
L’armée soudanaise n’a pas besoin de cloner un nouveau (Hemedti)
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- Le désarmement des milices… l’étape la plus importante pour une paix durable.
- Le démantèlement du système d’armement des Forces de soutien rapide est l’issue à l’impasse de l’armée alternative.
- Il est impératif de corriger les erreurs stratégiques liées à l’armement des tribus et des groupes de population.
- S’inspirer des expériences internationales et régionales en matière de désarmement est une nécessité absolue.
Rapport – Dr. Ibrahim Hassan Dhul-Noon
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Par une lecture réaliste et attentive des perspectives de la scène générale au Soudan, et à travers les développements politiques et militaires qui ont précédé les vacances de l’Aïd al-Adha béni et plus d’un mois avant, on constate que les prémices d’un règlement politique pointent à l’horizon. Bien qu’elles ne soient pas encore mûres et que leur goût, leur odeur et leur couleur restent inconnus jusqu’à présent, elles représentent néanmoins une brèche importante dans le mur de la crise soudanaise qui s’éternise. Cette crise a été aggravée par l’actuelle guerre du 15 avril 2023 au Soudan, déclenchée par les Forces de soutien rapide, qui se sont révoltées contre la légitimité de l’État et se sont rebellées après en avoir fait partie. Selon mon estimation, tout règlement futur au Soudan exigera d’abord la mise en place d’un ensemble de mesures humanitaires pour remédier à la situation humanitaire catastrophique laissée par cette guerre. Outre les transgressions et les violations du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme commises par les Forces de soutien rapide, cette guerre a engendré des retombées matérielles et morales difficiles à recenser avec précision, bien qu’elles aient été documentées par des groupes des Forces de soutien rapide rebelles par ignorance de leurs dangereuses répercussions.
Et voilà que le rebelle Abdelrahim Dagalo a consigné, au cours des derniers jours, des aveux selon lesquels ses forces ont commis ces transgressions et violations contre les civils dans l’actuelle guerre.
(1)
Il faut d’emblée affirmer que tout règlement politique et militaire futur au Soudan ne portera ses fruits et n’atteindra les résultats espérés et envisagés qu’à travers le démantèlement des Forces de soutien rapide et de toutes les milices armées, quelle que soit leur position actuelle. En effet, la question de la reconstruction d’une armée nationale soudanaise unique est devenue une condition sine qua non pour la pérennité de la paix et pour éviter le déclenchement d’une autre guerre ou d’autres guerres. Il a été prouvé que le gouvernement soudanais – en raison de la signature d’accords de paix ne comprenant pas de vision claire pour le désarmement de la ou des parties combattantes selon les modalités d’usage des stratégies de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) des combattants dans les institutions militaires régulières ou dans les institutions de la société civile – tombe souvent dans ce que l’on appelle une “paix fragile”, de laquelle naît généralement une autre guerre ou d’autres guerres. Cela rappelle la célèbre formule du journaliste et écrivain irakien Dr. Saad Al-Bazzaz, rédacteur en chef du magazine Al-Watan Al-Arabi, formule devenue le titre de son célèbre livre : “Une guerre engendre une autre guerre”.
(2)
La question du démantèlement de la milice rebelle des Forces de soutien rapide demeure le pilier fondamental de tout règlement futur, étant donné que cette étape est la plus importante pour une paix durable. C’est ce que n’a cessé de réaffirmer le Général Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil de souveraineté de transition et commandant général des forces armées, en déclarant : “Toute proposition ou solution politique qui n’inclut pas le démantèlement des Forces de soutien rapide et leur désarmement total est une proposition inutile qui ne sera acceptée ni par le gouvernement soudanais, ni par l’armée soudanaise, ni par le peuple soudanais.” En effet, la fin de la guerre actuelle ne saurait se réaliser que par la construction d’une armée nationale unifiée, caractérisée par le professionnalisme et le métier, et dotée d’une doctrine de combat en adéquation avec l’identité du peuple soudanais fondée sur la multiplicité et la diversité inhérentes à ses composantes et ses groupes de population. Cela exige de bâtir cette armée sur des bases nationales et républicaines, ce qui constitue la véritable issue à l’impasse de la multiplicité des armées et de l’armée alternative.
