incontestablement plus prioritaires à aborder, à débattre et à analyser quant à leurs lacunes avant de parler des salaires et des primes, cependant, tant que M. Al-Tahir Sati a estimé que le sujet de la restructuration récente des salaires et des primes à la banque — en regard des échecs qu’il y voit — demeure un sujet prioritaire pour lui et pour d’autres, et qu’il a peut-être d’autres raisons, étant de ceux qui ont défendu avec acharnement la société Al-Asjad (dont la gouverneure de la Banque centrale, Mme Amna Mirghani, a résilié le contrat pour des motifs appréciés par la direction de la banque, que l’on soit d’accord ou non, ce qui est une autre affaire).
J’estime toujours que dès lors qu’un sujet aussi sensible est mis sur la table, il était nécessaire de limiter le débat loin de toute personnalisation ou sympathie pour ou contre en raison de relations personnelles, de camaraderie d’études ou de profession.
Le rôle de la presse demeure en effet majeur, essentiel et pivot tant que le traitement de l’information se caractérise par l’objectivité, l’équilibre et la disponibilité des données.
Comme je l’ai mentionné au début de cet article, il existe de nombreuses questions sur la scène nationale qui exigent que l’on s’y concentre, telles que le Dialogue national (dont la commission a tenu une conférence de presse hier), la conspiration éthiopienne contre le Soudan à travers le soutien à la rébellion et l’attaque contre la région du Nil Bleu, ou encore les déclarations négatives de Mossad Boulus souteneuses de l’État des Émirats et hostiles à l’armée — l’accusant de frapper des sites à l’intérieur du Tchad avant même de vérifier et avant même que le Tchad ne se plaigne, se montrant ainsi plus royaliste que le roi en contrepartie du dirham émirati —, sans oublier la poursuite des attaques meurtrières de drones, ainsi que les besoins des citoyens en nourriture, médicaments, eau potable et électricité.
Toutes ces questions paraissent d’une importance capitale, et la presse ainsi que les médias ne doivent cesser de les aborder et d’insister dessus afin de rafraîchir la mémoire du « gouvernement de l’espoir », souvent frappé d’apathie face aux questions citoyennes et aux besoins essentiels prioritaires.
Quant à la Banque du Soudan et sa gouverneure Amna Mirghani, de nombreuses missions relèvent du cœur de leurs attributions. Elles doivent en répondre et le citoyen doit connaître le niveau de réalisation atteint, ainsi que les problèmes et obstacles rencontrés, dix mois après sa nomination à ce salaire et ces primes milliardaires.
Quiconque perçoit une rémunération sera comptable de son travail devant Dieu ; lorsque le salaire est élevé et les autres avantages substantiels, la redevabilité devient plus exigeante et la responsabilité plus grande.
La Banque du Soudan, en la personne de sa gouverneure et de ses adjoints, doit répondre de l’exportation de l’or qui sort en contrebande sans rien rapporter de notable au Trésor public : sur un total de 72 tonnes au cours de l’année — et selon d’autres sources, plus de 100 tonnes —, seules 22 tonnes de recettes entrent dans les caisses de l’État.
La banque doit répondre des recettes d’exportation et de la détérioration de la monnaie nationale, le cours du dollar ayant atteint 6.400 livres après avoir été à 3.200 lorsque Mme Amna a pris la direction de la banque il y a moins d’un an.
La banque doit répondre de l’impact des devises étrangères qu’elle injecte dans les caisses des banques et de leur effet sur la réduction de la demande de dollars sur le marché parallèle, où le cours augmente jour après jour. La banque doit répondre de ses relations extérieures avec les banques étrangères et les institutions financières régionales et internationales, de ce qu’elle en a tiré d’utile, des problèmes auxquels elle a fait face en raison des sanctions et de ce qu’elle a fait pour les surmonter.
Elle doit répondre du respect par les banques commerciales de leurs engagements à financer l’agriculture en temps voulu et à fournir les biens stratégiques, chacune dans son domaine de spécialisation. Elle doit répondre de l’impact des décisions du gouvernement visant à suspendre l’importation de 47 produits dont le citoyen a été privé dans le but de freiner la dépréciation de la monnaie, alors que le dollar dépasse les 6.400 livres, ce qui signifie que ces décisions n’ont pas atteint leurs objectifs : y aura-t-il dès lors un retour en arrière ?
