Craintes communes et coordination frontalière… Les dimensions de la seconde visite officielle d’Al-Burhan en Érythrée

Rapport : Al-Tayeb Abbas  
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Le président du Conseil de souveraineté et commandant en chef de l’armée, le général de corps d’armée Abdel Fattah Al-Burhan, est apparu dans la capitale érythréenne, Asmara, lors d’une visite officielle, la deuxième du genre en l’espace de deux mois.
Les objectifs des photographes ont immortalisé une image d’Al-Burhan en costume aux côtés d’Isaias Afwerki dans un costume similaire, une démarche que les observateurs ne considèrent pas comme un simple hasard.
Al-Burhan était également arrivé à Asmara le 17 juillet dernier et avait tenu des entretiens avec Isaias Afwerki. Selon un communiqué du Conseil de souveraineté publié vendredi, le président du Conseil souverain a effectué dans la capitale érythréenne une visite qu’il a qualifiée de « fraternelle », au cours de laquelle il a rencontré le président érythréen.
La rencontre a porté sur les relations bilatérales entre le Soudan et l’Érythrée, ainsi que sur les moyens de les développer et de renforcer la coopération et la coordination conjointe entre les deux pays, au service des intérêts communs des deux peuples.
L’Érythrée joue un rôle important dans la crise soudanaise en raison de son chevauchement frontalier, les deux États partageant une frontière terrestre de plus de 600 kilomètres séparant les États soudanais de Kassala et de la Mer Rouge des régions érythréennes.
Portée de la visite :
Selon des observateurs, la visite revêt des significations politiques et sécuritaires de première importance. Sur le plan politique, la visite constitue une confirmation du soutien de l’Érythrée au gouvernement soudanais dans sa guerre contre la milice des Forces de soutien rapide, une guerre qui a pris des dimensions régionales avec l’entrée en scène de l’Éthiopie — l’ennemi historique d’Asmara — en faveur d’Hemedti et son soutien direct aux milices.
Dans ce contexte, la visite d’Al-Burhan semble confirmer l’alliance qui commence à se former actuellement contre les ambitions éthiopiennes concernant le barrage de la Renaissance d’une part, et l’obtention d’un accès à la mer Rouge d’autre part ; la visite constitue ainsi un message de solidarité politique entre deux voisins lésés par l’Éthiopie.
Sur le plan sécuritaire, le chercheur Dr. Mohamed Mustafa estime que la visite vise à renforcer la coordination sécuritaire et la protection des frontières, le Soudan et l’Érythrée partageant une frontière terrestre s’étendant sur plus de 600 kilomètres.
Avec l’intensification des opérations militaires et l’extension du conflit, Khartoum et Asmara cherchent à élever le niveau de coordination pour empêcher que cette frontière ne se transforme en voies de trafic d’armes ou d’infiltration d’éléments armés, et pour faire face à toute menace susceptible de déstabiliser l’est du Soudan ou la Corne de l’Afrique.
Ce qui est remarquable dans cette affaire, selon Dr. Al-Mustafa, c’est que la visite d’Al-Burhan à Asmara est intervenue directement après des visites effectuées par le président du Conseil de souveraineté dans le Nil Bleu et à Gedaref, des États limitrophes de l’Éthiopie et non de l’Érythrée.
Cela signifie que la coordination sécuritaire entre les deux pays vise à protéger les frontières contre un tiers, à savoir Addis-Abeba, considérant que des dossiers tels que la sécurité de la mer Rouge ne sont pas éloignés de l’ordre du jour de la visite.
Craintes communes :
Selon le chercheur Dr Osman Nourain, la visite d’Al-Burhan à Asmara examine une coordination accru entre les deux pays sur de nombreux dossiers communs.
Néanmoins, Nourain estime qu’Addis-Abeba n’est pas éloignée du contenu de cette visite, établissant un lien entre la répétition des visites d’Al-Burhan à Asmara et le dossier éthiopien d’un point de vue stratégique, pour plusieurs raisons, dont les plus notables sont les craintes partagées par le Soudan et l’Érythrée face à des mouvements militaires ou logistiques dans le voisinage éthiopien (comme les régions du Nil Bleu et du Tigré) susceptibles d’affecter l’équilibre des forces régional ou de soutenir des parties au conflit soudanais. Cela pousse Khartoum et Asmara à augmenter le niveau de coordination afin de faire face aux défis sécuritaires communs dans la région de la Corne de l’Afrique et de la mer Rouge, des dossiers que Nourain estime très probablement abordés en détail lors de la visite.
Il reste à dire que cette nouvelle visite du général de corps d’armée Abdel Fattah Al-Burhan à Asmara indique que la coordination avec les pays voisins, au premier rang desquels figure l’Érythrée, constitue un pilier fondamental de l’action diplomatique soudanaise actuelle.
Alors que s’enchevêtrent les intérêts de sécurité nationale, de stabilité frontalière et de sécurité de la mer Rouge entre les deux pays, les résultats de ces entretiens demeurent tributaires de la nature des évolutions sur le terrain et politiques au Soudan.