
La levée de l’interdiction des marchandises… Mieux vaut tard que jamais
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
- Lorsque le Conseil des ministres a rendu sa décision en avril dernier interdisant l’importation de (42) marchandises, y compris le lait pour nourrissons, les fruits et les fèves égyptiennes, avec la bénédiction de la ministre du Commerce et de l’Industrie Mahasen Yacoub et du ministre des Finances Jibril Ibrahim, nous avions écrit à l’époque et dans cette chronique pour critiquer cette décision, mentionnant les répercussions négatives qu’elle pouvait engendrer sur la vie du citoyen telles que la rareté des marchandises interdites, leur monopolisation par certains commerçants, la hausse de leurs prix, sans oublier la prolifération de la contrebande et la montée du taux de change sur le marché parallèle. Tout cela s’est produit, et même pire encore. C’était une lecture ordinaire et prévisible pour le citoyen lambda, sans parler des experts en économie dont certains avaient malheureusement béni cette décision, la considérant comme un sauveur pour l’économie et pour le taux de change, alors que le dollar y a dépassé les (10) mille livres.
- Les raisons avancées pour justifier la décision d’interdiction semblaient globalement logiques, mais dans les conditions actuelles du pays, leur réalisation paraissait impossible, ce qui a sorti la décision de son contexte pour en faire à la fois un fléau pour l’économie et pour le citoyen. Le président du Conseil souverain s’est ainsi trouvé contraint, après avoir constaté ses répercussions négatives sur l’économie et le citoyen, de l’annuler, contournant le Conseil des ministres et les ministres directement concernés par cette décision.
- Parmi les objectifs que le Conseil des ministres pensait atteindre par la décision d’interdiction figurent l’encouragement de la production locale, le soutien à l’industrie nationale, la stimulation des producteurs et l’arrêt de la détérioration du taux de change de la monnaie nationale. Autant d’objectifs nobles et recherchés, mais difficiles à concrétiser dans un contexte où de nombreuses usines sont affectées par la guerre, la faiblesse de l’électricité et la modicité de la production, rendant impossible l’approvisionnement en marchandises interdites. C’est précisément ce qui a mené aux conséquences négatives que nous avons mentionnées.
- La décision du président du Conseil souverain, le général d’armée Abdel Fattah al-Burhan, de lever l’interdiction sur toutes les marchandises concernées et d’exonérer de douane la farine, le riz, les légumes et les fruits est intervenue pour soutenir le citoyen et atténuer ses souffrances. En contrepartie, cette décision a été vécue comme un (fléau) par certains commerçants, monopoliseurs et spéculateurs qui avaient poussé le prix du morceau de pain à (500) livres, le prix du sac de sorgho à (700) mille livres, et le plat de fèves pour un seul citoyen à (10) mille livres…, tandis que le dollar dépassait les (10) mille. Quelle est donc cette politique menée par les preneurs de décision qui s’imaginaient faire du bien ? Et quels objectifs voulaient-ils atteindre sans en réunir les conditions préalables ?
- Lors de la rencontre des participants au forum des médias à Khartoum en septembre dernier avec le Premier ministre, Dr. Kamel Idris, et un certain nombre de ministres de son gouvernement, lorsque la docteure Bakhita Amin a qualifié la décision du ministère de l’Enseignement supérieur de fermer les centres extérieurs et d’arrêter l’enseignement en ligne de décision mal étudiée, la réponse du Premier ministre a été vive, violente et inadaptée à la nature de la question ou à l’objectivité du propos. Cependant, avec la décision du président al-Burhan d’annuler les décisions du Conseil des ministres relatives à l’interdiction des marchandises de première nécessité, apparaît en pleine lumière la manière dont le Conseil des ministres prend certaines décisions, dont bon nombre ont été annulées ou modifiées en moins de (24) heures et elles sont nombreuses si l’on se réfère aux archives récentes de cette année, sans parler des précédentes.
- L’affaire requiert donc une halte et une révision par l’exécutif de sa performance et de ses décisions, avant qu’il ne faille contraindre le président du Conseil souverain à intervenir directement, comme ce fut le cas pour la décision d’interdiction des marchandises, et avant cela pour l’électricité des usines et leur mise en marche à la suite de sa visite de la zone industrielle de Bahri, ou encore pour son soutien au projet de la Gezira en fonds, en carburant et en véhicules, toutes choses qui relèvent pourtant du cœur de métier et des devoirs du Conseil des ministres et des ministres concernés, chacun dans son domaine.
- À la suite de la décision du général d’armée Abdel Fattah al-Burhan d’annuler les décisions du Conseil des ministres en levant l’interdiction des marchandises, le ministre des Finances, Dr. Jibril, a (découvert), selon sa propre déclaration, que l’interdiction des marchandises avait (accru la souffrance du citoyen) et que la levée de l’interdiction (n’affecte pas la protection de la production locale). Une découverte bien trop tardive, qui n’aurait évidemment pas eu lieu si la décision de lever l’interdiction n’était émanée de la plus haute autorité du pays, ce qui confirme le caractère (aléatoire) de la prise de certaines décisions sans lecture correcte et rigoureuse de la réalité.
- Aujourd’hui, le Conseil des ministres doit (sauver la face) en émettant une décision annulant sa décision précédente, en phase avec la décision du président d’une part, et d’autre part, il lui incombe de former un mécanisme ou un comité doté de larges pouvoirs pour suivre l’application de ces décisions, que ce soit en ce qui concerne l’entrée des marchandises ou celles exonérées de douane par la décision du président, en particulier la farine et le riz. Ce comité doit également surveiller le marché et les commerçants, en particulier ceux qui ont été lésés par l’entrée des marchandises, car ils s’efforceront probablement de la combattre par bien des voies détournées qu’ils connaissent.
- Dès lors que ces décisions visaient à lever la souffrance du citoyen et à le soulager, il est impératif de les appliquer telles qu’elles doivent l’être pour que le citoyen en ressente les effets dans sa vie quotidienne et que cela se répercute sur sa famille, et non qu’elles demeurent de simples déclarations et décisions étouffées par la (résistance) de ceux qui y perdent.
- J’estime que la leçon que le gouvernement, représenté par le Conseil des ministres, doit retenir est la nécessité de la prudence, de la circonspection et d’une étude exhaustive de toute décision avant de la prendre, en particulier celles qui touchent à la vie du citoyen et même celles liées à l’économie sous toutes ses formes.
- Modifier ou annuler une décision en un court laps de temps témoigne assurément de l’absence d’une étude minutieuse et objective, ainsi que de son immaturité, ce qu’il conviendra d’éviter à l’avenir… La décision du général d’armée al-Burhan est ainsi intervenue comme une fraîcheur et une paix pour le citoyen, malgré sa tardiveté, mais nous répétons si souvent ce dicton : Mieux vaut tard que jamais… en dépit du dommage structurellement engendré par le retard.