
Le Soudan et le sommet russe… Profits stratégiques et intérêts communs
Avant le crépuscule
Dr. Abdelmalek Al-Naeem Ahmed
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
La participation du Soudan au troisième Sommet russo-africain, qui s’est achevé à la fin de la semaine dernière dans la capitale russe Moscou, avec une délégation de haut niveau présidée par le président du Conseil de souveraineté, le général de corps d’armée Abdel Fattah Al-Burhan, ainsi qu’un certain nombre de ministres, le directeur du Service général de renseignement et le directeur du Système des industries de défense, a revêtu une importance particulière, d’une part en raison de son planning, et d’autre part en raison des sujets abordés lors du sommet, en plus de la présence qualitative des dirigeants africains et du président russe Vladimir Poutine. Par conséquent, les gains stratégiques réalisés par le Soudan grâce à cette participation étaient attendus, compte tenu de l’intérêt particulier accordé par la Russie au Soudan, à commencer par son souci d’inviter et de participer, l’accueil chaleureux d’un autre côté, et l’hommage rendu au Président en lui décernant un doctorat honorifique d’une université d’État russe pour les sciences humaines, et ce, dans ces circonstances que vit le Soudan.
Des paradoxes apparaissent clairement à quiconque voit les choses avec objectivité et lit les événements avec intelligence. Le premier est la position des États-Unis, qui privent le Président de participer aux travaux d’une organisation internationale et de son Assemblée générale en ne lui accordant pas de visa d’entrée, sauf aux conditions d’accepter une trêve piégée, tandis qu’une grande puissance comme la Russie lui ouvre ses bras et son territoire pour l’accueillir avec la chaleur qu’a suivie le monde entier, et avec un hommage qui a amené la chorale russe à exécuter l’hymne national du Soudan en guise de bienvenue à la délégation, s’efforçant même de chanter le chant national bien connu des Soudanais (Le lieu que je préfère est le Soudan). Et quels paradoxes qui obligent le Soudan à placer ses intérêts au-dessus de toute considération et à réaliser que les relations extérieures des États se construisent sur des intérêts communs et non sur des émotions éphémères, d’autant plus que le Soudan possède de nombreuses ressources, capacités et (cartes de pression) qui font que beaucoup (halètent) derrière ses richesses, non pas à travers des relations rationnelles qui respectent sa souveraineté, mais par la cupidité, l’ingérence flagrante dans ses affaires, et même l’agression contre ses citoyens et ses institutions comme cela se produit actuellement.
Le sommet n’a pas seulement été l’occasion pour le président Al-Burhan de s’adresser à l’assistance et de mettre les dirigeants africains au fait de la réalité des crimes de guerre et des violations des droits de l’homme commis par la milice, les mercenaires et les Janjaweed au Soudan, avec un soutien régional de certains pays voisins africains et de l’État des Émirats arabes unis, et un soutien international et américain, parfois par le silence et parfois par l’imposition de conditions injustes pour autonomiser la rébellion.
Le discours comprenait plusieurs messages destinés aux dirigeants africains dont les pays continuent de soutenir la rébellion et de lui ouvrir leurs territoires en établissant des camps et des plateformes de lancement de drones dont le premier objectif est devenu le citoyen et ses centres de services essentiels, notamment les stations d’électricité, d’eau et de carburant, en violation flagrante des lois internationales et des droits de l’homme.
Concernant les relations bilatérales avec la Russie, le message était plus clair, mettant l’accent sur la nécessité de créer un partenariat stratégique entre la Russie et le Soudan, et proposant la création d’une zone franche sur la mer Rouge pour fournir du blé, du carburant et tout ce dont ont besoin les intérêts commerciaux entre les pays de la région, en coordination avec les États riverains des côtes de la mer Rouge.
Un tel partenariat et la création d’une zone franche permettront à la Russie et au Soudan de réaliser des échanges commerciaux à grande échelle et renforceront les investissements russes au Soudan dans plusieurs domaines, notamment l’exploitation minière, le pétrole, les infrastructures, le transport, les chemins de fer et autres, sur la base de relations historiques de plus de soixante-dix ans.
Non seulement cela, mais les positions de la Russie soutenant le Soudan au Conseil de sécurité et son utilisation du droit de veto pour annuler des résolutions contre le Soudan confirment le souci de la Russie non seulement de (régler le rythme) du Conseil de sécurité, mais aussi sa conviction totale de l’injustice subie par le Soudan.
C’est pourquoi la participation du président Al-Burhan à ce sommet, la rencontre au sommet particulière qui l’a réuni avec le président Poutine dans les locaux du Kremlin, ainsi que le haut niveau d’entente qui a accompagné la rencontre, sont autant de facteurs susceptibles d’ouvrir une nouvelle page dans les relations bilatérales basée sur les intérêts communs et les bénéfices mutuels entre les deux parties, avec les ressources, les capacités et les technologies modernes que possède chaque État et que requièrent les relations et les intérêts.
Plusieurs rencontres ont eu lieu en marge du sommet et auront des retombées ultérieures, en premier lieu celle qui a réuni Al-Burhan et le président kényan Ruto ainsi que d’autres dirigeants africains à l’initiative du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, et une autre rencontre ayant réuni le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, l’ambassadeur Mohie eldin Salem, et son homologue tchadien, malgré la tension qui entoure les relations, qui n’ont toutefois pas atteint le stade de la rupture, rendant l’entente possible pour apaiser les choses et réduire les foyers de tension avant d’atteindre l’étape de leur élimination et de la normalisation des relations.
En conclusion, la phase actuelle exige de s’orienter vers la réalisation des intérêts communs dans le cadre des relations bilatérales, et les ententes conclues dans les locaux du Kremlin doivent englober tous les domaines, y compris la coopération militaire et de renseignement, à la lumière des regroupements auxquels le monde assiste et où la survie appartient toujours au plus fort, sans aucune place pour les faibles ni pour ceux qui font des concessions sans réponse méritée.