Hemedti à Kampala… Où sont l’Union Africaine et ses institutions ?

Avant le Crépuscule

Abdelmalek Al-Naim Ahmed

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

1 La conviction grandit de jour en jour que les institutions internationales et régionales, qu’elles soient arabes ou africaines, semblent quasi incapables de remplir leurs devoirs stipulés dans les statuts qui les ont créées ou les lois qui régissent leurs travaux. Le plus souvent, cette incapacité est une inertie délibérée, due peut-être à des pressions économiques et politiques de pays ayant un intérêt dans l’insécurité et l’instabilité politique actuelle, ou sous l’influence de l’argent qui achète les consciences, change les positions et fait disparaître les principes. Les positions de ces organisations et institutions face à ce qui se passe au Soudan depuis trois ans sont le modèle le plus frappant de ce que j’ai mentionné. Surtout que l’État connu pour fournir un soutien financier et logistique à la rébellion — à savoir les Émirats, détenteurs de richesses et exécutants de l’agenda d’Israël — n’a pas limité son influence financière à “Somoud”, “Tagadoum” et “Tasis”, mais elle a même atteint l’envoyé américain pour l’Afrique et les pays arabes, Mossad Bolous, et le commissaire de l’Union Africaine dont le mandat est terminé, sans parler de ceux qui sont en dessous d’eux dans la hiérarchie de cette Union qui a maintenu la suspension de l’adhésion du Soudan pour des raisons fallacieuses tout au long des années de guerre, malgré les transformations survenues au Soudan et dont le monde entier a témoigné, au point que la plupart des pays et des organisations internationales ont publié des communiqués condamnant la milice et ses violations des droits de l’homme au Soudan.
2 Après que le Soudan a recouvré sa qualité de membre de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), que son ministre des Affaires étrangères a pris la parole lors des réunions du Conseil de paix et de sécurité de l’UA (CPS), et que la République arabe d’Égypte a pris la présidence de ce conseil, nous avons considéré tout cela comme un tournant dans la position africaine et ses institutions. Un tournant qui pourrait lui permettre de jouer son rôle en ce qui concerne le maintien de la sécurité dans les pays de la région et de rendre justice au Soudan, en tant qu’État fondateur et membre originel de toutes ses institutions, en se tenant à ses côtés non pas par des communiqués, mais par des actions concrètes sur le terrain. Chose qui ne s’est pas produite malgré les efforts considérables déployés par l’ambassadeur du Soudan en Éthiopie et son représentant permanent auprès de l’Union Africaine, l’ambassadeur Al-Zain Ibrahim. Car voici l’Éthiopie qui héberge des camps de la rébellion sur son territoire, et voici des drones qui en décollent vers Kurmuk dans l’État du Nil Bleu et vers d’autres villes à El Obeid, siège du gouverneur du Kordofan occidental, et certaines zones de l’ Kordofan du Sud, et même le Nil Blanc il y a deux jours.
3 Mais la nouveauté dans l’obstination des pays voisins africains du Soudan est l’arrivée du défunt (Al-Halik) Hemedti à Kampala, malgré la présence de l’État du Soudan du Sud comme zone tampon entre l’Ouganda et le Soudan. Cependant, cette dernière ouvre toujours ses terres aux camps de la rébellion ; l’Ouganda et le Kenya restent des États soutenant toute rébellion contre le gouvernement légitime depuis l’époque de ce qu’on appelait la campagne “Triple Rainy Season” avec le regretté John Garang.
4 L’Ouganda accueille ces jours-ci le défunt Hemedti, lui ouvre ses salles, et celui-ci y fait venir tous ses partisans de la milice ayant fui Nyala après que le Darfour s’est rétréci pour eux suite aux victoires de l’armée. Le défunt prétend sans pudeur qu’il s’agit de la communauté soudanaise en Ouganda ! De quelle communauté parle-t-il ? Si ce n’est de “Somoud”, “Tagadoum” et “Tasis”, ces façades rejetées par le peuple soudanais et qu’il a réunies pour dire : « J’existe toujours ».
5 Il y a quelques jours, Museveni a reçu le vice-président du Conseil de souveraineté, Malik Agar, et a tenu des propos qui semblaient être une simple courtoisie pour apaiser un chef militaire qui fut autrefois l’un de ses alliés. Mais la contradiction est flagrante avec l’accueil du défunt Hemedti, dont la faiblesse des mots et le trouble psychologique sont apparus clairement chez ce “robot” en disant que c’est lui qui a fait venir les mercenaires colombiens et qu’il contrôle toujours les rênes du pouvoir. Il s’y est perdu sans conscience, tandis que le groupe “Somoud” et “Tasis” applaudissait et criait de joie.
6 L’Union Africaine doit adopter des positions plus sérieuses et fermes envers les États membres qui menacent la paix et la sécurité africaines en accueillant des mouvements rebelles. L’Union sait que tous les pays africains abritent des mouvements de rébellion qui pourraient trouver du soutien tant que les États sont devenus si fragiles. De même, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA doit jouer son rôle, d’autant plus que l’Égypte est à sa tête pour cette session. De la même manière, l’IGAD, où le Soudan a recouvré son adhésion, est concernée au premier chef par le maintien de la sécurité et de la stabilité des pays de la région en tant que responsable du développement, car il est bien connu qu’il n’y a pas de développement sans stabilité politique et économique.
7 En conclusion, nous disons que si l’Union Africaine et ses différentes institutions au sein de sa structure, ou celles qu’elle a créées pour l’intégration des rôles dans les différentes régions d’Afrique (Building Bloc), ne réussissent pas à réguler le rythme au sein de ses États membres, à les responsabiliser et à les empêcher de s’ingérer dans les affaires d’autrui, alors adieu la paix et la sécurité africaines… Ces institutions resteront des structures sans rôle influent ou efficace, comme c’est le cas actuellement pour la Ligue Arabe et les institutions des Nations Unies.