Naturellement, tout cela n’empêche pas de parler du salaire et des avantages annexes tant qu’il s’agit de deniers publics dont chacun est partenaire, la transparence étant aujourd’hui requise plus que jamais, sans qu’il ne soit aucunement question ici d’en discuter le bien-fondé ou non.
Selon mon appréciation, il existe au moins trois raisons qui ont amené la question du salaire de la gouverneure Amna Mirghani à prendre une telle dimension dans le débat et la circulation des informations, indépendamment du fait qu’elle le mérite ou mérite davantage — comme le pense M. Adel Al-Baz, son ancien camarade d’études, ce qui a naturellement une grande influence sur sa manière d’aborder le sujet et son parti pris en sa faveur, tout comme M. Al-Tahir Sati a lui aussi des raisons liées à ses relations avec des parties lésées par sa politique, la société Al-Asjad en étant un exemple.
La première de ces raisons réside dans les salaires des fonctionnaires de l’État en général, qui sont considérés comme des « miettes » en comparaison avec le salaire de la gouverneure de la Banque centrale et ses autres avantages.
Parmi ces catégories figurent les professeurs d’université, qui ont consacré leur vie au service de la science et du pays et continuent de réclamer une revalorisation de leurs traitements et la validation d’une nouvelle grille salariale qui me paraît très modeste même si elle venait à être adoptée — et qui n’a malheureusement pas été appliquée jusqu’au moment où j’écris ces lignes.
Il y a ensuite les salaires des enseignants de l’éducation publique, qui apparaissent honteux au point qu’aucun enseignant n’ose les évoquer ; ils annoncent actuellement leur grève mais c’est comme prêcher dans le désert. Lorsqu’ils lisent qu’il existe un salaire et d’autres primes dépassant des milliards, une telle nouvelle doit nécessairement trouver un écho et un impact dans leurs esprits, susciter même le désir de mettre en lumière ces paradoxes.
De plus, il est question au ministère des Finances et dans cinq autres ministères de l’octroi d’une somme de 5 millions de livres à chaque employé pour régulariser sa situation financière. Tant qu’ils travaillent tous sous l’égide d’un même gouvernement, l’égalité dans l’injustice est une forme de justice, et la réalisation de la justice dans les droits et les devoirs apparaît inéluctable et impérative.
Il n’est évidemment pas demandé que tous les employés et dirigeants de l’État perçoivent des salaires et avantages égaux, mais il est nécessaire de donner à chaque employé de l’État ce qu’il mérite au vu de son poste, de son importance, de ses performances et de son dévouement au travail — ce qui n’est pas le cas actuellement. Dans cette logique, le professeur d’université, l’enseignant, le médecin et d’autres corps de métiers ne mériteraient-ils pas des multiples de ce qu’ils perçoivent aujourd’hui ?
J’ai remarqué que les joutes des journalistes ayant abordé le sujet du salaire et des primes de la gouverneure de la Banque centrale ont balancé entre la sympathie personnelle pour des raisons qui leur sont propres et les relations de certains d’entre eux avec des parties ayant pu être lésées par les mesures de la banque.
Peut-être ont-ils voulu aussi, de bonne foi et par responsabilité morale, donner l’opportunité de faire connaître les disparités qui surviennent au sein d’un même gouvernement concernant les salaires et avantages de ceux qui travaillent sous son égide, ce qui est également une démarche requise.
Puisse l’ensemble de ces plumes qui ont estimé que ce salaire est inférieur à ce que mérite la gouverneure parler des salaires des autres catégories que j’ai mentionnées précédemment, afin de dissiper leur rancœur et de réaliser la justice — car celle-ci est indivisible et ne saurait l’être —, et afin de faire de la presse et des médias un miroir de critique, d’orientation et de réforme, et non un outil au service de certaines catégories au détriment d’autres selon le degré de proximité ou d’éloignement de celui qui tient la plume.