
Les sociétés minières et la menace de suspension d’activité… Quelle est donc l’utilité de poursuivre le travail ?
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
• Les informations rapportent que les sociétés d’exploitation minière d’or ont publié un communiqué dans lequel elles ont menacé de suspendre totalement leurs activités à compter du 1er octobre prochain, en guise de protestation contre le mécanisme de fixation des prix et d’achat de l’or qui leur est imposé et qui a été décidé par la Banque Centrale du Soudan. De plus, l’Union des sociétés minières s’est adressée à cet égard au ministre des Minéraux ainsi qu’au président de la Société des ressources minières.
• Les revendications de l’Union des sociétés se sont étendues jusqu’à l’annulation d’une décision antérieure publiée par la Banque Centrale en mai dernier, relative à l’organisation de l’achat et de la vente de l’or.
• L’Union a justifié sa menace de suspension et ses protestations par le fait que le mécanisme de fixation des prix et d’achat de l’or a porté préjudice à leurs intérêts et a conduit à l’érosion du capital d’exploitation, en raison de la hausse du coût du carburant, de la main-d’œuvre et des autres dépenses courantes, conjuguée à l’intervention des intermédiaires en tant qu’acheteurs, lesquels en tirent des profits supérieurs à ceux obtenus par les producteurs eux-mêmes, selon les termes du communiqué.
• Tel est le contenu du communiqué et telles sont les revendications pour lesquelles nous n’avons entendu, jusqu’au moment de rédiger ces lignes, aucune réponse ni aucun commentaire de la part des autorités concernées au sein des ministères économiques et de la Banque Centrale. Cependant, ce communiqué a suscité chez moi une série d’interrogations concernant la régulation de cette importante ressource, dont il a été fait mauvais usage et dont les revenus ont été dépensés : tantôt par la contrebande, tantôt par le pilotage à vue des politiques qui la régissent, et tantôt par l’exclusion de la majeure partie de ses recettes du circuit de l’économie publique et des caisses de l’État.
• La présence de plus de 450 millions de dollars issus des revenus de l’or dans les banques d’Abu Dhabi revenus que le pouvoir de Ben Zayed a refusé de restituer au gouvernement du Soudan ne constitue qu’un exemple parmi d’autres de ce gaspillage institutionnalisé des ressources du pays.
• L’hypothèse selon laquelle les défaites de la milice sur le terrain l’auraient poussée à se tourner vers la guerre économique et le trafic de drogue se répand ces jours-ci. Il est certain que cette hypothèse est fondée, mais il est tout aussi vrai que cette nouvelle guerre, menée par l’économie et les stupéfiants, n’aurait pu se propager et s’aggraver de la sorte au point que le cours du dollar sur le marché parallèle dépasse le seuil des 9.000 livres soudanaises si elle n’avait pas trouvé à l’intérieur du pays des bras, des instruments, des mécanismes et des individus pour la piloter. Les discours sur la baisse du dollar et la remontée de la monnaie nationale, véhiculés ces derniers jours, ne sont que des propos destinés à distraire et rassurer le citoyen, et ne constituent rien de plus qu’une manière de tuer le temps, tant que les recettes des exportations ne dépassent pas aujourd’hui les trois milliards de dollars dans le meilleur des cas, face à des importations de plus de quatre milliards de dollars, avec un déficit budgétaire évidents et une faiblesse flagrante de la production… Or, selon la théorie économique, la monnaie d’un pays ne se renforce qu’à travers la production, le soutien aux exportations et la réduction des importations.
• Le commerce de l’or et son exploitation au profit du Trésor public ont été entachés de nombreux échecs, qu’il s’agisse des politiques mal étudiées actuellement appliquées, de l’incapacité à les mettre en œuvre, ou du silence gardé à l’égard des trafiquants d’or et des spéculateurs. Ces derniers sont pourtant connus nommément par le gouvernement, qu’il s’agisse de leurs personnes physiques ou de leurs entités morales, civiles ou militaires, et parmi eux figurent des responsables de l’État lui-même. C’est pourquoi, tant que la loi ne sera pas appliquée avec fermeté et rigueur contre quiconque franchit les limites, sans exception ni discrimination, et tant que l’État n’imposera pas son autorité, il sera impossible de parler d’enrayer la dépréciation de la monnaie ou de stopper une guerre économique par ce silence et cette laxité.
