
70 % des Soudanais sous le couperet de la pauvreté
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Les données du Programme des Nations Unies au Soudan indiquent qu’après trois ans de guerre — déclenchée le 15 avril 2023 et qui se poursuit jusqu’à ce jour — les taux de pauvreté ont doublé pour atteindre un pourcentage très élevé estimé à 70 %. Dans les centres de conflit, les taux de pauvreté ont grimpé à plus de 75 %, comme dans les régions du Darfour et du Kordofan. Désormais, un Soudanais sur quatre (1/4) vit dans une pauvreté extrême avec moins de 2 dollars par jour.
Dans ce contexte, le représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Soudan, Luca Renda, déclare : « En regardant la situation avant la guerre… nous constatons que les taux de pauvreté ont effectivement doublé. Avant la guerre, environ 35 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté ; aujourd’hui, nous estimons que ce ratio atteint environ 70 %. »
Alors que la guerre au Soudan est sur le point d’entrer dans sa quatrième année sans qu’aucun des efforts diplomatiques précédents n’ait abouti à des résultats concrets pour y mettre fin, des rapports du programme des Nations Unies publiés ce mardi 14 avril 2026 font état d’un recul du revenu moyen au Soudan à un niveau jamais enregistré depuis 1992, tandis que les taux de pauvreté extrême ont dépassé ceux des années 1980.
« Après trois ans de ce conflit, nous ne faisons pas seulement face à une crise, mais nous assistons à une érosion systématique de l’avenir de tout un pays », affirme Luca Renda. Il ajoute : « Ces chiffres ne sont pas de simples données ; ils reflètent des familles déchirées, des enfants privés de bancs d’école, des moyens de subsistance perdus et une génération dont les chances de réussite s’amenuisent de jour en jour. »
La guerre qui a éclaté le 15 avril 2023 entre l’armée soudanaise dirigée par Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (FSR) dirigées par son ancien adjoint Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement d’au moins 11 millions de personnes, constituant la plus grande crise de faim et de déplacement au monde.
Il est toutefois impossible d’établir un bilan précis des victimes de la guerre en raison de l’absence d’informations, des coupures de communication et de la difficulté de déplacement à l’intérieur du Soudan, dont la majeure partie des infrastructures a été détruite par le conflit.
Selon le rapport du Programme des Nations Unies, préparé en collaboration avec l’Institut d’études de sécurité (ISS), « la guerre pourrait ramener l’économie du Soudan aux niveaux des années 1960 », avec la possibilité que la pauvreté extrême s’étende à 34 millions de personnes supplémentaires si le conflit actuel persiste jusqu’en 2030.
D’après le rapport, le Soudan a perdu environ 6,4 milliards de dollars de son produit intérieur brut (PIB) au cours de la seule année 2023, tandis que la pauvreté extrême a touché environ 7 millions de personnes au cours de cette même année.
À cet égard, le représentant onusien au Soudan, Luca Renda, a précisé que plus de 80 % des usines au Soudan ne fonctionnent plus, alors que la majeure partie des ressources locales est utilisée pour la guerre.
D’autre part, Berlin accueillera demain mercredi une conférence des donateurs visant à « réaliser des progrès concrets vers la fin de la guerre et répondre aux besoins humanitaires urgents », comme l’a expliqué la mission allemande auprès des Nations Unies.
Cette conférence de Berlin intervient alors que Londres et Paris ont accueilli deux conférences similaires au cours des deux dernières années, sans parvenir à réaliser de percée diplomatique notable.