(3)
Le démantèlement du système d’armement des Forces de soutien rapide rebelles représente l’issue la plus importante à l’impasse historique qui a accompagné l’armée soudanaise, laquelle s’est appuyée, pendant plus de quarante ans, sur l’armement des tribus et des groupes de population pour faire face aux mouvements de rébellion qui s’insurgeaient contre la légitimité de l’État. Ces erreurs stratégiques ont entraîné de nombreux problèmes et complications liés à l’effilochage du tissu social et à la propagation d’un discours de haine basé sur le régionalisme géographique et les clivages ethniques et morphologiques. Tout cela s’est cristallisé à travers l’actuelle guerre, durant laquelle se sont propagés tous les aspects négatifs et les tares de ce discours, amplifiés par les plateformes numériques, les diffusions en direct (lives) des militants politiques et sociaux, ainsi que les réseaux sociaux qui ont contribué à étendre massivement sa portée.
(4)
Corriger les erreurs stratégiques liées à l’armement des tribus et des groupes de population est une nécessité impérieuse pour pérenniser la paix et la stabilité, et pour atténuer les déchirures du tissu social. Cette étape ne pourra se réaliser qu’en mettant en place une nouvelle stratégie inspirée des expériences internationales et régionales en matière de désarmement, dont l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) constitue la référence la plus importante. Il s’agit d’une institution de recherche indépendante, rattachée aux Nations Unies, fondée en 1980 et basée en Suisse (Genève), qui fournit des études et des analyses objectives pour aider la communauté internationale dans ses décisions et ses efforts de désarmement afin de réaliser la paix et la sécurité internationales. Il existe également l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), un institut international indépendant spécialisé dans la recherche sur les conflits, les armements, leur limitation et le désarmement, créé en 1966 et basé en Suède (Solna), dont la mission consiste à fournir des données et des analyses basées sur des sources ouvertes pour soutenir les décideurs, les responsables politiques et les chercheurs.
(5)
S’inspirer des expériences internationales et régionales en matière de désarmement et de réintégration exige de prendre en considération les expériences soudanaises précédentes dans le domaine de la démobilisation, de la réintégration et du désarmement, et de répondre à la question cruciale : pourquoi ces expériences ont-elles échoué ? Selon mon estimation, l’échec qui a entaché ces expériences réside dans le fait qu’elles n’ont pas suivi les aspects techniques, procéduraux et juridiques, ou qu’elles ne se sont pas déroulées conformément aux normes internationales établies à cet effet. En effet, dans les opérations de démobilisation, de réintégration et de désarmement, il existe des exigences incontournables à remplir, tout comme il y a des calendriers précis pour leur exécution qui, le plus souvent, ne sont pas respectés. La démobilisation signifie le démantèlement officiel et progressif de la structure militaire des combattants ; elle vise à libérer le combattant et à le sortir de la structure militaire en vue de le transformer en un citoyen civil. Le désarmement signifie la collecte, la documentation et l’élimination des armes, des munitions et des explosifs, dans le but de supprimer la menace directe que représentent les armes illégales aux mains des groupes et des milices armées. La réintégration signifie le soutien apporté aux ex-combattants et à leurs familles pour s’intégrer socialement et économiquement dans les communautés civiles ; cette opération vise à trouver et à sécuriser des sources de revenus durables, et à fournir un soutien psychologique, une formation professionnelle et une formation de reconversion pour garantir qu’ils ne reprennent plus les armes de manière illégale.
(6)
Parmi les erreurs stratégiques qu’il faut impérativement rattraper, figure l’existence d’une sorte de laxisme dans la mise en œuvre des aspects liés au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration dans la plupart des accords de paix signés par le gouvernement soudanais lors des périodes précédentes. Il existe également un laxisme similaire dans le démantèlement des groupes et des milices qui ont défié l’autorité de l’État. Ce qui s’est produit dans l’accord de paix de Juba, signé en octobre 2020 entre le gouvernement soudanais et un certain nombre de mouvements, a suscité la crainte et l’appréhension. Naturellement, cela signifie que nous avons répété l’expérience précédente avec les Janjawid, et que nous sommes même déjà “entrés” dans la phase des “Forces de soutien rapide version 2”. Si des mesures accélérées ne sont pas prises aujourd’hui avant demain concernant les opérations de réintégration, de démobilisation et de désarmement avec tous les mouvements de lutte armée, le résultat sera l’émergence d’un nombre important de “Hemedtis”. C’est là que réside la catastrophe, car l’armée soudanaise n’a nullement besoin de cloner un nouveau Hemedti.