
Nimeiry, l’Intifada et les Souvenirs
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Près… et… distance
Mustafa Abu Al-Azaim
Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina
Nous nous sommes réunis, plusieurs professionnels de la presse et des médias, le soir du jeudi 31 mai 2018, sur la rive du Nil Bleu, à l’intérieur de la résidence de l’ambassadeur de Turquie, Dr. Irfan Neziroglu, dont la mission au Soudan s’est achevée il y a quelques jours. Cela faisait suite à sa aimable invitation à partager avec lui l’Iftar ramadanien annuel de son ambassade. Une seule et même table a réuni autour d’elle les professeurs : l’ingénieur Osman Mirghani, Salah Habib, Mohamed Latif, Taoufik Al-Badawi, Atef Al-Jamsi, et l’auteur de cette chronique. Plusieurs sujets ont été soulevés, mais ce qui nous a interpellés et incités à la discussion concernait “Mai”… et que dire de “Mai” ! C’est le mois durant lequel le colonel d’état-major Gaafar Mohamed Nimeiry est arrivé au pouvoir sur le dos d’un char, et c’est aussi le mois où il a quitté ce monde, porté dans un cercueil suivi par des dizaines de milliers de personnes lors de funérailles grandioses vers sa dernière demeure, le 30 mai 2009, il y a dix-sept ans.
*Nous avons parlé de l’Intifada qui a renversé le régime de Mai en l’absence du chef du régime (le leader inspiré)… par un coup d’État militaire mené par le maréchal Abdel Rahman Swar al-Dahab le 6 avril 1985. Ce sont des événements que nous avons vécus, nous, trois des convives assis à cette table, puisque nous travaillions à l’époque au journal (Al-Ayyam), l’un des deux seuls journaux à paraître alors, et qui étaient nominalement affiliés à l’Union socialiste soudanaise, conformément à la loi sur la presse et les publications de l’année 1973.
Le second journal était (Al-Sahafa). Quant aux trois personnes auxquelles je fais référence, ce sont les professeurs Mohamed Latif, Salah Habib et l’auteur de cet article. L’occasion était de commenter ce que j’avais écrit auparavant sous le titre (Retour vers le passé à pied), qui contenait des arrêts sur le phénomène de la nostalgie du passé, ou ce que j’ai appelé (l’amour du bon vieux temps) et les pleurs sur Mai, son époque et ses hommes, bien que sa disparition ne se soit produite que par la volonté de ces mêmes personnes qui la pleurent aujourd’hui.
*Nous avons raconté les détails de ces journées, et le professeur Osman Mirghani nous incitait à en dire plus, voulant que nous révélions certains détails, particulièrement au sujet de notre célèbre pétition qui a provoqué un tournant dans les positions de la presse et des journalistes à l’époque, puis la disparition de cette pétition après qu’elle a été remise à l’un de nos collègues qui a quitté ce monde — que Dieu lui fasse miséricorde —. Ensuite, la révélation d’un secret que personne ne connaît, si ce n’est ceux qui travaillaient avec nous ce jour-là, au matin, en fin de matinée et au soir du jour du coup d’État : en effet, celui qui a veillé à la mise en page du journal du 7 avril était notre professeur Hassan Satti — que Dieu lui fasse miséricorde — et c’est lui qui a placé le titre principal du journal.
*Nous avons également été témoins d’une position héroïque de notre professeur Ibrahim Abdel Qayoum — que Dieu lui fasse miséricorde — lorsqu’il a refusé de quitter son bureau alors que nous manifestions contre lui, en disant que c’était un dépôt de confiance qu’il ne négligerait pas et qu’il ne remettrait qu’à celui qui viendrait après lui.
*Quant à la plus grande chose que j’ai entendue de lui — que Dieu lui fasse miséricorde —, c’est ce qu’il m’a dit après m’avoir convoqué dans son bureau. Il m’a dit qu’il savait tout, que les rapports de la sécurité lui parvenaient dans son bureau, et qu’il savait que moi, un tel, un tel et un tel, planifions et dirigions ces manifestations et préparions les pétitions. Puis il s’est tu, et m’a dit en souriant : (Si vous ne faisiez pas cela alors que vous êtes à cette étape de votre vie, vous ne seriez pas des jeunes qui s’enflamment pour les causes de leur patrie).
*Que Dieu fasse miséricorde à ceux qui ont quitté notre monde, et qu’Il les accueille dans Ses vastes paradis auprès des prophètes, des véridiques, des martyrs et des vertueux. Et quels compagnons que ceux-là !