
Lecture de la décision du ministre de l’Enseignement supérieur
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Dr. Abdel Rahman Kamal Shomeina
Monsieur le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a émis une décision stipulant le retour de toutes les universités au travail depuis leurs sièges dans un délai ne dépassant pas le mois d’août prochain. Cela a été fait avec une insistance à ignorer des problèmes majeurs qui sont toujours présents, existants, et qui vont s’aggraver. Selon mon estimation, ces problèmes se résument ainsi :
Premièrement : La situation spatiale réelle de ces universités à la lumière de la coupure totale d’électricité. Nous constatons en effet que les universités fonctionnent actuellement à l’énergie solaire pour éclairer de simples parties ne dépassant pas 20 % de leur superficie totale. S’y ajoutent les problèmes de détérioration des bâtiments administratifs, des bibliothèques, des salles, des laboratoires, de dégradation des équipements, ainsi que les problèmes liés au réseau d’assainissement et autres, ce qui constitue une véritable menace sanitaire. Il n’est pas logique, par exemple, que 10,000 personnes utilisent 20 toilettes.
Deuxièmement : La situation sociale et sécuritaire. Il est vrai que le rythme des voyages de retour volontaire s’est accéléré ces derniers temps depuis plusieurs pays, et il est certain que les familles revenues ont régularisé leur situation. Cependant, la question demeure : un plan a-t-il été mis en place pour traiter la situation des étudiants qui logent dans les cités universitaires, qu’elles soient publiques ou privées ? Ces cités ont-elles été réhabilitées et les moyens de subsistance ont-ils été fournis à la lumière de grands problèmes économiques et de véritables menaces sécuritaires ? En d’autres termes, la milice rebelle cherche par tous les moyens à créer une déstabilisation sécuritaire à Khartoum ; il serait donc extrêmement facile de cibler n’importe quel rassemblement d’étudiants dans les enceintes des universités, et encore plus facile dans les cités universitaires, particulièrement en présence de certaines cellules.
Troisièmement : La situation humaine. J’entends par là les cadres humains qui travaillent dans les institutions d’enseignement supérieur, qu’ils soient ouvriers, fonctionnaires ou professeurs. En cela, j’ai délibérément commencé par les ouvriers et les fonctionnaires, en raison des problèmes dont souffrent ces catégories, qui diffèrent dans leurs formes et leurs modes de résolution de ceux des professeurs. Mais la question demeure : va-t-on, par exemple, fournir ou contribuer à fournir un logement à ceux qui ont perdu le leur ? Va-t-on assurer le transport aller-retour afin qu’ils puissent venir accomplir leurs tâches, et ainsi de suite ? En observant le problème des professeurs, qui est plus grand et plus dangereux à la lumière d’une grève qui atteint aujourd’hui son 61ème jour, face à une ignorance délibérée de la part de l’État, accompagnée d’activités et de visites qui pourraient être acceptables dans une situation normale, mais pas dans la situation actuelle du pays, la question de la grève des professeurs est considérée comme l’une des menaces à la sécurité nationale. Mais laissons-nous demander : les universités et le ministère ont-ils réhabilité les logements des professeurs qui, à l’origine, appartiennent aux universités ? Et un plan d’urgence a-t-il été mis en place pour aider les professeurs qui possèdent des logements privés ? Ceci si nous laissons de côté les revendications de la grève qui sont, à l’origine, des revendications objectives, justes, et qui peuvent être résolues facilement sans ces positions de blocage intransigeantes.
Enfin : Il est navrant de constater qu’au Soudan, nous ne tirons absolument pas profit de nos expériences. Nous avons traversé deux expériences : la première pendant la période du Corona, et la seconde lors de la guerre de la dignité. Selon mon estimation, l’effort qui a été fourni par les universités, particulièrement pendant la guerre de la dignité à travers l’enseignement en ligne, l’élargissement des plateformes, l’introduction de méthodes d’enseignement et de modalités d’évaluation innovantes adaptées à la situation complexe et à l’environnement soudanais, ainsi que la conclusion d’accords avec des institutions d’enseignement supérieur dans les pays voisins – tout cela aurait dû se poursuivre, être développé et être adopté dans les stratégies de l’enseignement supérieur. Mais malheureusement, une décision est émise pour revenir à la case départ et fermer les centres extérieurs, et ce, depuis le plus haut niveau de l’État (l’Enseignement supérieur), qui aurait dû être aux avant-postes pour concevoir les mécanismes et les méthodes développant l’État tout entier, et pour coordonner avec le ministère des Télécommunications qui abat un travail considérable. Cependant, tout cela nous montre la contradiction dans la gestion de l’État : une partie cherche à développer et à numériser l’État, tandis qu’une autre cherche exactement le contraire. C’est tout à fait clair, et comme l’a dit le chanteur Mohammed Al-Amin – que la miséricorde et le pardon soient sur lui – suite à une erreur commise par certains membres de sa troupe musicale : (Chacun joue sa propre partition dans son coin). Selon mon estimation, la nation soudanaise s’est fait le plus grand tort à elle-même par ce (jeu désordonné) continu depuis la nuit des temps.