La présence étrangère : Sécurité et prestige de l’État

 

 Avant le crépuscule
  Abdelmalik Al-Naeem Ahmed

  Traduction : Dr. Abdelrahman Kamal Shomeina 

 

Parler de la présence étrangère illégale et de la violation des lois sur l’immigration et de la réglementation des étrangers au Soudan n’est pas un sujet nouveau. Il a été maintes fois débattu par des plumes imprégnées de patriotisme et soucieuses de la sécurité et de la souveraineté du pays. De nombreux ateliers et séminaires ont d’ailleurs été organisés avec la participation d’experts et de spécialistes du ministère de l’Intérieur, d’officiers de police, ainsi que des services de renseignement général et militaire. Selon mon suivi, ces délibérations ont débouché sur des recommandations précieuses et des mécanismes d’exécution.
Malheureusement, au Soudan, nous ne manquons pas de capacités pour identifier le problème, le diagnostiquer et même prescrire le remède à travers des recommandations et des propositions. Le véritable dilemme réside dans l’application de ces recommandations sur le terrain et leur mise en œuvre… Cela semble être un problème profondément enraciné dans notre réalité politique et dans la gestion générale des affaires de l’État. Il est impératif de se débarrasser de cette léthargie et de cette lenteur dont la patrie et le citoyen ont payé le prix fort, et ce, dans toutes les causes nationales qui ont été étudiées à satiété sans jamais être traitées à la hauteur requise.
La question d’aujourd’hui concerne la présence étrangère illégale dans le pays, qui existait bien avant la guerre, voire avant le changement de 2019. Les mesures prises alors pour la contrôler et y remédier semblaient timides, modestes et disproportionnées par rapport à l’ampleur des préjudices sécuritaires et sociaux qui en découlaient. Ces étrangers en situation irrégulière ont pénétré dans les foyers, les commerces, les quartiers, le marché du travail et tous les aspects de la vie quotidienne sans aucune régularisation de leur statut. Les mendiants étrangers se sont propagés dans les rues à travers des réseaux qui semblent organisés et supervisés par des entités spécifiques ; nous avions alors attiré l’attention des responsables sur ce phénomène, mais nos appels sont restés lettre morte.
Durant cette guerre, cependant, tout le monde a pris conscience de la gravité de cette présence étrangère clandestine, en raison de leur complicité avec les criminels de la milice rebelle des Forces de soutien rapide, et de leur participation aux meurtres, viols, pillages, et même à l’occupation des maisons. Ils étaient en effet déjà installés au sein des quartiers, des domiciles et des lieux de travail, et connaissaient les moindres détails de ces lieux et de ce qu’ils contenaient.
Nous parlons ces jours-ci de crimes et de dérives sécuritaires dans plusieurs régions de l’État de Khartoum, du Nord, du Nil Bleu, de la gazira et de l’Est, en plus de certaines zones où la rébellion, les étrangers et les mercenaires ont la plus forte présence. On note également le phénomène de propagation de la drogue et ses divers incidents à la gazira , El-Debba, Kassala, El-Obeid et ailleurs, ainsi que les affrontements qui en ont découlé, coûtant la vie à de nombreux membres des forces régulières et non régulières.
Les dérives sécuritaires et les crimes commis actuellement en plein jour—dont le dernier en date est l’assassinat d’un citoyen à El-Damer et le vol de sa voiture, retrouvée avec les auteurs du crime à l’intérieur de la ville d’El-Obeid grâce à un effort extraordinaire des forces de sécurité—sont des actes auxquels participent des étrangers, des criminels ayant échappé à la justice, ou des individus portant l’uniforme militaire et arborant des armes, dont toutes les institutions s’empressent de se désolidariser en raison du climat d’anarchie ambiant et de la facilité à porter et utiliser des armes.
Les dérives durant la période de guerre et après celle-ci exigent un effort conjoint entre tous les services de sécurité, et pas seulement de la part des forces de police et du ministère de l’Intérieur. Quant à la présence étrangère, elle relève en premier lieu de la responsabilité du ministère de l’Intérieur. Nous avons pu observer la rigueur du contrôle de la présence étrangère légale dans tous les pays que nous avons visités : l’accomplissement des formalités de séjour en temps voulu et son renouvellement régulier sont impératifs et ne tolèrent aucun compromis. De plus, l’accès à tous les services dont un étranger a besoin est systématiquement conditionné par la validité de son titre de séjour. Pourquoi le ministère de l’Intérieur soudanais échoue-t-il dans cette tâche et ne se montre-t-il pas intransigeant sur la question des séjours des étrangers, à l’instar des nations respectables, afin de préserver la sécurité de la patrie et du citoyen d’une part, et de protéger le prestige de l’État d’autre part ? À mon avis, ce sujet ne requiert pas d’immenses moyens qui justifieraient ou excuseraient les manquements du ministère, car ce dernier est riche des ressources issues des services qu’il fournit aux citoyens à des tarifs élevés.
J’ai écouté la déclaration du ministre de l’Intérieur, le général de division Babiker Samra Mostafa, lors de sa participation à une conférence de sécurité à New York, affirmant la détermination de son ministère à contrôler la présence étrangère et indiquant qu’il s’agit d’une question prioritaire à ce stade. Cette déclaration confirme que le sujet de la présence étrangère dissimulée figurait parmi les thèmes de la conférence en raison de son importance cruciale. Elle indique également que le ministre est conscient de la gravité du relâchement face au contrôle de la présence étrangère et des problèmes que cela a engendrés pour le pays avant et pendant la guerre. Elle confirme enfin que ce sujet n’est plus un luxe, mais une question existentielle liée à la sécurité publique et à l’imposition de l’autorité de l’État.
Il est bien connu que le Soudan est entouré de plusieurs pays voisins africains. Cette guerre a révélé leur complicité collective contre le Soudan—à l’exception de l’Égypte et de l’Érythrée—en soutenant la rébellion, en lui fournissant des mercenaires, en ouvrant les frontières, en établissant des camps, en tuant des citoyens et en participant à tous les crimes commis. Ainsi, les premiers étrangers clandestins à contrôler et à interdire d’accès sont ceux en provenance de ces pays voisins africains. Il n’y a plus de place pour le laxisme ou la complaisance à cet égard ; le voile est levé, et la naïveté ainsi que la bonne foi n’ont plus de place après cette guerre qui a mis à nu toutes les dérives de cette présence étrangère en violation des lois.
Que cette déclaration soit le point de départ d’une action sérieuse pour contrôler les frontières, procéder à une révision globale de la méthode et de la manière de traiter avec l’étranger, et marquer le réveil des consciences face aux dangers générés par cette situation lorsqu’elle n’a pas fait l’objet de la lutte nécessaire avant de s’aggraver de la façon révélée par la guerre.