• Il est connu que plus de 88 % de l’exploitation minière de l’or est une extraction artisanale hors du contrôle du gouvernement, représentée par les sociétés qui protestent aujourd’hui, ou par des personnes et des entreprises étrangères qui continuent de piller les richesses du pays sans contrôle ni reddition de comptes. Le gouvernement ferme les yeux sur leurs dépassements sous prétexte qu’elles disposent de contrats signés et en vigueur, comme si ces contrats étaient un texte sacré incritiquable, alors même que le pays se trouve en état de guerre militaire, économique et sociale. Dès lors, pourquoi l’État ne déclare-t-il pas l’état d’urgence économique au lieu de multiplier les comités qui ont tous échoué à gérer l’économie et à enrayer la chute de la monnaie en gelant l’ensemble de ces contrats conclus antérieurement afin de préserver ce qui reste des ressources en or et autres minerais ?
• Selon le témoignage du ministre des Finances, Dr. Jibril Ibrahim, lors de sa récente rencontre à Khartoum avec les participants au forum des professionnels des médias et des journalistes l’auteur de ces lignes figurant parmi l’assistance, le ministre a déclaré textuellement que la production mensuelle d’or était de l’ordre de 27 tonnes, soit 27.000 kilogrammes. Ce qui est étonnant et étrange, c’est que la part du gouvernement sur ce total, comme l’a avoué le ministre lui-même, n’est que de 100 kilogrammes seulement par mois.
• Auprès de qui le ministre vient-il donc se plaindre ? Qui est le responsable habilité à mettre fin à cette corruption et à cette atteinte aux deniers publics ? Et quand pouvons-nous espérer la prise de décisions fermes qui restaureront l’autorité de l’État et la santé de l’économie, au lieu d’imputer l’échec du gouvernement à autrui et de répéter l’argument selon lequel il s’agirait d’une guerre économique menée depuis l’extérieur ? Si toutes ces brèches à l’intérieur ne sont pas colmatées, si des politiques réfléchies ne sont pas adoptées avec la rigueur nécessaire à leur application et à la sanction de leurs contrevenants, la situation économique ne s’améliorera pas. Il ne faut pas non plus multiplier les complaintes destinées au citoyen, lequel mesure l’ampleur des problèmes peut-être mieux que le gouvernement lui-même. Ce citoyen désemparé, qui a payé et continue de payer un prix fort à cause de cette guerre et de la négligence du gouvernement à son égard, ne souhaite pas entendre des discours, mais attend des solutions de la part de ceux qui détiennent le pouvoir de décision.
• Si la contribution de l’Union des sociétés minières qui menace de suspendre ses activités représente 17 % de l’activité minière, le citoyen est en droit de savoir quelle part de ce pourcentage entre effectivement dans les caisses de l’État. Mieux encore, où sont passés les 83 % 87 % dans le texte d’origine restants et quel est leur impact positif sur le budget de l’État ?
• Selon mon évaluation, le communiqué des sociétés et leur menace d’arrêt de travail doivent ouvrir grand la porte à une révision intégrale de tout ce qui a trait à l’activité économique minière, qu’il s’agisse de l’or ou d’autres minéraux et richesses, et ce, au niveau des politiques, des mécanismes, des sociétés, des individus, des contrats et des lois. L’objectif doit être de corriger ce dysfonctionnement majeur et de restituer au Trésor public les revenus gaspillés, ou de conserver l’or dans les entrailles de la terre en tant que réserve stratégique et bien public, et non comme la propriété d’individus ou de sociétés qui se sont introduits dans ce secteur à un moment d’inattention et y ont trouvé leur compte grâce à la faiblesse des gouvernements et aux lacunes juridiques, gâchant cette ressource économique majeure de la manière que nous observons aujourd’hui.L’or sous terre, au milieu d’un tel chaos, est bien préférable à l’or extrait, afin qu’il demeure un actif préservé pour les générations futures et pour le pays.