Kamil Idriss face à la tempête… La rançon du leadership

En Clair

Fath Al-Rahman Al-Nahas 

Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina

Lors d’une rencontre avec Dr. Al-Jazouli Dafaallah dans sa clinique privée, après la fin de son mandat à la tête du gouvernement de transition, notre discussion a porté sur les défis auxquels faisait face le régime de l’Inqaz (le Salut). Je me souviens qu’il avait dit : « Le plus grand danger auquel fait face l’Inqaz, voire tout système de gouvernance, est d’être constamment qualifié d’échoué… Et c’est précisément ce que je vois aujourd’hui dirigé contre le pouvoir en place ». C’est en effet une arme qui a frappé chaque régime ayant accédé au pouvoir ; ni Aboud, ni Nimeiry, ni El-Béchir n’y ont échappé, sans parler des démocraties qui sont, par essence, “infestées” d’échecs. Frapper un mort est certes inutile, mais ce qui importe ici, ce sont les expériences des régimes militaires, dans la mesure où ils ont représenté les meilleures périodes de gouvernance nationale en termes de développement et de stabilité. Cependant, comme nous l’avons déjà mentionné, les accusations de « dictature » émises depuis les « coulisses partisanes », combinées à l’infiltration d’agendas « extérieurs », ont balayé ces régimes par le biais de révolutions populaires. Puis, après un certain temps, la « lassitude » commence à gagner le peuple à la suite des « défaillances », des conflits, de la volatilité « sécuritaire » et de la stagnation politique, autant de « pathologies » propres aux régimes démocratiques… C’est alors que renaît la « nostalgie » des régimes militaires et le souhait de leur retour, comme en témoignent aujourd’hui les flots d’éloges et de louanges envers les régimes de Abboud, Nimeiry et El-Béchir.
On assiste même à des appels explicites à leur retour, particulièrement après l’ère du « désastre de FFC » (Forces de la Liberté et du Changement / Quwwat Al-Hurriya wa Al-Taghyir), dont l’hostilité envers les “Kezan” (les Islamistes) s’est retournée contre elle-même. Aujourd’hui, la cote de cette dernière remonte auprès de la population, tandis que les partisans de FFC sombrent dans un « abîme obscur », poursuivis par les malédictions et l’indignation du peuple. Actuellement, la même tempête guette le pouvoir en place et fait rage entre Al-Burhan et son équipe au sein du Conseil de souveraineté d’une part, et Kamil Idriss et son gouvernement d’autre part. Des voix s’élèvent de toutes parts pour appeler les deux parties « à s’en aller », à l’instar de leurs prédécesseurs. C’est ainsi que « la roue tourne ». Al-Burhan se bat sur le « champ de bataille », planifie, veille, voyage et se déplace parmi les combattants et les masses populaires, « sans relâche ni lassitude », et il enregistre jusqu’à présent de nombreuses positions « honorables ». Ne suffit-il pas de lui en être « reconnaissant », même si certains divergent d’opinion avec lui ? Ou bien, que s’attendent à lui voir faire de plus ses détracteurs ? De son côté, le Premier ministre assume une responsabilité capable de « faire ployer des montagnes », et nous le voyons sur les fronts de l’action publique. Il fait face à une guerre d’un autre genre, menée au carrefour d’un « conflit dévastateur », où « l’échec » dans les affaires publiques est parfois plus proche que « le succès » escompté. Face à cette réalité « épuisante », peut-on raisonnablement s’attendre à ce qu’il accomplisse des miracles impossibles ?
Par ailleurs, n’oublions pas l’existence de l’ogre de la corruption, des profiteurs de crises, des opportunistes et des chercheurs d’intérêts qui « rongent » les os de chaque régime. Ils possèdent la capacité de « s’infiltrer » jusqu’aux plus hautes sphères des systèmes de gouvernance qui leur assurent une protection. Ils disposent de « méthodes » leur permettant de « mettre en échec » toute réforme et de « s’évader » de la justice. À travers les âges, la volonté et le prestige de l’État sont toujours restés « faibles » face à cet « ogre destructeur », qui compte aujourd’hui une vaste « descendance ». Cet ogre ne sera vaincu qu’avec le redressement de l’édifice de « l’autorité » et de la « fermeté » de l’État. Il convient donc de diriger « toutes nos flèches » vers la poitrine de cet ogre, plutôt que de faire des dirigeants des « boucs émissaires ». Ne sommes-nous pas en droit d’« honorer » chez les dirigeants leur acceptation de porter les fardeaux de cette étape ? De plus, quiconque perçoit en eux un échec, aurait-il été capable d’accomplir ce qu’ils n’ont pu réaliser ?
Quant aux noms qui ont fuité des officines de la « désinformation médiatique », seront-ils à l’abri des « tempêtes » du dénigrement ? En réalité, ils boiront à la même coupe, et ceux qui les encensent aujourd’hui leur tourneront le dos demain… Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu.
Nous continuerons d’écrire, encore et encore